Lutter contre les maux de l'immigration

Le 22 septembre, un atelier intitulé Les maux de l’immigration a été donné à la Cité francophone à Edmonton par le Centre d’accueil et d’établissement du Nord de l’Alberta (CAÉ). Les défis les plus cruciaux des familles nouvellement installées ont été identifiés et passés au crible. Le but : outiller les nouveaux arrivants dans leur intégration économique, culturelle et sociale.

Les maux de limmigration

Jean-Claude Kamov, agent de liaison pour le Centre d’accueil, a introduit l’événement afin d’expliquer le but de la journée. Puis, Cherif Diallo, conseiller en établissement, a animé l’atelier interactif. « On dit ‘les maux’ car immigrer, c’est mourir un peu », fait-il remarquer, mentionnant l’éloignement géographique mais aussi la pression économique, sociale et culturelle que les immigrants trouvent sur leur chemin.

Un atelier inspiré du réel

La présentation du CAÉ a permis de discerner les différentes embûches qui parsèment le parcours des nouveaux arrivants. En leur présentant les ressources adéquates, l’objectif est de les aider à surmonter ces barrières et ainsi atteindre leur objectif d’intégration. « Immigrer, ce n’est pas une science exacte », souligne Cherif Diallo. Aussi, l’atelier s’inspire de faits réels, de situations rencontrées par les immigrants eux-mêmes, qui alimentent le contenu de la présentation. « Les expériences des nouveaux arrivants nous permettent d’enrichir nos services », confirme le conseiller.

La présentation a identifié 11 points critiques : barrière linguistique, emploi, études, revenus, égalité des sexes, climat, normes sociales, sécurité, enfance, logement et racisme ont été abordés tour à tour. Des thèmes qui ont été sélectionnés en tenant compte des réalités : « Ce sont les cas récurrents des immigrants qui font émerger des thèmes d’ateliers », indique le conseiller.

On expliquait par exemple que beaucoup d’immigrants doivent retourner sur les bancs de l’université malgré leur bagage académique. « Quel que soit son niveau social dans son pays d’origine, on est tous confrontés à ça », exprime Cherif Diallo. Ainsi le premier emploi ne se trouve que rarement dans le domaine de compétence du nouvel arrivant, comme l’illustre Ghislaine Guiakam, originaire du Cameroun et participante à l’atelier, qui a changé de voie professionnelle en arrivant en Alberta. « J’étais dans la médecine avant de venir ici. Mais je me suis réorientée dans l’éducation », explique-t-elle. Étudiante au Campus Saint-Jean, elle souhaite désormais devenir enseignante. « Chaque jour on peut apprendre, changer et se réorienter. Il ne faut pas avoir peur d’oser. Osez s’il le faut ! », s’exclame-t-elle, dynamisée.

Côté social, les normes qui régissent la société canadienne ont été explicitées. « Il peut s’avérer difficile pour les parents et les enfants de s’adapter aux valeurs et aux normes culturelles du Canada, comme le mode de vie, les croyances, la religion, la vie privée, l’éthique de travail, les perceptions du tabagisme et de la consommation d’alcool, les interactions sociales et le rythme de la vie urbaine », pouvait-on lire sur les diapositives.

Maux de limmigrationDes conseils avisés

L’autre intérêt de la rencontre, ce sont les interactions entre les différents participants et spectateurs. « La solitude est un défi pour moi, raconte Ghislaine. Avant d’immigrer, on est tous les jours en famille ou entouré d’amis, puis on se retrouve là avec son mari et ses enfants seulement. Ce n’est pas évident. » C’est pourquoi elle n’oubliera pas les recommandations du CAÉ : « Il faut s’ouvrir, rencontrer les gens, sociabiliser. Nous ne devrions pas avoir peur des autres. » La journée aura été enrichissante pour Ghislaine qui retiendra aussi les conseils financiers avisés de l’animateur. « Il ne faut pas vivre au-dessus de ses moyens, faire attention à ses dépenses, investir dans l’immobilier et l’éducation des enfants », a-t-elle noté.

Si le Canada est un pays de paix, il faut garder en tête que certains nouveaux arrivants ont vécu dans des endroits non sécuritaires, comme des camps de réfugiés ou des pays où la violence était monnaie courante. Ceci explique que des parents ont tendance à surprotéger leurs enfants ou à négliger leur protection. Voilà pourquoi leur évaluation du danger doit s’adapter à leur nouvel environnement, a précisé le présentateur.

Niveau logement, l’atelier a évoqué le fait que les nouveaux arrivants à faible revenu sont susceptibles de vivre dans des maisons surpeuplées, des conditions déplorables et des quartiers dont les taux de criminalité et de pauvreté sont élevés. Aussi les enfants sont-ils parfois exposés aux bandes criminelles, aux drogues et à la violence. En outre, la présentation a sensibilisé aux éléments totalement nouveaux dans le quotidien de certaines familles, comme l’électricité, les appareils électroménagers et les factures de services publics.

Cherif DialloPour Cherif Diallo, l’atelier a une grande importance car il énumère des situations dans lesquelles les nouveaux arrivants se trouvent en arrivant au Canada. Sans les outils nécessaires pour pouvoir gérer ces maux-là, les immigrants se retrouvent seuls face à ces défis. « L’atelier leur permet de savoir qu’ils ne sont pas les seuls à faire face à cette situation et leur donne les outils nécessaires pour gérer ces maux et réussir l’établissement et l’intégration au Canada », détaille-t-il.

Pour Emilienne Ngo Batoum, l’atelier était utile. « C’est toujours bien de connaître les expériences des autres, on apprend ». Ce qui l’a attirée, c’est le titre de l’atelier en lui-même, Les maux de l’immigration. « Quand on dit qu’on est migrant au Canada, on est dans l’euphorie, c’est la lune de miel. On entend que le Canada est beau, l’image à l’extérieur est super belle. Mais quand on arrive ici, on est confronté à des écueils. L’atelier a confirmé des choses que j’ai vécues et ça m’a rassurée de voir que certaines difficultés rencontrées n’étaient pas liées qu’à moi. C’est toujours rassurant de savoir qu’on n’est pas la seule dans cette situation », détaille la traductrice de profession qui travaille actuellement au Conseil scolaire Centre-Nord au service des transports.

Un modèle d’intégration

Dans une autre section, l’atelier a décortiqué les modèles d’acculturation, c’est-à-dire de transition d’une culture à l’autre. Cherif Diallo a décrit la capacité des nouveaux arrivants de changer leur identité culturelle et de s’associer à des gens qui ne font pas partie de leur groupe ethnique, un élément-clé dans le succès de l’intégration. Une stratégie d’intégration particulière était mise en avant : préserver sa culture d’origine tout en adoptant la culture du pays d’accueil.

Enfin,  la professeure adjointe au Campus Saint-Jean Sedami Gnidehou est venue parler de ses travaux sur le paludisme puisque 1 100 cas de paludisme sont répertoriés au Canada, dont 70 % chez les Africains.

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