Soins de santé en français : sensibiliser les intervenants anglophones

Cette semaine, dans le cadre de notre série d’articles traitant de l’accès aux soins de santé en Alberta, Le Franco s’attarde au Centre de santé Saint-Thomas. Situé en plein cœur du quartier francophone à Edmonton, les francophones qui fréquentent ce centre, surtout l’aile des soins assistés, s’y retrouvent souvent par chance!

Murielle Renaud vient tout juste d’emménager dans l’aile de soins assistés du Centre de santé Saint-Thomas, après avoir passé deux mois à l’hôpital Royal des Sœurs grises. Bien qu’elle parle peu l’anglais, Mme Renaud assure que tout s’est bien déroulé, puisque sa fille l’accompagnait à ses rendez-vous médicaux.


Murielle Renaud était sur la liste d’attente pour obtenir un logement dans l’aile indépendante du Centre, mais aucune place n’était disponible pour elle.

« C’est malheureux, mais ça facilite les choses lorsqu’on se retrouve dans le système hospitalier aux soins aigus. On monte dans les priorités », explique la directrice générale du Centre de santé Saint-Thomas, Paula Rozanski.

Elle précise qu’Alberta Health Services (AHS) tente de jumeler les gens à l’hôpital qui désirent (et qui peuvent) vivre dans un centre pour personnes âgées indépendantes, et celles qui vivent en centre et nécessitent des soins à l’hôpital.

« J’ai mentionné à la fille de Mme Renaud l’importance de spécifier la priorité de Mme Renaud basée sur sa langue maternelle qui est le français. Nous avions une place alors le moment est bien tombé », admet la directrice, qui affirme, du même souffle, qu’il en sera non seulement plus facile et sécuritaire pour Mme Renaud, mais souligne également que sa qualité de vie en sera grandement améliorée que si elle avait été placée dans un environnement seulement anglophone.

Pour avoir travaillé dans les hôpitaux à Montréal, Mme Rozanski dit connaitre la pression vécue par le personnel hospitalier.

Toujours pas de soins de longue durée en français
Mme Renaud a eu de la chance. Le docteur Denis Vincent pratique depuis 20 ans en français, en Alberta. Si, selon lui, l’accès aux soins primaires en français est de plus en plus facilité, il avoue observer régulièrement des cas dans la communauté francophone de gens qui ont besoin de soins de longue durée, et qui se font placer dans le milieu anglophone.

« AHS a décidé que pour bien gérer ses ressources et maximiser l’utilisation de ses lits, le patient à l’hôpital doit prendre le premier lit disponible en centre. Sinon, on se fait pénaliser », dénonce Dr Vincent, qui est aussi président du Réseau santé albertain.

Si le patient refuse le lit proposé par le coordonnateur d’AHS, il doit payer pour les frais hospitaliers et se retrouve alors, au bas de la liste d’attente. Le médecin déplore que les considérations culturelles et communautaires soient totalement évacuées du mode d’attribution des lits par la régie de la santé.

Murielle Renaud se dit heureuse d’avoir aménagé au Centre de santé Santé-Thomas, qui était son premier et seul choix de résidence. Ce centre n’offre toutefois pas de soins de longue durée. Une situation qualifiée de critique par Denis Vincent. « C’est le genre de chose lorsqu’on en a besoin, on en a besoin maintenant. On n’est pas en position d’attendre », fait remarquer le médecin. 

La directrice du Centre de santé Saint-Thomas avoue que le système de santé est complexe et difficile à naviguer. « C’est un de mes défis, de vraiment essayer que ce soit un centre pour vieillir sur place. Que les gens emménagent dans l’aile indépendante et lorsqu’ils en auront besoin, déménagent dans l’aile des soins assistés », espère Mme Rozanski, en poste depuis le début du mois de septembre.
 
Reste que ce centre s’adresse à des gens qui ne nécessitent qu’en moyenne, trois heures de soins par jour. Elle constate que la vision de la communauté francophone en ce qui a trait aux soins de longue durée en français n’est pas nécessairement comprise par les gens d’Alberta Health.

« On travaille avec les organismes francophones pour identifier les besoins de la population. Ici, il faut démontrer et faciliter les choses pour qu’AHS comprenne. Je dois aussi entamer des discussions graduellement », signale Mme Rozanski.

Retour au point de départ
Le Dr Denis Vincent affirme que le dossier des soins de longue durée est beaucoup plus complexe que les services primaires puisqu’il dépend de plusieurs facteurs et que les ressources nécessaires sont plus imposantes. « On croyait que la régie de santé serait sensible à nos besoins et que lorsqu’on aurait les nombres, on serait capable de justifier nos besoins. Nous avons certainement les nombres pour Saint-Thomas, le problème c’est que nous sommes dilués dans une ville d’un million d’habitants » déplore M. Vincent.

Il cite le centre de soin longue durée où il a travaillé à McLennan dans le nord-ouest de la province. La plupart des patients et du personnel étant francophones, il était tout simplement naturel d’offrir ces services dans la langue de Molière.

Sans en faire un critère d’embauche, la directrice du Centre de santé Saint-Thomas assure qu’elle tente toujours de garder quelques infirmières et préposées qui peuvent s’exprimer en français à chaque étage. Cependant, comme aucune loi ne mandate la province à délivrer des soins en français aux patients francophones, les préposés doivent parler anglais. Elle avoue également que les intervenants qui viennent proposer des activités au centre ne parlent pas français la majorité du temps.

Selon Denis Vincent, le fréquent roulement de personnel au sein du système de santé rend les choses encore plus ardues. « Avec tout le chambardement dans le système de santé, les gens d’AHS changent constamment et il faut tout réexpliquer. Les gens avec qui on faisait affaire ne sont plus en place et ceux qui sont en poste présentement ne comprennent pas, ou n’honorent pas les initiatives qui ont été mises de l’avant quand on commençait à veiller à ça », déplore celui-ci. Il mentionne également la centralisation des décisions administratives qui ne correspondent pas toujours aux besoins identifiés sur le terrain, comme autre facteur de complication.

À ce propos, le Réseau santé albertain rencontrera le médecin en chef d’Alberta Health  Services en poste depuis un an, Chris Eagle, le 26 janvier, afin de le sensibiliser aux besoins de la communauté francophone.

Denis Vincent se dit toutefois confiant envers l’issue de ce dossier. « Éventuellement, c’est certain que nous aurons des soins de longue durée en français. La communauté ne va pas abandonner », conclut-il.
 

 

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