ainesLe théâtre, ce n’est pas une question d’âge, c’est plutôt un état …d’âme. Encourager les personnes âgées à sortir de leur zone de confort, c’est le défi que s’est lancé la Fédération des ainés franco-albertains (FAFA) autour de plusieurs ateliers  d’initiation aux arts dramatiques. Rencontre avec tous les protagonistes d’une belle histoire!

 

Un jeudi soir, au manoir St-Thomas, à Edmonton, une trentaine d’ainés s'adonne  non pas à une partie de cartes, ou bien encore à des mots croisés; mais bel et bien à jouer au théâtre. Ce projet, financé par le Ministère de Patrimoine canadien, donne une occasion unique à des personnes âgées de sortir de l’isolement et de la solitude rencontrés parfois dans les maisons de retraite et certaines communautés rurales.


La Cité francophone tient plus que jamais son rôle de pôle culturel dans le cadre du 34e Fringe Festival.  Véritable satellite du quartier francophone, la Cité a vu l’engouement des festivaliers littéralement décoller en l’espace d’une année pour ce que les gens nomment à présent : le Fringe du quartier francophone. Coup de projecteur sur l’un des festivals coup de cœur d’Edmonton !

 

Un diamant dans un écrin ! « Cela fait presque 3 ans que la Cité est reconnue comme satellite officiel » déclare son directeur, Daniel Cournoyer. Au fil du temps, l’un des plus gros festivals a su prendre sa place dans le quartier francophone; et il ne pouvait pas mieux choisir que le quartier de Bonnie Doon en matière de diffusion culturelle.

Pourquoi  ? Tout simplement parce que ce quartier a une histoire, celle d’une francophonie dont l’emplacement constitue à la clé de voute de son rayonnement.

Jouée en 2013 au Campus Saint-Jean puis finalement éditée en France en 2014, la pièce Dalia, une odyssée de Bernard Salva n’avait jamais vraiment connu de lancement officiel à Edmonton. C’est pourquoi une lecture publique a finalement été organisée le 30 avril, à la librairie francophone Le Carrefour, en présence d’une quinzaine d’amateurs.

Originaire de Djibouti mais née à Montréal, Habone Osman a joué en mars 2013 le rôle-titre de Dalia, une odyssée, une pièce du Théâtre à l’Ouest (la troupe amateure du Campus Saint-Jean) qui raconte l’exil d’une adolescente somalienne à Edmonton. Jeudi 30 avril, c’est avec plaisir qu’elle s’est replongée dans son personnage, le temps d’une lecture publique à la librairie Le Carrefour, à La Cité francophone, aux côtés de Tambry Bernath, Mathilde Effray-Bühl et Bernard Salva, l’auteur.

Un « théâtre monde »

Bien que Habone n’ait pas connu l’exil, le destin de Dalia lui parle. « J’ai beaucoup d’amis qui viennent de la Somalie, qui ont vécu la guerre et qui se sont réfugiés [à Edmonton] », raconte-t-elle. Par ailleurs, ses propres parents ont vécu une forme d’exil en quittant Djibouti et la France pour le Canada. Cependant, Habone tient à le préciser, la situation de Djibouti reste bien plus stable que celle de sa voisine la Somalie, dont le gouvernement est installé au Kenya.

« Je suis pied-noir donc moi-même j’ai été trimbalé… [L’exil] est un thème qui me poursuit », reconnaît Bernard Salva, le metteur en scène de la pièce, sa première en tant qu’auteur. « Ça fait 12 ans que je suis ici [en Alberta] et j’en avais marre de ne jamais voir de sujets du ‘‘théâtre monde’’. Au lieu de râler dans mon coin, je me suis dit : je vais me retrousser les manches ! »

Un public de près de 150 personnes a eu le plaisir d’assister à cette pièce produite par le Théâtre à Pic du 10 au 12 avril à la Cité des Rocheuses.

Si le nom « Évangéline » vous évoque cette belle chanson inspirée du fameux poème du même titre, on se rappellera qu’Antonine Maillet – romancière et dramaturge acadienne dont les œuvres les plus connues sont la pièce La Sagouineet le roman Pélagie-la-Charrette– a écrit cette pièce Évangéline Deussedans l’esprit où « Deusse » signifie « Deux », donc une deuxième Évangéline, déracinée de son Acadie natale.

Ici, Evangéline (jouée par Véronique Moreau) se retrouve à Montréal, dans un petit parc, en compagnie des personnages Le Breton (Aurélien Jondeau), Le Rabbin (Ashraf Khoury) et Le Stop (Stéphane Germain). En se remémorant les souvenirs de sa vie et l’histoire de son peuple acadien, Évangéline amène ces étrangers, notamment Le Breton et Le Rabbin, à se rendre compte qu’ils sont aussi acadiens d’une certaine façon, puisqu’ils ont en commun une transplantation par rapport à leur milieu  d’origine.

