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Une famille québécoise d’Edmonton rentre au pays à bord d’un canot

Après un an et demi de préparation, Benoît Gendreau-Berthiaume, Magali Moffatt et Mali, leur fils de cinq ans, s’apprêtent à parcourir la grande majorité  des 5 000 kilomètres séparant Edmonton et Montréal à bord d’un canot. Ce périple de 120 jours débutera le 2 mai à 9 h au parc Capilano.

L’idée de départ, c’était un road trip Edmonton-Montréal, mais leur voiture a rendu l’âme. « J’étais déçue, je voulais faire un voyage », se souvient Magali. La traversée de l’Atlantique à la rame de Mylène Paquette, pendant l’été 2013, lui inspirera un plan B. « C’était complètement fou, j’avais envie de faire une aventure comme ça ! […] J’ai dit à Ben: heille, pourquoi on pagayerait pas jusqu’au Québec ? » Une petite étincelle s’alluma alors dans les yeux de son mari...

Trois Québécois à Edmonton

Pas si vite ! Revenons un peu en arrière. Comment ces deux Québécois ont-ils atterri à Edmonton ? Benoît Gendreau-Berthiaume (30 ans) et Magali Moffatt (35 ans) se sont rencontrés à Montréal, dans un centre d’escalade où elle était instructrice. En 2007, ils décident de passer leur voyage de noces dans l’Ouest canadien, en commençant par Vancouver et Squamish, la Mecque des grimpeurs. Les nouveaux mariés termineront leur périple en Alberta, le long des Rocheuses. Un coup de cœur.

En 2010, au moment de se lancer dans un doctorat en écologie forestière, le regard de Benoît se tourne à nouveau vers l’ouest. Sa thèse portera sur la dynamique de population des forêts de pins tordus latifoliés de l’Alberta, en comparant l’évolution de différentes « placettes » (surfaces délimitées d’un hectare) sur les 45 dernières années. Direction Edmonton ! Sa femme et leur tout jeune fils Mali l’accompagnent, avec l’ambition de rentrer tous ensemble au Québec cinq ans plus tard.


Magali enseigne l’escalade quelques temps à Edmonton mais se heurte à une mentalité différente : « On ne fait pas les choses de la même façon au niveau de la sécurité : pour les manœuvres  d’assurage, au Québec on ne doit jamais lâcher la corde », raconte la jeune femme qui, découragée par des horaires peu compatibles avec une vie de famille, décide de laisser tomber et de profiter pleinement de ses congés maternité. En 2012, elle décroche un emploi à Mountain Equipment Co-op (MEC). « C’est vraiment le fun parce que tu partages un peu les voyages et les préparations d’expédition des gens ! », sourit-elle.

Un itinéraire classique

Il y a environ un an et demi, Benoît et Magali commencent à planifier leur voyage retour en canot. L’itinéraire qu’ils choisissent est un classique. « C’est le trajet traditionnel de la route des fourrures », explique simplement Benoît. Si on doit résumer, les trois membres de la famille vont voguer sur la rivière Saskatchewan Nord sur près d’un quart du trajet, parcourir quelques lacs et rivières au Manitoba avant de rejoindre Winnipeg. Une fois en Ontario, c’est parti pour une succession de lacs et de portages le long de la frontière américaine. Au total, la famille devrait porter son équipement pendant environ 100 km (sur 5000), avec l’aide d’un chariot. « La plupart des portages sont très plats : c’est les prairies ! », rappelle Benoît.

Arrivés à Thunder Bay, ils ne traverseront pas le lac Supérieur. « Plus j’en parlais, plus mes amis proches qui sont des pagayeurs aguerris et ma famille me disaient : tu ne devrais pas », confie le scientifique. « C’est une mer intérieure, l’eau ne se réchauffe pas ! Si on chavire… Et tu ne peux pas pagayer proche du bord parce que c’est là qu’il y a le plus de vagues, ajoute Magali. Des gens l’ont déjà fait mais il y avait un voilier qui les suivait. » Eux seront tout seuls. Ils préfèrent donc contourner le lac en voiture de location pour rallier Sault Sainte-Marie et attaquer la dernière section vers Ottawa et enfin Montréal.

 


Repas déshydratés, campements et bear horn

Cette traversée du Canada devrait durer environ 120 jours. Une estimation basée sur le tracé GPS d’une équipe ayant suivi le même itinéraire en 2011, réajustée en tenant compte de l’endurance du petit Mali, 5 ans. Grosso modo, la famille a prévu de pagayer 8 à 9 heures quotidiennement, cinq jours sur six.

Les repas seront principalement constitués de nourriture déshydratée : riz, pâtes, légumes, boeuf, crevettes… Pour réchauffer tout ça, un brûleur fonctionnant avec des brindilles fera l’affaire et permettra aussi de recharger les outils électroniques (caméra, GPS, balise permettant d’envoyer des messages, etc.). Toutes les deux ou trois semaines, le ravitaillement à terre sera l’occasion de faire quelques vrais repas. « On se gâtera un peu… On se fera des crêpes au saumon ! », prévoit déjà Benoît.

