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Le Tour de l’Alberta

Des cyclistes albertains rendaient hommage à l’épreuve cycliste française et à l’héritage francophone de la province le 21 juillet dernier.  

Sans être une course, le Tour de l’Alberta est un défi personnel. On sent la frénésie à la ligne de départ et l’euphorie à l’arrivée. Dès le début du tour, certains tombent du peloton pour attendre l’assistance de l’équipe technique, sans doute faute d’avoir fait une dernière inspection de leur bolide la veille. 


L’itinéraire le plus couru, celui de 100 km (les cyclistes ont le choix entre 50, 100, 150 ou 185 km, les enfants ont leur mini tour et le tour en famille est de 15 km) comporte un seul tronçon douloureux, une montée à la sortie de Gibbons, à moins de 25 km de la ligne d’arrivée, car sans souffrance, comment prétendre à l’expérience du Tour de France?

En effet, le Tour de l’Alberta a toujours lieu en même temps que le dernier jour du Tour de France « pour que les cyclistes fassent la même chose en même temps que les sportifs professionnels, si non à la même intensité », observe la coordinatrice du Tour de l’Alberta, Chris Chapman.

Itinéraire francophone
Organisée par l’Edmonton Bicycle and Touring Club (EBTC) depuis 1994, l’activité sportive vise également à célébrer l’héritage francophone de la province. Pour accomplir le plus grand tour d’une journée en Alberta, les itinéraires diffèrent selon la distance visée, mais le départ et l’arrivée sont à Morinville.

«Traditionnellement, le tour passe par plusieurs communautés francophones comme Morinville, Legal et Bon Accord, relève Chris Chapman. L’EBTC a décidé de garder cet itinéraire depuis le début, en partie pour continuer à promouvoir l’héritage francophone de la province. »

L’arrêt le plus apprécié des cyclistes est Legal, à l’heure du diner pour le 100 km. Ici, les participants sont directement exposés au musée à ciel ouvert que sont les peintures murales qui retracent l’histoire francophone de la province. Tous juste arrivés et refroidis, les sportifs sont accueillis par l’odeur de tourtières maison, préparées sur place par l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) régionale de Centralta.

«Célébrer la culture francophone, ça passe par la nourriture et la musique francophone », estime le coordonnateur du développement communautaire pour la ville de Morinville, Allen Jacobson. Et comme de fait, la nourriture est un élément clé de la réussite d’un tel évènement, puisqu’il faut faire le plein pour avoir l’énergie de continuer.

« Cette année, on attend 1500 cyclistes qui s’arrêtent ici, à Legal », avance la directrice générale de l’ACFA régionale de Centralta, Cathy Pellerin, qui s’estime chanceuse, avec ses 10 bénévoles, que tout ce monde n’arrive pas en même temps, comme ça avait été le cas l’année précédente. De ce nombre, plus de 500 personnes participent au tour pour la première fois. Par conséquent, le corridor francophone profite grandement de la visibilité que lui amène cet évènement presque entièrement bilingue.

Bilinguisme
 « Nous essayons de continuer chaque année à améliorer notre présence francophone, que ce soit par les commanditaires, les bénévoles ou la traduction de notre matériel de promotion. Nous espérons d’ailleurs faire plus de traduction l’année prochaine », atteste Chris Chapman.

Pour la première fois cette année, l’organisme CANAVUA (Volontaires unis dans l’action au Canada) a été contacté par l’EBCT pour envoyer des bénévoles le 21 juillet. Une dizaine de bénévoles ont commencé leur journée à cinq heures du matin dimanche, pour venir assister à la préparation et à la circulation, à la ligne de départ et d’arrivée.

Georges N’dri a aimé son expérience : « Je suis content d’être venu et d’avoir aidé la communauté et les cyclistes. » Lorsque les gens apprécient le travail des bénévoles, ils souhaitent leur remettre quelque chose en guise de remerciement, et vont faire un effort pour s’exprimer en français, comme en témoignent plusieurs bénévoles.

« Nous, nous pensons que le fait français est bien réel en Alberta, souligne le directeur général de CANAVUA, Dicky Dikamba. La preuve: on est ici à Morinville et il y a des francophones et des anglophones en totale symbiose. » Cette expérience a convaincu le directeur général de contacter notamment Red Deer, pour aider au tour cycliste de la ville.

L’année prochaine, le Tour de l’Alberta célèbrera ses 20 ans. Ce sera peut-être l’occasion de célébrer en grand cette symbiose dont Dicky Dikamba se réjouit. Par ailleurs, comme le veut la croyance populaire, le Tour de France a été instauré pour unifier des provinces qui ne s’entendaient pas.

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