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Keystone XL rejeté par le Sénat américain

Il se passe rarement une journée, en Alberta, sans qu’on ne parle des soubresauts qui agitent l’industrie pétrolière, notamment des incessantes fluctuations du prix du baril de pétrole. Or, les deux dernières semaines ont été fertiles en événements touchant les projets de développement de pipelines. D’abord, c’est le vote qui s’est tenu, il y a maintenant deux semaines, à la Chambre des représentants américaine qui a remis l’Alberta au cœur des débats.

En effet, la construction du Keystone XL y a été approuvée une énième fois par les représentants, suivi quelques jours plus tard par le même exercice au Sénat, sans succès dans ce dernier cas. Mais ce fut de justesse puisque qu’il ne manquait que le vote d’un seul sénateur pour atteindre le nombre de 60 qui aurait obligé Barack Obama à se prononcer sur la construction du pipeline. Or, un nouveau vote devrait se tenir au début de l’année 2015 et probablement avec succès, car les républicains détiendront alors la majorité au Congrès à la suite des élections de mi-mandat.


Cependant, on s’attend déjà, comme cela était le cas la semaine dernière, à ce que le président Obama utilise son veto pour refuser l’approbation du Keystone XL. Les dernières raisons en date invoquées sont, d’une part, que le pétrole canadien ne fera que traverser la frontière américaine pour être exporté à l’étranger et, d’autre part, qu’il faut attendre le jugement de la Cour suprême du Nebraska qui doit statuer sur la constitutionnalité de la décision favorable au pipeline qui a été prise par le gouverneur de l’État. Mais peut-être Obama sera-t-il aussi sensible aux pressions qui, en provenance de son propre camp, sont de plus en plus importantes pour accepter la construction du pipeline. Pour certains démocrates, comme la candidate au Sénat, Mary Landrieu (Louisiane), le train est un moyen de transport trop dangereux et c’est pourquoi il faut donner le feu vert à la construction du Keystone XL. Cependant, le lobby du rail, avec, semble-t-il, le milliardaire Warren Buffet, conjugue ses forces avec l’opposition environnementaliste pour arrêter la construction du pipeline.

Au Canada aussi, les oppositions se cristallisent  pour freiner les projets de pipelines. Le Northern Gateway semble paralysé et le projet d’expansion du Trans-Mountain (Kinder Morgan) affronte son lot de difficultés. La GRC a d’ailleurs dû procéder à des arrestations pour déloger des opposants. La semaine dernière, ce sont les premiers ministres du Québec et de l’Ontario (Phillipe Couillard et Kathleen Wynne) qui ont proposé, en imitant Christy Clark de la Colombie-Britannique, une liste de conditions pour approuver l’oléoduc Énergie Est de TransCanada. Mélangeant arguments environnementaux et économiques, les deux gouvernements ont également ajouté la notion d’acceptation sociale. Or, le flou entourant cette notion ne rendra pas la tâche facile aux promoteurs, puisqu’on ne sait pas exactement ce qu’elle veut dire, bien qu’on sache que les projets doivent passer le test de l’opinion publique. Si le premier ministre albertain a bien accueilli les demandes de ses homologues (mais pouvait-il faire autrement ?), ce nouvel épisode dans la course à obstacles pour construire les pipelines montre que les souhaits exprimés au dernier Conseil de la Fédération au mois d’août 2014 sur la nécessité de forger une stratégie énergétique pancandienne peuvent rapidement voler en éclats face aux ambitions provinciales des uns et des autres. Surtout quand le Québec et l’Ontario cherchent à contrecarrer l’influence grandissante de l’Alberta qui en agace plus d’un dans le Canada central.

Chose certaine, si la politique des pipelines est de plus en plus présente sur la scène politique canadienne, elle se déploie tout autant à l’échelle du continent. On constate donc l’ampleur de la tâche qui attend Jim Prentice. Ce dernier se retrouve au cœur d’une partie politique opposant des intérêts financiers énormes à des environnementalistes déterminés à s’opposer à l’exploitation des sables bitumineux, devenus le symbole de l’irresponsabilité environnementale, sans oublier des premiers ministres défendant les intérêts respectifs de leurs provinces.
 

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