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Déclin du français au Canada, ou le verre à moitié vide

Le mathématicien et démographe, Charles Castonguay, professeur titulaire et maintenant retraité de l’Université d’Ottawa, a provoqué une grande inquiétude auprès des participants d’un colloque à Ottawa en juin dernier lors de la présentation de son étude sur le déclin du français au Canada. Celle-ci, axée sur les résultats du recensement de 2011, porte sur la perte ou le transfert linguistique, en somme, la baisse du français d’une génération à une autre au Canada français.

J’ai été un mauvais élève (sans doute, les effets nocifs de la douce retraite). Deux mois après ledit colloque, je comprends mal mes notes, écrites à la va-vite. Sans compter que pendant que je gardais un œil sur les tableaux présentés à l’appui de l’argumentaire et l’autre dans mon cahier, je pensais à une façon de contredire ou tout au moins de nuancer une démonstration qui me semblait écarter des éléments cruciaux de la réalité francophone actuelle.


Disons d’emblée que malgré mon inattention occasionnelle, je peux signaler quelques statistiques retenues et les tendances évoquées par le professeur ainsi que les réactions des participants (venant de toutes les universités francophones du pays) abasourdis et abattus par ces « effrayantes nouvelles » (ayant pris sans broncher notre spécialiste au mot). Celui-ci qui depuis longtemps se fait le chantre du verre à moitié vide quant à la survie des communautés francophones du Canada, a trouvé des mots éloquents pour identifier une honte et des responsabilités partagées entre institutions et gouvernements par rapport à cette chronique d’une mort annoncée. Son rôle semble cependant se limiter à prophétiser la fin du Canada français, à vouloir susciter en même temps un éveil national, en gardant surtout un œil tourné vers le Québec qu’il perçoit sur la pente douce d’un glissement dangereux, un peu sur le mode de la chanson « Mommy » de Marc Gélinas (chantée souvent par Pauline Julien).

Des exemples relevés du recensement :

- de 1951 à 2011, le Canada français est passé de 29% de la population
canadienne à 21%; en 1971, on en formait encore 26%.


- sur les derniers 2,600,000 immigrants arrivés au Canada durant la période de 1971 à 2006, 2,400,000 se sont installés au Canada anglais, 200,000 sont allés du côté francophone, quand en même temps, 400,000 francophones sont passés du côté anglais.


- il y a 40% moins d’enfants au Canada qu’il y a une génération; or, comme les immigrants se dirigent surtout vers le Canada anglais, celui-ci a pu maintenir sa relève avec la nouvelle génération, tandis qu’au Canada français, il y a eu une perte de 18% d’enfants entre les deux dernières générations.


- pour noter comment les deux populations n’attirent pas les immigrants proportionnellement à leur poids : sur les 270,000 immigrants accueillis au Québec, 190,000 choisissent la majorité française et les autres 180,000 se dirigent vers la minorité anglaise. De plus, pendant la même période, 10,000 francophones décident de glisser du côté anglais.


- Au Canada français (hors Québec) : du point de vue de la langue maternelle, il y a une perte de 38% en moyenne de l’avant-dernière génération à la dernière. Ils se répartissent de la façon suivante d’une région à l’autre : 30% de perte au N-B; 50% en N-É; 55% à Terreneuve; 41% à l’ÎPE; 33% en Ontario;  36% au Manitoba; 45% en Sask.; 59% en Alberta; 63% en C-B.

 

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Il ne fait pas de doute que ces tendances et chiffres doivent nous interpeller, nous inciter à l’action, créer dans chacune des régions des mobilisations organisées afin non seulement d’arrêter le glissement vers la majorité anglophone, mais de conscientiser aussi les individus à leurs responsabilités personnelles dans cette résistance. Un exemple encore tirée des statistiques relevés par M. Castonguay : au Manitoba, chez les francophones eux-mêmes, 58% des personnes âgées de 35 à 45 ans (c’est-à-dire les parents d’enfants d’âge scolaire), parlent plus l’anglais que le français à la maison. En Ontario, la province où se trouve le plus grand nombre de francophones à l’extérieur du Québec, ce même phénomène se chiffre à 47%.

Tel qu’indiqué plus haut, les participants au colloque sont restés déconcertés et profondément troublés par cet état de fait relevé des statistiques du dernier recensement. Des spécialistes statisticiens pourraient apporter des nuances significatives à la lecture qu’en a faite le professeur Castonguay, et on le souhaite, mais il me semble aussi qu’il y a toute une batterie de facteurs qu’il faut ajouter pour vérifier la démonstration que la francophonie canadienne en est à son dernier souffle ou pas. On réfléchit ensemble et je vous reviens sur la question à ma prochaine chronique (« Déclin du français au Canada ou le verre à moitié plein ») pour nuancer les propos de notre collègue d’Ottawa, et à laquelle je vais également  proposer quelques remèdes.

 

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