Le catholicisme et l’ouverture à l’autre (2e partie)

Le document ‘‘Catholic School Facilities in Alberta’’ produit par la Alberta Catholic School Trustees’ Association (ACSTA) dont est membre la partie catholique du CSCN, adopté à l’unanimité en janvier 2003, et réaffirmé en avril 2011, semble confirmer le rapport à l’autre tel qu’il est apparu dans les années 1980 lors d’une assemblée tenue à l’école Maurice-Lavallée quand un parent catholique a déclaré à un parent non-catholique (comme c’était la seule école francophone à Edmonton, à ce moment-là…) qu’il ne voulait pas que sa fille soit contaminée par celle du non-catholique. Et ici, on ne parle pas du virus Ebola mais de deux petites filles, déjà copines, qui devaient avoir 7 ou 8 ans. Le commentaire avait scandalisé beaucoup de parents catholiques qui voyaient sans doute leur catholicisme d’un autre œil. Ce serait à eux/elles, il me semble, d’intervenir aujourd’hui pour défendre un catholicisme qui correspondrait davantage à la vision d’ouverture que promeut le pape ces jours-ci.

Voici donc des extraits de ce document que l’on peut facilement trouver en ligne. Conformément aux enseignements catholiques, on dit qu’une école catholique a « une culture et une philosophie distincte et unique », qu’elle « se définit et se caractérise par le fait qu’elle est centrée sur le Christ », qu’elle est « un instrument de l’Église », qu’elle se focalise sur « le développement de la personne humaine dans sa totalité », qu’elle est « engagée à l’inculturation de la vie et de la foi », qu’elle est « imprégnée de tous les aspects de l’Évangile de Jésus Christ ». En somme, c’est une école, dit-on, où « la présence, la vérité et la vie du Christ en imprègnent tous les aspects » (ma traduction).

 

Dans ce contexte, les conseillers catholiques ont des responsabilités envers leur communauté et la grande communauté catholique ainsi que « l’obligation de ne pas agir indépendamment les uns des autres puisque la foi catholique les lie sur des questions-clés ». Ce préambule débouche sur une série de « principes fondamentaux » que je vous présente ci-dessous :  1) les membres de l’ACSTA acceptent des « partenariats communautaires en autant que ces derniers adhèrent à ces principes fondamentaux »; 2) on « s’oppose à un usage partagé de bâtiments avec un conseil public qui pourrait saper ou interrompre de quelque façon la pleine pénétration des valeurs et croyances catholiques »; 3) aucun conseil scolaire catholique « ne devrait succomber à une pression de quelque sorte à un arrangement de partenariat ou d’usage partagé qui aurait pour effets de restreindre la capacité du conseil à remplir son mandat », soit celui de procurer une éducation catholique à ses élèves; 4) toute nouvelle construction d’école catholique « doit respecter les principes fondamentaux » énoncés ici; 5) si un conseil catholique entretient l’idée de faire autre chose que d’établir une école catholique indépendante, il devra suivre les étapes suivantes dans le processus de développement du projet : a) « informer par écrit l’association »; b) « chercher l’appui de l’évêque et l’obtenir »; 6) l’association, les membres de son conseil d’administration et ses conseils membres « ne vont pas considérer comme précédent tout arrangement préexistant entre une école catholique et une école publique qui n’est pas conforme à ces principes fondamentaux » (ma traduction libre).

Le CSCN est d’abord et avant tout un conseil public à l’intérieur duquel existe un conseil catholique adjoint, associé, partenaire, alternatif; c’est selon... Sur certaines questions bien précises, c’est ce dernier seul qui prend les décisions qui, autrement, à 95%, se prennent par tous les conseillers. C’est d’ailleurs ainsi que la Cour suprême a donné du sens à l’art. 23 de la charte en 1990, vision confirmée par la décision Arsenault-Cameron dix ans plus tard, également de la Cour suprême qui, par la voix du juge Bastarache, a élargi le rôle de la communauté francophone (c’est-à-dire par la voix des conseillers) dans l’établissement de politiques scolaires propres à la francophonie, ainsi que des autorités qui échappent aux ministères d’éducation provinciaux. Dans la même logique, comme je l’ai noté d’ailleurs dans ma dernière chronique, on peut avancer que le statut particulier accordé aux francophones pour permettre le regroupement de petits nombres et l’élimination des frontières artificielles comme celles qui existent pour la majorité anglophone octroie aux francophones un modus vivendi collectif qui les soustrait aux obligations « imposées » par l’ACSTA si, justement, celles-ci entravent la possibilité d’offrir une éducation de qualité égale, sinon supérieure vu la systémique érosion historique de la langue et la culture de la minorité francophone canadienne. Tout doit pouvoir nous permettre de récupérer en partie (parce que le totalité ne peut l’être) ce dont on nous a privés en nous refoulant dans les marges de l’histoire.

Or, il y a plus que l’argument légal et constitutionnel quand il s’agit d’une communauté.

L’exclusion qui semble être le modus operandi de l’ACSTA ne peut nous convenir en tant que communauté dans la conjoncture actuelle (ou dans n’importe quelle autre, pour tout dire !). Notre avenir est intimement lié à la question de l’inclusion de l’autre dans nos milieux, que ceux-ci soient scolaires, universitaires, professionnels, sociaux ou politiques. L’établissement d’un projet de société fondé sur l’ouverture, le respect, la générosité de cœur, la  dignité humaine, l’enrichissement par la diversité, un projet de dialogue interculturel d’égal à égal misant sur des éléments qui nous unissent, cela ne semble pas, à mon humble avis, contredire le message du pape, de celui qui occupe le Saint-Siège aujourd’hui et dont les motifs semblent dénués du dogmatisme type et des jeux de pouvoir habituels. Quelle sorte de catholicisme veut la francophonie catholique albertaine ? Celle du pape ou celle d’une exclusion suffisante et dédaigneuse d’une autre époque qui rappelle les conflits au Moyen-Orient se nourrissant justement de divisions semblables ? Imaginons pour un instant la force d’un discours de respect mutuel, de bonne entente, d’égalité totale, de confiance en soi et en l’autre, et de sécurité personnelle, quelles que soient les croyances, les origines et les habitudes culturelles de mon confrère ou ma consoeur à l’école francophone… Une base comme celle-ci me paraît nettement plus humaine et généreuse qu’une division fondée sur l’exclusivité…

Lire également : Le catholicisme et l’ouverture à l’autre (première partie)

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