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Dossier santé : des soins à tous les niveaux

« On ne pouvait pas dire que nous allions construire un centre exclusivement pour francophones. » - Denis ColletteLe Centre de santé Saint-Thomas (CSST) a été inauguré officiellement le 20 mai 2008, après avoir ouvert ses portes en aout 2007. Pour plusieurs francophones, cette ouverture permettrait aux ainés ayant besoin de soins de santé de vivre leurs derniers jours en français. Près de quatre ans plus tard, force est d’admettre qu’il reste encore du pain sur la planche pour concrétiser ce souhait.

Avec le recul, Denis Collette, qui était le coordonnateur du Centre de santé Saint-Thomas (CSST) avant et pendant la construction, reconnait que la communauté francophone s’est énormément investie tant financièrement que moralement pour obtenir des soins en français au CSST.


Cependant, il affirme n’avoir jamais reçu de promesses officielles de la part du gouvernement que ce centre allait offrir des soins de longue durée. « C’était le vœu de la communauté, mais en Alberta, on ne pouvait pas dire que nous allions construire un centre exclusivement pour francophones, et on ne voulait pas non plus », explique ce dernier, en mettant en lumières les nombreux couples exogames qui existent dans la communauté francophone et les amitiés qui vont souvent au-delà des frontières culturelles.

Il avance également que le nombre de francophones en perte d’autonomie ne justifiait pas, à l’époque, la construction d’un centre exclusivement francophone aux yeux du gouvernement. « Nous n’aurions jamais pu obtenir le centre que nous avions maintenant si nous construisions un centre uniquement francophone. Nous avons utilisé la majorité pour pouvoir donner des services à une minorité », indique Denis Collette.

M. Collette, qui est aujourd’hui de retour dans sa province natale, le Manitoba, affirme qu’il s’agit tout de même d’un gros accomplissement pour la communauté franco-albertaine, si l’on compare le niveau de services en français qui existaient il n’y a que 10 ans de cela au niveau des soins de santé, à ce qui est accessible maintenant avec la clinique de santé et le Centre de santé Saint-Thomas.

« Aujourd’hui, il est possible d’obtenir deux niveaux de soins en français et la majorité des gens l’obtiennent. Dire que l’on a accompli tout ce qu’on avait en tête : non, mais c’est un bon début et il ne faut pas se décourager, mais s’armer de patience et de persévérance », conseille Denis Collette.

Il rappelle que le système de santé est complexe, mais qu’il est primordial de garder ses objectifs en tête et, surtout, de bien articuler le message auprès des décideurs responsables du financement.

Ce dernier indique que l’objectif était de faire du Centre de santé Saint-Thomas, un centre bilingue. « Ça a toujours été le but ultime du centre, d’offrir tous les niveaux de services en français à une population vieillissante et en perte d’autonomie. Le centre n’offre pas de soins de longue durée pour l’instant, mais peut-être éventuellement. Il est possible d’y rester presque jusqu’à la fin tout de même », avance Denis Collette.

Il ajoute que la majorité des personnes âgées n’ont pas nécessairement besoin de plus de soins, les soins palliatifs étant réservés aux gens en fin de vie.

Par ailleurs, M. Collette affirme qu’il est possible de recevoir des soins à domicile au CSST pour y terminer ses vieux jours et cite en exemple un de ses amis qui a bénéficié de ce service.

« Cela va arriver de plus en plus, les gens préfèrent être à la maison plutôt que dans un centre hospitalier », laisse-t-il entendre. Le gouvernement de l’Alberta s’orienterait d’ailleurs davantage vers ce service qui coute moins cher que des soins de longue durée.

Les ainés doivent se faire entendre
Pour Germaine Lehodey, ancienne présidente de la Fédération des ainés franco-albertains (FAFA) de 2007 à 2010, il n’y a pas de recette miracle.

Les ainés francophones doivent se mobiliser pour faire changer les choses. « La plupart des gens meurent à l’hôpital, mais c’est bien de mourir dans sa communauté aussi », affirme-t-elle.
 

 

Cette dernière aimerait voir les ainés plus impliqués dans la prise en charge de leurs besoins. Elle encourage ceux-ci à s’exprimer pour faire-valoir leurs besoins autant sociaux que physiques. « J’aimerais voir cinq ou six chambres de soins longue durée et de soins palliatifs. On devrait tous se mettre ensemble et presser le gouvernement de le faire, mais la plupart disent we don’t care et on laisse ça entre les mains des décideurs », confie Germaine Lehodey.

L’actuelle présidente de la FAFA, Simone Demers, partage cet avis. « Nous pouvons contribuer à changer les choses, mais pour ce faire, les membres doivent s’impliquer. Nous avons un comité santé provincial à la FAFA et nous sommes à la recherches de personnes intéressées à contribuer pour que ce dossier progresse », partageait-elle aux membres du Club des retraités d’Edmonton, lors de leur assemblée annuelle, tenue le 23 janvier dernier.

Retour aux sources
Germaine Lehodey s’implique auprès des ainés depuis fort longtemps. Pendant 30 ans, elle a œuvré comme travailleuse sociale à la ville d’Edmonton, et avec l’aide de bénévoles, a fondé l’organisme Seniors caring about seniors. Cette organisation engage des gens qui offriront leurs services à domicile, ménage, etc., à des ainés en perte d’autonomie afin de permettre à ceux-ci d’habiter leur maison le plus longtemps possible.

Mme Lehodey retournera siéger sur le conseil de cet organisme en avril prochain, pour s’assurer de développer les services en français au sein de cette organisation.

Selon elle, il y aurait un manque du point de vue des travailleurs sociaux responsables des activités auprès des  personnes âgées. Peu d’entre eux sont bilingues et au courant des besoins des gens qui vivent en centre.

« Les ainés ont besoin de parler, mais une fois en centre, ils restent enfermés dans leur chambre. Les gens n’ont plus de voix du moment qu’ils se retrouvent en centre, c’est le conseil qui parle pour eux. Tout le monde parle pour les ainés, même leurs enfants décident pour eux », dénonce-t-elle.

Cette façon de faire n’est pas sans conséquence. « Une fois que tu enlèves l’indépendance aux personnes âgées, elles n’ont plus rien à faire, elle arrêtent de manger et se laissent dépérir », conclut Germaine Lehodey.
 

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