L’Alliance française d’Edmonton proposait, ce mois-ci, un festival de la bande dessinée, mettant en vedette le spécialiste du 9e art, le professeur Chris Reyns de l’Université de l’Alberta. Du 21 au 23 mai, la thématique de Charlie Hebdo, toujours brûlante d’actualité, a été abordée.

 

M. Reyns, spécialiste de la bande dessinée, a tracé le 21 mai l’historique de la caricature en France, remontant jusqu’à la première moitié du 19e siècle pour retrouver les premières œuvres célèbres, notamment Les Poires, se moquant du roi Louis-Philippe Ier. Il a surtout rappelé que la censure était loin d’être exclusive à l’islam, comme l’église catholique créait des tabous dont il ne fallait pas parler; tabous qui ont persisté jusqu’à assez récemment.

Mardi 3 février, un professeur et trois étudiants francophones de l’Université de l’Alberta ont organisé une table ronde sur la liberté de la presse en invitant des universitaires et un caricaturiste, entre autres. Une exposition sur le même thème était proposée jusqu’au 10 février.

« Le satire joue un rôle central dans une démocratie fonctionnelle », estime Brian Gable, caricaturiste en chef au Globe and Mail. Invité au campus de l’Université de l’Alberta le 3 février pour débattre de la liberté d’expression, le dessinateur n’a pas pu se déplacer mais a tout de même participé aux débats grâce à la vidéoconférence. Cette table ronde était organisée en réponse à l’attentat au journal satirique français Charlie Hebdo qui a fait 12 morts le 7 janvier dernier, notamment les caricaturistes Charb, Cabu, Honoré, Tignous et Wolinski.

Pour M. Gable, le dessin de presse n’a pas pour objectif premier de choquer « ceux qui décident d’être insultés », mais plutôt d’évoquer les « problèmes sociaux », bien qu’il reconnaisse que le manque de contexte reste un « point faible » incontestable (ce qui est aussi vrai avec les articles de presse, dans une moindre mesure…). En ce qui concerne l’attentat de Charlie Hebdo, la publication de caricatures du prophète Mahomet avait permis aux deux assassins de justifier leurs actes.

La une du dernier Charlie Hebdo, sorti le 14 janvier, a été particulièrement mal reçue par une partie du monde musulman, provoquant des manifestations parfois violentes. Face à cela, la Communauté musulmane Ahmadiyya du Canada appelle au calme et à la prière.

Un communiqué de la communauté Ahmadiyya canadienne, paru le 15 janvier, exhorte tous les musulmans au calme et à la prière pour la paix mondiale. « Les auteurs de l’attaque brutale contre Charlie Hebdo et le supermarché casher peuvent chercher à justifier leurs actes au nom de l’islam et au nom du prophète Mahomet, mais leurs actions n’ont aucun rapport avec les véritables enseignements de l’islam. » explique Safwan Choudhry, porte-parole du mouvement. Selon un verset du Coran, Allah ne donnerait la permission à personne de venger des actes calomnieux mais se réserverait le droit de le faire lui-même dans l’au-delà.

Pour les Ahmadis, l’islam ne limite pas la liberté de parole, d’expression ou de religion, « même s’il enseigne à ne jamais heurter intentionnellement les sentiments de quelqu’un ». Mais la communauté Ahmadiyya, si elle condamne les violences qui ont suivi la sortie du dernier Charlie Hebdo, n’encourage cependant pas les caricatures du prophète. « La décision de publier plus de représentations dessinées du prophète Mahomet pourrait augmenter le fossé entre les musulmans et les non-musulmans vivant en Europe et dans le reste du monde occidental. »

Quand j’ai hésité à mettre le « Je suis Charlie » noir sur blanc sur mon compte Instagram (je n’ai pas Facebook, ça faisait déjà ça de moins), c’est que je me demandais de un, si c’était approprié à l’utilisation que je faisais de ce réseau social, mais surtout, ce que cela voulait dire exactement. Pour ceci, j’ai laissé la parole à mes collègues journalistes et à mes compatriotes français, Anne-Florence et Arthur.