La vedette, Véronique Moreau, en a impressionné plusieurs avec son habileté à parler le français acadien, elle qui est française, en racontant par exemple qu’« avec une pareille lotte d’exilés, je pourrions nous crouère encore en 1755 ». Ou encore : « Une parsoune qui comprend les mots de ta langue est peut-être ben pas loin de te comprendre toi itou ». Parmi les réactions du public : « C’est fort ! »; « Faut le faire ! »;  « C’est beau les couleurs des langues ! »

La troisième et dernière pièce de L’Unithéâtre cette saison sera jouée jusqu’au 5 avril. Écrite par Carole Fréchette et mise en scène par Brian Dooley, cette histoire d’amour contemporaine réunit un chasseur de prime cupide et une femme rêvant au prince charmant.

« Ça résonne comme un conte de fée, ça c’est voulu de la part de Carole [Fréchette, l’auteure] », explique Brian Dooley, metteur en scène de Jean et Béatrice, la nouvelle production de L’Unithéâtre jouée du 25 mars au 5 avril à La Cité francophone. Librement inspirée du conte allemand Raiponce– celui avec la jeune femme enfermée au sommet d’une tour –, l’histoire nous présente Béatrice, qui habite seule au 33e étage de son immeuble. « Elle a mis des affiches sur les poteaux à travers la ville. Elle cherche un homme qui peut l’intéresser, l’émouvoir et la séduire. Y’a ces trois étapes-là », sourit le metteur en scène. À la clé, une « récompense substantielle » qui fait apparaître des dollars dans les yeux de Jean, peu intéressé par la romance... jusqu’à présent.

« Je suis toujours fasciné par les relations humaines, quand il y a une complexité subtile, elusive, quand on parle de l’amour ! », résume Brian Dooley. Pour favoriser l’intimité entre les deux comédiens – Steve Jodoin et France Perras – et les spectateurs, le directeur de L’Unithéâtre a fait en sorte d’insérer la scène dans le public, pour que celui-ci soit disposé sur trois des quatre côtés. « C’est ce genre d’expérience que j’aime et que je recherche quand je vais au théâtre », confie-t-il simplement. Minimaliste, le décor du huis clos possède néanmoins une immense fenêtre permettant des projections vidéo, d’ailleurs présentes dans les didascalies de la pièce écrite en 2002.

Après avoir mis en scène deux créations originales, le professeur Bernard Salva a choisi le Pinocchio de Joël Pommerat pour ses étudiants du Théâtre à l’Ouest. Une version moderne et multiculturelle qui sera jouée du 20 et 22 mars.

Comme chaque année, le club de théâtre du Campus Saint-Jean (CSJ) propose une pièce pour le grand public. Il s’agira cette fois du Pinocchio écrit par Joël Pommerat en 2008. « C’est quelqu’un qui explose depuis 5-6 ans, il est parmi les auteurs français les plus joués à l’heure actuelle », explique Bernard Salva, metteur en scène et professeur au CSJ.

« Ça n’a plus rien à voir avec le Pinocchio de Walt Disney ou même l’italien (le roman original a été écrit par Carlo Collodi à la fin du XIXe siècle, NDLR) », assure-t-il, bien que les éléments les plus mythiques – comme le nez qui s’allonge lorsque Pinocchio ment – aient été conservés. Question décor, M. Salva a fait le choix de cubes de couleurs primaires pouvant être déplacés, ce qui donne à la scène des allures d’arène de cirque.

« Depuis une dizaine d’années, il y a un renouveau de l’écriture jeune public qui auparavant était relativement méprisée », explique le metteur en scène, pour qui il est hors de question d’édulcorer le contenu ou d’infantiliser le public. Le professeur du théâtre apprécie le fait que Pommerat « ne se contente pas d’un vernis divertissant » et parle de sujets actuels comme l’éducation ou la pauvreté.

La pièce Trajet dit sera présentée en lecture publique les 27 et 28 février à 20h, dans l’atrium de La Cité francophone, à l’invitation de L’UniThéâtre (entre 5 et 10 $ sans abonnement). L’auteure Donia Mounsef nous en dit un peu plus.

« Le théâtre peut raconter des choses très difficiles sans avoir recours au sensationnel », estime Donia Mounsef, dramaturge, poète et professeure à l’Université de l’Alberta. Sa pièce Trajet dit raconte l’histoire d’un enfant tué dans un accident de voiture selon trois points de vue : celui du père « qui ne sait pas comment gérer son deuil », celui de l’accusé « qui veut échapper à toute responsabilité » et celui du mur, témoin privilégié.

