Des pistes de solution sont envisagées

Dans notre série d’articles ayant trait au domaine de la santé en français, Le Franco revient cette semaine sur deux rencontres qui ont eu lieu à la fin du mois de janvier et qui démontrent une mobilisation et une volonté de faire bouger les choses.

Alors que les dirigeants de différents organismes francophones se rassemblaient, le 28 janvier dernier, pour étudier la question de l’accès aux soins de santé en français en Alberta, le Réseau santé albertain (RSA) rencontrait le médecin Chris Eagle, responsable d’Alberta Health Services (AHS), deux jours plus tôt afin de familiariser ce dernier avec la communauté francophone et ses besoins.


« C’était une rencontre informelle et cordiale. Nous avions deux demandes à lui communiquer en plus de nous présenter auprès de lui pour qu’il nous connaisse », précise le directeur général de RSA, Luc Therrien.

Il ajoute que le médecin responsable de l’organisation de santé semblait ouvert envers le réseau, malgré qu’il n’ait pu acquiescer à la demande de celui-ci de rédiger une lettre d’appui auprès du gouvernement fédéral pour que le RSA obtienne du financement pour la période 2013-2018. Il s’agirait plutôt d’une question politique, selon M. Eagle.

« On ne sait pas ce que le fédéral envisage pour la prochaine période de cinq ans. La Feuille de route pour la dualité linguistique, dans laquelle la santé est incluse, est présentement sous évaluation », fait part M. Thérrien.

Ce dernier estime que le dossier de l’accès aux soins de santé en français stagnait depuis quelque temps du côté d’AHS. En effet, le groupe de travail créé l’année dernière dans le but de faciliter, pour AHS, la planification de services en français ne s’est réuni qu’une seule fois et les gens du ministère et les fournisseurs de services semblaient peu enclins à poursuivre les réunions.

Stagner et régresser
La présidente de la Fédération des ainés franco-albertains (FAFA), Simone Demers, déplore que, depuis les 25 dernières années, la situation n’ait pas seulement stagné, elle se serait même dégradée.

« D’une façon, je suis déçue parce que ma mère est décédée il y a environ 26 ans, à Saint-Albert, et elle est morte en français. Ma sœur qui est décédée il y a deux ans n’a pas eu droit au même niveau de service. C’était les religieuses qui tenaient les centres à l’époque, nous n’avons plus ça aujourd’hui », dénonce-t-elle.

Depuis qu’elle occupe son poste de présidente, Mme Demers assure qu’elle a participé à plusieurs rencontres avec AHS où les besoins de la communauté francophone n’étaient pas assez pris en compte, selon elle. Le fait que la communauté soit dispersée à travers la province et que 96 % de la population albertaine identifie l’anglais comme langue primaire justifie les standards mis de l’avant par AHS.

« Nous cherchons à comprendre ce qui existe déjà et où est-ce que nous pouvons manœuvrer pour amener du changement. Il faut faire reconnaitre à AHS que la qualité de ses services est plus importante que ses standards », souligne Simone Demers.

Le Dr Eagle s’est tout de même engagé auprès du Réseau santé albertain à analyser à la situation. De plus, il a dirigé l’organisme vers une autre division d’AHS, qui saurait mieux servir les intérêts de la communauté francophone.

« Peut-être qu’ancrer le groupe de travail dans la division de l’implication communautaire va nous aider à accélérer certaines choses, comme la possibilité de mettre sur pied un réseau de médecin de famille. Ce service aurait le potentiel de bien fonctionner pour la communauté francophone », avance Luc Therrien.

Des pistes concrètes
La présidente de la FAFA avoue que la rencontre du 28 janvier, avec les dirigeants des différents organismes clés du dossier, tel que RSA, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), des membres de l’Alliance Jeunesse famille de l’Alberta Society (AJFAS), le président du conseil d’administration du Centre de Santé Saint-Thomas (CSST), Éric Préville, et Lisette Trottier, enseignante du cours de français d’appoint pour les professionnels de la santé pour n’en nommer que quelques-uns, a permis d’apporter différentes expériences sur la table et de mettre de l’avant bon nombre de suggestions.

Comme plusieurs francophones ne réussissent toujours pas à entrer au Centre de santé Saint-Thomas, les critères d’admissions du centre ont été abordés durant la réunion.

Simone Demers fait observer qu’il existe un grand manque au niveau des besoins psychosociaux qui ne se retrouvent pas dans la cote d’admission du centre, basée sur les besoins physiques avant tout. « Pour garantir des soins de qualité, et c’est ce que le gouvernement veut faire, il doit y avoir une bonne compréhension entre les patients et les praticiens. Si la langue est une barrière, il est impossible d’avoir des soins de qualité. Les élus doivent respecter ça et donner une direction à AHS, c’est un problème politique », mentionne la présidente de la FAFA.

Comme des élections provinciales sont prévues au printemps 2012, Simone Demers croit qu’il s’agit d’un bon temps pour battre le fer. Elle entend renouveler les rencontres de ce type afin d’identifier la meilleure stratégie pour influencer les décideurs de la santé.

Comme plusieurs personnes sont prêtes à quitter leur communauté pour s’établir à Edmonton pour avoir accès à des soins en français, il est important que le gouvernement prenne conscience du fait que l’accès n’est pas garanti aux francophones et que le personnel ne soit pas nécessairement bilingue.

La possibilité d’aider les francophones à naviguer dans le système complexe de santé publique avait été envisagée comme une autre option. La FAFA compte requérir l’aide de l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta dans le but de fournir une feuille de route qui pourrait guider les ainés.

« À moins qu’ils aient eu l’expérience avec leurs parents, les gens ne savent pas à quel point c’est compliqué. Il est préférable de savoir ces choses avant. C’est aussi important que son testament parce qu’une fois dans les moments difficiles, on ne prend pas toujours les bonnes décisions », laisse entendre la présidente de la FAFA.

Elle compte sonder la population pour savoir quelle information sera pertinente à mettre sur la feuille de route.

Il a aussi été question de demander l’aide d’AHS pour identifier et reconnaitre les professionnels de la santé avec des compétences en français. « Cela pourrait aider nos ainés. Il parait qu’il y en a beaucoup, mais on ne les connait pas », fait remarquer Simone Demers.
 

 

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