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Marcel Rocque entrainera la Chine

Le joueur de curling originaire de Saint-Paul, quadruple champion canadien et triple champion du monde, a accepté l’offre de la Chine de mener les équipes chinoises aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014. 

 

Il y a trois ans, la légendaire équipe de Randy Ferbey, le Ferbey’s Four dont Marcel Rocque faisait partie (avec Daniel Nedohin et Scott Pfeifer) s’est dissoute après une douzaine d’années glorieuses. « Randy et moi, on était un peu plus vieux que les deux autres. Si on se séparait, les commanditaires ne nous suivraient pas et sans ça, on n’avait pas les moyens de continuer », raconte Marcel Rocque. Randy Ferbey était prêt à parier qu’aucune équipe ne jouerait ensemble aussi longtemps.

 

L’année dernière, le skip a voulu reconstituer l’équipe puisque les championnats mondiaux se déroulaient à Victoria, là où les quatre avaient gagné la dernière fois, en 2005. Pour Marcel Rocque, il n’était pas question de reprendre la valse des compétitions et des entrainements. 

 

Enseignant au secondaire pendant une bonne partie de sa carrière de curleur, il n’a jamais trouvé qu’allier les deux était facile. Il dit avoir souvent dû prendre des congés sans solde et profiter de la générosité des directeurs d’écoles qui valorisaient son rôle en tant qu’exemple pour les jeunes. 

 

« Ils m’ont bien supporté ici et j’aime mon emploi. Je ne voulais pas le perdre », dit-il de son poste actuel comme enseignant à l’école secondaire J. Percy Page, à Millwoods. S’il n’avait pas pu prendre un congé exceptionnel pour une partie de la prochaine année scolaire, il n’aurait surement pas accepté la proposition de l’Association chinoise de curling.

 

La Chine fait la cour

C’est aux championnats mondiaux en 2012 à Victoria, où il remplissait plusieurs fonctions de figure de proue, que les Chinois ont courtisé Marcel Rocque. Alors qu’il faisait une entrevue à la radio, les entraineurs chinois se sont approchés pour lui taper l’épaule, et lui demander ce qu’il avait de prévu pour 2013-2014. 

 

« J’enseigne », a-t-il répondu. 

 

Et pourtant, l’offre dont il a pris connaissance le lendemain était attrayante pour plusieurs raisons. Marcel Rocque n’a jamais délaissé le curling, s’impliquant avec presque toutes les équipes canadiennes, pour inculquer ses secrets du balayage et faire souffler un vent de motivation chez les jeunes athlètes. 

 

« J’ai toujours voulu redonner au jeu qui m’a tant donné. Je ne voulais pas, par contre, m’impliquer avec une seule équipe ici au Canada parce que ça me prendrait le même temps que de jouer », explique le curleur. En Chine, il portera plusieurs chapeaux, celui de formateur des entraineurs chinois, d’entraineurs en chef des équipes championnes du monde et entraineurs des trois équipes juniors. 

 

Toujours fidèle à l’Association canadienne de curling (ACC), il voit cette expérience comme une plus-value à son expertise qu’il pourra ramener dans sa valise. « C’est une possibilité d’explorer la position de coach, de faire partie de tout le processus ». Ce que Marcel Rocque entend par là, c’est mener les équipes chinoises aux Jeux olympiques. Il ne l’a pas fait en tant que joueur, mais c’est bien la seule chose qu’il n’a pas encore accomplie dans sa carrière de curling. Et de le faire en tant qu’entraineur est un mal pour un bien.

 

L’équipe masculine a déjà obtenu son laisser-passer pour Sotchi tandis que l’équipe féminine doit encore se qualifier en Allemagne vers la fin de l’année. « Moi, ici au Canada, j’ai joué trois fois tenter de représenter le Canada aux Jeux olympiques; je n’ai jamais réussi à y arriver donc je sais à quel point c’est difficile », témoigne Rocque. Il croit fermement que c’est pour mener les chinoises à Sotchi qu’on l’a embauché. 

 

De plus, les associations chinoises et canadiennes de curling ont une bonne relation. Les Canadiens ont beaucoup contribué à ce que le curling prenne son envol à l’international, notamment en Chine. Marcel Rocque sera le cinquième entraineur canadien que les équipes chinoises auront eu jusqu’à aujourd’hui.

 

Décision à plusieurs 

Marcel Rocque est aussi conscient que son curriculum vitae est alléchant. « Il y en a qui ont les qualifications comme joueur, mais pas mon expérience d’entraineur avec les jeunes au camp de curling, des débutants jusqu’aux juniors, mon implication dans le programme de la relève. Je n’ai même pas mentionné que je suis un prof d’éducation physique. Si tu mets tout ça ensemble, il n’y en a pas beaucoup comme moi », estime-t-il.

 

Pourtant, il affirme « ne pas avoir cherché cet emploi du tout. » Sa famille non plus. « La majorité des entraineurs ont pris leur retraite. C’est plus facile de prendre le temps de faire ces choses-là. Moi, à 42 ans, j’ai encore deux filles à la maison. Je ne pensais jamais que ça serait une possibilité à cause de la situation dans ma vie maintenant », poursuit-il. 

 

C’est grâce au soutien de sa famille, de la commission scolaire et de son directeur d’école qu’il a pris la décision de se lancer dans l’aventure, avec une première fin de semaine passée à Beijing les 21 et 22 juin derniers. Mais avant même de rencontrer les entraineurs chinois, il en a glissé mot à l’ACC. « Il y a beaucoup de respect entre moi et l’association nationale », ponctue l’entraineur. 

 

Le directeur de la haute performance à l’ACC, Gerry Peckham, laisse partir un de ses plus précieux ambassadeurs, pour mieux qu’il leur revienne, semble-t-il. « Ce poste à court terme devrait être extrêmement bénéfique pour Marcel qui prend les moyens de progresser dans sa carrière d’entraineur, avec un œil sur le retour au bercail de l’ACC plus tard », lance celui-ci, dans un communiqué. 

 

En effet, Marcel se voit déjà dans la chaise de M. Peckham, sans vouloir toutefois jouer les voyants. 

 

Au programme

Le Franco-Albertain ne compte pas faire exploser les fondations qu’ont construites ses prédécesseurs, mais a déjà identifié quelques points à améliorer chez les équipes chinoises. « De façon générale, je ne suis pas une personne qui va rentrer et faire le héro. Je vais rentrer avec tous les autres. Je vais faire partie de leur système et essayer d’affiner leur jeu en combinant le meilleur des deux nations », planifie-t-il.  

 

Une qualité qui a fait la renommée des Ferbey’s Four et que Rocque perçoit comme lacune chez les Chinois est l’esprit d’équipe. « Ils prennent des athlètes, des individus, mais ça, ça ne fait pas une équipe pour autant. Il faut qu’ils apprennent à faire des sacrifices pour leurs coéquipiers », pense celui qui occupait la position de lead dans le quatuor. 

 

Qui plus est, il admire l’entêtement des Chinois aux entrainements, des semaines et des journées complètes, sans arrêt. « Ils ont commencé le sport en 2002 et l’équipe féminine a remporté le championnat mondial en 2009, ça ne s’est jamais vu dans aucun autre pays. Ils ont l’habileté de travailler très fort ». Il croit cependant pouvoir améliorer le niveau tout en diminuant le volume. 

 

« Mais, je ne suis pas là pour lancer les pierres », reconnait Marcel Rocque.

 
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