« Quand on est en deuil, le monde de tous les jours change entièrement. J’ai voulu capter cette atmosphère, ce sentiment d’impossibilité de vivre », explique l’auteure bilingue d’origine libanaise. Elle a notamment enseigné le théâtre à l’Université de Yale (États-Unis) avant de revenir donner des cours à Edmonton, où elle avait étudié.

« Je vis dans différentes langues… J’écris en français et en anglais mais très peu en arabe, que j’ai un peu perdu, confie Donia Mounsef. L’anglais m’interpelle par son aspect concret mais j’aime la capacité d’abstraction du français. » Bien sûr, d’autres auteurs diront peut-être l’inverse… « On s’exile dans la langue et en même temps on y trouve des refuges », estime la dramaturge, ajoutant que « dans un milieu anglophone, il faut aussi revendiquer sa place ! »

La Britannique Sophie Brech et le Québécois Louis Fortier seront de passage à Edmonton du 29 janvier au 1er février. Ils joueront à l’Unithéâtre Le destin tragi-comique de Tubby et Nottubby, une pièce aux multiples facettes en tournée depuis... 2011 !

Est-ce que vous pouvez présenter la pièce ?

Louis Fortier (LF) : « C’est l’histoire de deux personnages, plus grands que nature, qui sont dans le désespoir le plus profond. Victimes de la crise, ils ont tout perdu. Ils ne se connaissent pas. Le soir de Noël, au bord de la Tamise, ils décident de mettre fin à leurs jours. Au moment où ils allaient commettre l’acte ultime, irréparable, coup de théâtre : ils se voient [...]. Cette rencontre change complètement leur destin. Ils sont propulsés dans un voyage, une espèce de quête existentielle malgré eux. Ils se retrouvent au milieu d’une guerre qui ne dit pas son nom, au milieu d’un océan… Ils rencontrent des fantômes au royaume des morts. C’est une épopée où, à la fin, ils découvrent qui ils sont vraiment. »

Peut-on parler de mélange des genres ?

Sophie Brech (SB) : « Oui, on a vraiment écrit une tragi-comédie. On passe par plein d’émotions différentes. On chante, on danse, il y a de l’animation, des ombres chinoises…  C’est très visuel. [...] On voulait faire quelque chose où les gens qui ne comprennent ni le français ni l’anglais pourraient suivre l’histoire.. »

LF : « C’était le cas à Kaboul. On a joué devant les Afghans, pas devant les expat’ ou les soldats. La plupart ne parlaient ni anglais ni français et ils ont complètement embarqué. C’est un mélange entre l’univers de Shakespeare, Laurel et Hardy, avec quand même une sonorité sociale très forte qui fait écho à ce qui se passe dans le monde depuis 2008 (si le spectacle  date de 2011, les personnages Tubby et Nottuby ont été créés en 2009 en Bretagne, à Fouesnant, dans le cadre de la pièce Lysistratad’Aristophane, NDLR). »

SB : « On a joué le spectacle à peu près 110 fois dans beaucoup de pays différents et c’est un retour qu’on a souvent : les gens se voient eux-mêmes dans les personnages. On a vraiment construit deux personnages très sincères. »

Le directeur de l’UniThéâtre rend hommage à la compagnie Theatre Network et au Roxy Theatre totalement détruit par un incendie le 13 janvier.

« C’est une grosse perte pour la ville parce que c’était une voix alternative théâtrale significative et aussi une compagnie de théâtre dévouée à des créations contemporaines canadiennes. » Brian Dooley, le directeur de l’UniThéâtre, se dit très peiné par l’incendie qui a réduit en cendres le Roxy Theatre le 13 janvier (l’origine du feu reste inconnue). Ouvert en 1938 en tant que cinéma, le Roxy s’était changé en théâtre en 1989.

En plus d’être une salle de spectacle et un « lieu de création chaleureux », le Roxy Theatre abritait les bureaux de la compagnie Theatre Network. Depuis 25 ans, ils proposaient des pièces très variées : musicales, comiques, dramatiques… « Ils ont introduit [le marionnettiste] Ronnie Burkett ici à Edmonton », ajoute notamment M. Dooley.

Le best-seller d’Amélie Nothomb, récompensé par le grand prix du roman de l'Académie française, n’est plus à présenter. On connaissait son adaptation au cinéma avec Sylvie Testud, mais le roman a également été mis en scène au théâtre par Layla Metssitane et arrive bientôt sur les planches de Calgary et d’Edmonton.

 

Layla Metssitane a lu Stupeur et tremblements pour la première fois en 1999 alors qu’elle était étudiante. Elle a eu un coup de cœur pour l’histoire et a immédiatement eu l’idée de l’adapter au théâtre. Mais le processus pour faire passer l’œuvre des pages à la scène a été long.

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