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Le catholicisme et l’ouverture à l’autre

Le pape a récemment offert une branche d’olivier (geste d’accueil et de paix) aux homosexuels de ce monde, en précisant cependant qu’il fallait que ces derniers cherchent Dieu et qu’ils soient de bonne volonté. On ne dit pas quel Dieu il faut chercher, ni la forme que doit prendre cette recherche pour être « appréciée », ou encore comment on évalue la bonne volonté de l’individu. Ni non plus ce qu’on fait des personnes qui ne collent pas à ce descriptif quelque peu limitatif et contraignant. Ainsi, on a été témoins d’une ouverture ambiguë et conditionnelle qui a rapidement été laminée par les cardinaux en quelques phrases « soustractives », comme si eux choisissaient d’abandonner leur chef dans le jardin des Oliviers. Les récits religieux nous disent où cela peut mener! Bravo quand même pour cette première étape qui, à la fois en appelle une autre dans la même logique, et protège contre de rapides avancées casse-cou susceptibles d’aliéner une partie des fidèles selon la hiérarchie conservatrice.

Le paradoxe qui gît au cœur de l’establishment catholique est pertinent de façon analogique dans le contexte de la situation scolaire dans les écoles françaises de la région. Les nouvelles écoles françaises de Beaumont et de Camrose doivent bientôt se donner une orientation publique ou catholique, et il est question (et seulement question à date) de créer une seule grande école secondaire à Edmonton, à Maurice-Lavallée, à laquelle se joindrait le secondaire de l’école publique Gabrielle-Roy. La première raison pratique évoquée qui motive cette possibilité vient du volume d’étudiants qui, ainsi rassemblés, permettraient une plus grande offre d’options et de services de toutes sortes, propres aux besoins éducatifs d’un secondaire de qualité. La deuxième vient du fait que l’école M.-L. est seulement à moitié pleine (donc, un fardeau budgétaire d’envergure à bien des égards). Par ailleurs, G.-R. déborde de tous côtés, et donc une rationalisation logique et intelligente nous amène à faire d’une pierre deux coups, soit remplir une école à moitié vide et éviter d’être obligé d’en ouvrir une autre. Une solution évidente pour ceux et celles qui travaillent dans le système : fin août dernier, à la rentrée scolaire, la question de cet amalgame potentiel qui mérite d’être l’objet d’une considération sérieuse a été posée aux enseignants du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN), qui ont voté par vote secret et qui ont déclaré à la presque unanimité leur appui à cette option possible.


Or ces derniers n’ont pas voix, ou seulement en tant que parents, aux droits reconnus par le régime politique canadien : le choix entre un système public ou un système catholique. La décision Mahé prononcée par la Cour suprême du Canada en mars 1990 qui a engendré les conseils scolaires francophones à travers le pays a souhaité, dans le but de favoriser le regroupement des petits nombres de minoritaires francophones (en raison d’une  clause de l’art. 23 - « là où le nombre le justifie » donnant droit à la gestion), qu’il n’y ait grosso modoqu’un seul conseil public par région, que les deux groupes s’entendent pour développer le meilleur système d’accommodement possible, tout en reconnaissant que les catholiques possèdent le droit constitutionnel de se détacher d’une telle situation si elle se trouvait justifiée selon leur entendement.

À Edmonton, quand le CSCN a été fondé en 1994, c’est l’inverse qui s’est produit. Les personnes nommées pour mettre sur pied le système scolaire francophone dans la région ont choisi de créer un conseil catholique seulement à l’exclusion des non-catholiques. Ceux-ci ont mis trois ans – démarches, pourparlers et pétition à l’appui – à se faire reconnaître par ce conseil de non-élus avant d’obtenir une école qui deviendra l’école publique Gabrielle-Roy, comptant aujourd’hui presque
500 élèves.

En sommes-nous toujours là?

Si je rappelle tout cela, c’est dans un premier temps pour signaler que la solution identifiée plus haut me paraît logique et évidente – qu’une rationalisation des effectifs dans un contexte budgétaire pour le moins pénible et le rassemblement de deux populations d’élèves apportent une solution à deux problèmes physiques majeurs. De plus, dans une communauté de grande diversité comme la nôtre, quoi de mieux que la rencontre de cette multiplicité d’individus en pleine expression de soi, ces jeunes dans leur dernier élan de formation personnelle à la fin de leur adolescence pour vivre ensemble ces différences et préparer une nouvelle communauté inclusive interculturelle, annoncer un monde nouveau?

Deuxièmement, dans la logique énoncée ci-dessus, l’incitation à l’ouverture à l’autre et à la solidarité communautaire émanant de la Cour suprême, et l’appel du pape au synode récent à « accueillir l’autre », à « éviter de le marginaliser », à « faciliter son intégration », c’est-à-dire s’ouvrir à la fraternité :  n’est-il pas temps de mettre de côté les soi-disant différences qui séparent le catholique du public, surtout quand on est rattachés par une langue minoritaire, fragilisée dans la désunion et la dispersion? N’est-il pas temps d’imaginer une autre sorte de rapports, fondés sur le respect mutuel de l’autre et la célébration de la diversité? Le catholique comme le non-catholique trouve son espace dans cet environnement, dans la confiance et la sécurité personnelles à tous égards (croyances, culture, origine, entre autres) parce qu’un nouveau discours d’inclusion, d’accueil et de respect mutuel imprègne le milieu ambiant contrairement à l’exclusion implicite issue de la division religieuse artificielle qui sépare les communautés. L’éducation n’est pas qu’académique et religieuse, elle est aussi, et surtout peut-être, la formation du citoyen responsable et engagé, cheminant vers la maturité grâce à une conscience profonde du monde pluriel et hétérogène dans lequel vit le jeune au seuil de sa vie d’adulte.

Je ne comptais pas traiter de cette question dans ma chronique de cette semaine, mais le hasard a voulu qu’un document me tombe sous la main vendredi matin le 31 octobre. Intitulé « Catholic School Facilities in Alberta » émis par l’Alberta Catholic School Trustees’ Association, ce document fera l’objet de mon prochain article et pourrait être lu comme la suite (ou même « l’inspiration ») de celui-ci.

Lire également : Le catholicisme et l’ouverture à l’autre (2e partie)

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