Michael Ignatief

La campagne qui a débuté promet d’être férocement disputée. Dès le départ, une nouveauté par rapport aux deux précédentes, c’est que le gouvernement conservateur demande une majorité, un mot presque tabou lors de la campagne de 2008. Ce n’est plus le cas : « Les Canadiens doivent bien comprendre sans aucune ambiguïté que s’ils n’élisent pas une majorité nationale stable, Michael Ignatieff formera une coalition avec le Bloc et le NPD », a dit M. Harper. Voilà qui est clair. Gilles Duceppe du BQ l’a rapidement accusé de mentir en lui rappelant que lui, M. Harper et M. Layton avait envoyé une lettre, en septembre 2004, à la gouverneure générale pour lui demander de considérer toutes les options avant de dissoudre la Chambre si le chef libéral Paul Martin lui demandait.

À cet égard, M. Ignatieff aurait dû réagir plus rapidement et ne pas attendre samedi, pour rejeter l’idée de former une coalition. Pendant la dernière semaine, il a laissé planer le doute, en disant qu’il invitait les électeurs à choisir la « porte rouge » plutôt que la « porte bleue ». Mauvaise idée, car cela a donné une légitimité aux premières attaques conservatrices.
 

Du côté des libéraux, il est impératif de (a) convaincre les électeurs que l’outrage au Parlement était mérité et (b) de proposer un projet libéral à l’électorat canadien. Or, dans le moment, ce projet demeure largement inconnu. On connaît leur intention de mettre l’accent sur les aidants naturels et l’éducation, mais on n’en sait guère plus. Déjà le chef libéral a dit que tout cela se ferait sans élever les impôts. Toutefois, M. Ignatieff pourrait avoir du mal à justifier le coût de ses politiques. Tôt ou tard, il devra se résigner à se commettre en la matière et dire où il trouvera l’argent pour financer ses projets. Par exemple, a-t-il l’intention de rehausser la TPS ou d’annuler l’achat des avions de chasse F-35?

On notera que M. Ignatieff se présente entouré de ses députés, question de montrer qu’il est un joueur d’équipe, au contraire du chef conservateur. Mais l’équipe libérale mise aussi beaucoup sur M. Ignatieff et on espère qu’il saura captiver l’imagination des électeurs libéraux qui ont déserté le parti lors de la dernière élection et que cela aura un effet d’entrainement sur le reste de l’électorat.
 

Quant à M. Layton, dont c’est la dernière campagne quoi qu’il arrive, il lui faut impérativement maintenir ses acquis afin de s’imposer comme la voix progressiste du Canada et se rapprocher des libéraux. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi il attache tant d’importance au comté d’Edmonton-Strathcona de Linda Duncan et que dès le premier jour de la campagne, M. Layton était à Edmonton. Cette victoire à haute teneur symbolique, en 2008, envoyait le message que c’est le NPD qui représente l’avenir puisque seul ce parti peut prétendre faire une brèche, aussi petite soit-elle, dans la forteresse conservatrice qu’est l’Alberta.
 

Le chef du BQ veut pour sa part profiter du refus conservateur de ne pas donner des fonds pour le nouvel amphithéâtre de Québec pour reprendre les comtés qui lui échappent dans la région de la ville de Québec. Toutefois, les conservateurs ont répliqué en donnant 50 millions pour aider à la revitalisation de l’aéroport Jean-Lesage et, en signant une entente avec le gouvernement Charest concernant les redevances pétrolières dans le Golfe du Saint-Laurent, ils s’assurent que le chef du gouvernement du Québec ne s’invite pas dans la campagne, comme il l’avait fait en 2008.

Présentement, avec leur message de stabilité économique, les conservateurs partent favoris, les derniers sondages leur donnant plus de dix points d’avance sur leur plus proche adversaire. Rien n’est joué, mais il faudra que M. Ignatieff réalise une campagne sans faille et que les conservateurs commettent de graves erreurs ou encore qu’un événement imprévu ne vienne faire éclater un scandale qui répandrait des odeurs de corruption sur le gouvernement pour que les libéraux se hissent au pouvoir. Sinon, nous nous retrouverons avec un gouvernement minoritaire conservateur, peut-être même majoritaire.

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