« Pour être honnête, je ne crois pas avoir jamais acheté Charlie Hebdo. Lu chez des potes, oui, mais jamais acheté en kiosque avec mes sous à moi. Certains dessins me faisaient rire, d’autres moins. Pas fan, par exemple, du fameux numéro Charia Hebdo paru en 2011. Pour autant, même si l’humour de Charb, Cabu et compagnie n’était pas toujours ma tasse de thé, aujourd’hui je sur Charlie. Pas besoin de lire un journal depuis 40 ans ou même de l’apprécier pour soutenir la liberté de la presse et le droit à la caricature, pour dénoncer la lâcheté et la bêtise crasse. »  (Arthur Bayon)

« Je me souviens des précédentes menaces et tentatives d’attentats sur Charlie Hebdo mais je ne m’étais jamais vraiment inquiétée. Nous sommes en France, comment quelqu’un pourrait-il tuer pour de simples dessins, aussi subversifs, provocateurs ou discutables soient-ils ? C’est ce que je pensais. Le 7 janvier 2015 a été un véritable choc. Ce n’est pas un 11 septembre 2001, c’est un 7 janvier 2015 et cette date restera gravée à jamais dans nos mémoires comme celle où notre rire, notre liberté et notre sécurité ont été bafoués. Mais nous Français, nous journalistes, nous policiers, nous musulmans, nous juifs, nous Charlie, nous continuerons de rire, d’écrire, de dessiner et de défendre nos libertés et nos valeurs. » (Anne-Florence Salvetti)

J’aborde ces « regards prospectifs » ce mercredi matin (7 janvier) après avoir entendu à la radio les nouvelles de la tuerie à Paris dans les bureaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo où une douzaine de personnes ont été exécutés par ces « fous de Dieu », comme on les appelle couramment maintenant. Ceux-ci se justifient en évoquant la vengeance du prophète contre un magazine qui s’est donné le mandat de critiquer, sans exceptions, par la satire, l’ironie et la moquerie tout ce qui est risible, absurde, hypocrite, truffé de bêtise ou son incarnation, etc. Évidemment, puisque tous et toutes pouvaient ou ont déjà fait l’objet d’un même discours de ridicule, les responsables de Charlie Hebdo devaient se sentir suffisamment à l’abri d’attaques « déloyales » pour oser frapper d’ironie même une image du prophète invoquée par ces fondamentalistes pour justifier leurs sanguinaires approches démagogiques contre ces infidèles dont le rire ridiculisateur leur est insupportable, comme d’ailleurs la musique, le chant, la danse, le sport, l’éducation de la femme, et j’en passe.

Après un premier rassemblement à Calgary le 7 janvier, deux autres ont eu lieu le dimanche 11 janvier dans les deux plus grandes villes albertaines, afin de commémorer les victimes des attentats de Paris qui a coûté la vie à douze personnes au siège du journal Charlie Hebdo.


Deux hommes cagoulés et armés de Kalachnikov se sont rendus, mercredi 7 janvier, dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo et ont ouvert le feu sur les personnes présentes, décimant une grande partie de l’équipe. Parmi les victimes se trouvait Charb, le directeur de publication, qui faisait l’objet de menaces depuis plusieurs années, mais aussi d’autres caricaturistes de renom comme Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré.

Les assaillants se réclameraient d’Al-Qaïda. Deux d’entre eux ont été tués par le GIGN le 9 janvier. Le même jour, un troisième homme a réalisé une prise d’otage dans un supermarché cacher. Il a abattu quatre personnes avant d’être lui-même tué par la police.

L’attaque terroriste à Charlie Hebdo a bouleversé les Français du monde entier, mais également bon nombre de citoyens d’autres pays qui ont manifesté leur soutien sur les réseaux sociaux et dans la rue. L’attentat de Charlie Hebdo est le plus meurtrier dans l’Hexagone depuis le déraillement intentionnel du train Paris-Strasbourg en 1961, qui avait fait 28 victimes.

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