Quand ils ne seront pas sur l’eau, les trois aventuriers se reposeront à leur campement. Et les animaux sauvages dans tout ça ? « Le meilleur truc pour éviter de voir de la faune, c’est de faire du bruit », explique le père de famille. Avec Mali le bavard, ça ne devrait pas poser de problème. Le couple transportera néanmoins une bear horn, sorte de corne de brume utile en cas de rencontre impromptue avec un ours. En Ontario, une section est censée abriter des serpents à sonnettes, sauf qu’ils sont en voie de disparition. « Mais il faut faire attention à certaines petites bibittes comme les tiques, notamment au Manitoba », précise Benoît.

« Je vais avoir froid et je vais être mouillée, c’est le pire qu’il puisse m’arriver ! », rigole Magali quand lui parle des dangers du voyage. Elle reconnait cependant que l’eau sera très froide pendant le premier mois et demi du voyage : autour de 4°C. C’est pour ça que chaque pagayeur aura toujours deux kits de vêtements : un mouillé pour le jour (avec gilet de sauvetage obligatoire) et un sec pour le soir, afin de retrouver la chaleur.

 


L’enthousiasme de Mali, 5 ans

Si Benoît et Magali sont des pagayeurs aguerris, Mali n’a pas encore leur expérience.  « L’année dernière, il avait de la misère à mettre la pagaie dans l’eau mais il est plus grand cette année. Il est bien fier de faire ça ! », raconte sa mère. « Tout ce qu’on lui demande, c’est de ne pas freiner le canot », s’amuse Benoît, avant de se souvenir qu’au printemps 2014, pendant un entraînement en famille, Mali avait quand même impressionné ses parents : « Une journée où Magali avait un peu mal à l’épaule, elle s’est assise dans le milieu et lui s’est assis en avant. Il a pagayé pendant presque trois heures ! »

« Il ne demande rien d’autre que d’être dehors et de jouer avec papa et maman », assure Magali. Mais lorsqu’il ne pagaie pas, comment va-t-il s’occuper pendant toutes ces heures sur le canot ? Facile : il va prendre en photo les superbes paysages traversés, puisqu’il aura son propre appareil résistant aux chocs et à l’eau. Ou jouer avec ses figurines de super-héros, ses petites autos et son tableau pour dessiner. En cas de lassitude, les histoires de son père prendront le relai. Mali en est particulièrement friand. Au pire, il pourra toujours faire la sieste au fond de l’embarcation…

En discutant de leur projet un peu fou avec leur entourage, le couple s’est heurté à quelques (rares) réactions négatives. « C’est comme si on aimait moins notre fils et qu’on avait le goût de le mettre en danger, soupire Magali. Notre but, c’est d’inspirer les familles à aller jouer dehors. Au lieu d’écouter la TV ce soir, peut-être qu’elles pourraient aller faire une marche, jouer au soccer ou quoi que ce soit ? » Elle se dit persuadée que, pour Mali, cette expérience hors du commun va « changer sa perception de la vie ».

Si les grands-parents du garçon de 5 ans n’ont pas tout de suite pris le projet au sérieux, ils sont désormais très fiers de la détermination de leurs enfants.

Un budget financé à moitié par des commandites

Actuellement, Benoît et Magali profitent des derniers instants dans leur appartement du sud d’Edmonton. « On a vendu presque tous nos meubles sur Kijiji », sourit Magali. Le peu qu’ils souhaitent garder vient d’être ramené au Québec en voiture par Benoît, qui a ensuite pris un vol simple pour rejoindre sa famille avant le grand départ. Lui a présenté sa thèse le 17 avril (« C’est docteur Berthiaume maintenant  ! ») mais elle a décidé de travailler jusqu’au 29 avril à MEC, pour mettre un maximum d’argent de côté, afin d’anticiper quatre mois sans revenus. Le départ aura lieu le 2 mai à 9 h au parc Capilano.

Le budget total du voyage se situe entre 16 et 20 000 dollars, dont la moitié a été financée par des commandites. En échange de visibilité, certaines compagnies d’équipement ont offert du matériel, voire de l’argent. La Société géographique royale du Canada a aussi soutenu l’expédition, ainsi que MEC, au travers d’une bourse. Benoît souligne qu’il a beaucoup appris sur les demandes de financement et l’art de monter de bons dossiers via ses études universitaires.

Une fois rendu au Québec, Benoît enchaînera sur un « post-doc » à Gatineau. Magali a bon espoir d’être embauchée au MEC d’Ottawa. Avec les nombreuses notes, photos et vidéos qu’ils ne manqueront pas de rapporter – ils sont très bien équipés en la matière –, les deux aventuriers espèrent réaliser
un documentaire de 40 à 90 minutes. « On vise haut : on aimerait ça que notre film aille au festival de Banff ! », annonce Magali. En attendant, suivez leur voyage sur les réseaux sociaux !

paddlinghome.weebly.com

 

Photos : A.B., Google Maps, courtoisie et courtoisie

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