Ebola : les Guinéens de l’Alberta s’inquiètent pour leurs familles

Alors que l’épidémie à virus Ebola peine à être endiguée en Afrique de l’Ouest (près de 5 000 morts), les Guinéens de l’Alberta se font du souci pour leurs proches restés au pays, qui ne réalisent pas toujours la gravité de la situation.

Selon le bilan de l’Organisation mondiale de la santé daté du 25 octobre, la maladie hémorragique Ebola a provoqué la mort de 4 922 personnes. L’immense majorité des victimes habitaient au Libéria (2 705 morts), en Sierra Leone (1 281 morts) ou en Guinée francophone (926 morts), d’où est partie l’épidémie le 26 décembre 2013.

« Un ami avec qui j’avais étudié au collège travaillait pour la Croix Rouge locale. Il est mort », raconte Cherif Diallo (à gauche sur la photo), le président de la Communauté guinéenne d’Edmonton (EGC). « Moi j’ai un beau-frère qui était médecin, un spécialiste des maladies infectieuses, ajoute Vic Camara (à droite sur la photo), le responsable de la communication au sein de l’EGC. Il était parti à l’intérieur du pays, à Pita exactement, pour lutter contre l’Ebola. Il y a deux semaines, il a été contaminé par une patiente et trois jours après il est décédé. »


Un accès limité à l’information

Inquiet pour sa famille, pour l’instant épargnée par l’Ebola, Vic prend très régulièrement des nouvelles. « Presque tous les deux jours, j’appelle ma mère pour me rassurer, explique-t-il. Je l’incite à ne pas sortir de la capitale [Conakry]. Personne n’est à l’abri. » Le Guinéen s’estime mieux renseigné que ses sœurs qui habitent au pays. « En Occident, on a plus accès aux médias, à l’Internet, on est beaucoup plus conscient de la dangerosité de la chose…  »

« Les gens ne sont pas très bien informés, confirme Mamady Camara, le président de l’Association guinéenne de Calgary. Au début, quand je parlais avec mes frères du village, ils ne me croyaient pas du tout, ils pensaient que c’était une invention du gouvernement pour se faire de l’argent [auprès des pays occidentaux] ! »

Selon Chérif, d’autres « pensaient que si [la maladie] touchait une famille, c’était une malédiction ». Rappelons ici que les trois quarts des Guinéens sont analphabètes et ne peuvent donc pas s’informer dans la presse. « Il y a des radios communautaires qui donnent parfois quelques informations dans les langues locales », nuance le président de l’EGC.

Une méfiance vis-à-vis de l’Occident

Ceux qui réalisent le danger se montrent souvent méfiants vis-à-vis de l’aide extérieure, comme le confie tristement Cherif. « Pas plus tard que ce [samedi] matin, mon petit frère m’a appelé et m’a dit : ‘‘On a appris que les médecins américains contaminés en Guinée guérissaient. Pourquoi sommes-nous les seuls à mourir de cette épidémie ? Ils ont les médicaments et refusent de nous les donner !’’ »

Les campagnes de sensibilisation du gouvernement ou des ONG ont d’ailleurs rencontré des « résistances de la part des populations qui ne comprennent pas toujours le bien-fondé de ces campagnes », regrette Mamady. En septembre dernier, cinq membres d’une délégation de sensibilisation et trois journalistes ont été massacrés dans la région de N’Zérékoré, après avoir été accusés d’être venus propager le virus.

Cherif Diallo évoque aussi une peur de la mise en quarantaine et de la prise en charge médicale chez les populations qui préfèrent cacher leurs malades. « Ils pensent que dès que tu rentres dans un camp de confinement, tu y vas pour mourir. Ça c’est très inquiétant, car quand on isole quelqu’un, ça permet de ne pas propager le virus. » Même si tous les potentiels malades acceptaient d’être soignés, les centres de traitements restent « surpeuplés et insuffisants ».

À la crise sanitaire s’ajoute une crise économique qui paralyse le pays.  « La Guinée forestière (point de départ de l’actuelle épidémie, NDLR), c’est un peu le grenier du pays. Or les transports entre les villes sont presque coupés », rappelle Cherif.  « Les gens ne peuvent pas aller et venir comme ils le faisaient », affirme Vic, bien que les frontières avec les pays voisins s’avèrent poreuses. « [L’épidémie] menace la stabilité économique du pays parce que les hommes d’affaires s’en vont : les hôtels sont vides, il n’y a pratiquement plus d’activité économique avec l’extérieur », estime Mamady. De plus, pour éviter les attroupements et limiter les risques de contamination, la rentrée scolaire a été repoussée sine die.

Aider malgré la distance

Depuis le Canada, les Guinéens cherchent des moyens de se rendre utiles. Une marche de soutien a ainsi été organisée le 7 août à Edmonton, aux côtés de Sierra-Léonais et de Libériens. « On est parti jusqu’au parlement, on a rencontré quelques députés et officiels de la mairie qui nous ont promis d’essayer de faire quelque chose », relate Cherif Diallo.

Du côté de Calgary, Mamady Camara émet des réserves quant à une éventuelle levée de fonds : « À qui on va donner pour qu’on soit certain des bénéficiaires ? […]  J’entendais le responsable de la préfecture de la région où la maladie a démarré dans la presse guinéenne, il se demandait : ‘‘Où est l’argent que les gens donnent ? On ne le voit pas sur le terrain’’. »

Edmonton va cependant tenter de collecter des fonds. « Avec les autres communautés, nous sommes en train de mettre en place une structure qui va s’inspirer d’une organisation que nous avons en Afrique : la Mano River Union [regroupement entre la Guinée, le Libéria, la Sierra Leone et la Côte-d’Ivoire], explique le président de l’EGC. À travers cette structure, nous allons faire des levées de fonds. » Objectif : envoyer un don par le biais d’une ONG telle que Médecins sans frontières.

Outre la nécessité de stopper l’épidémie en Afrique de l’Ouest, Cherif Diallo rappelle que le reste du monde n’est pas à l’abri: « Ebola n’a pas de frontières, on doit faire quelque-chose ! »

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