Le legs politique de Peter Lougheed

Au printemps dernier, une revue d’analyse politique a demandé à un groupe de spécialistes de déterminer le meilleur premier ministre des 40 dernières années. L’honneur est revenu, à juste titre, à Peter Lougheed pour l’ensemble de ses nombreuses réalisations.

S’il en est ainsi, c’est parce que Lougheed appartient à la famille des modernisateurs politiques. Cette famille est composée de premiers ministres provinciaux qui, comme Jean Lesage au Québec et Louis J. Robichaud au Nouveau-Brunswick, ont initié de profondes réformes politiques, économiques et sociales qui ont permis à leur province respective de prendre une nouvelle direction.


Avant Lougheed, il faut se souvenir que l’Alberta était gérée, pour le résumer simplement, comme une grande école secondaire avec son principal, Ernest Manning, qui veillait à la bonne intendance de la province. Si le gouvernement créditiste administrait très efficacement les finances publiques, il manquait singulièrement d’ambition et il ne proposait rien de majeurs sur le plan des orientations politiques.

Or, lorsque Peter Lougheed a entrepris de conquérir le pouvoir avec le Parti conservateur, qu’il avait reconstruit, son projet était d’une autre nature : il voulait gouverner. Ici, l’histoire personnelle de l’ancien chef conservateur se confondait avec celle de sa province.

En effet, le patrimoine financier de la famille Lougheed avait été particulièrement touché par la crise des années 1930 et c’est comme s’il en avait tiré la leçon qu’il fallait mettre l’Alberta à l’abri des soubresauts des marchés mondiaux.

Pour ce faire, il était nécessaire de diversifier l’économie provinciale pour qu’elle soit axée sur la transformation des matières premières, notamment dans le secteur pétrochimique. Projet ambitieux qui passait par l’établissement de stratégies économiques innovatrices, comme la création du Fonds du Patrimoine.

De plus, et cela le distingue des premiers ministres provinciaux évoqués plus haut, son envergure dépasse les frontières provinciales et il a fait sentir sa présence sur la scène nationale. Au moment des négociations entourant le rapatriement de la Constitution, Lougheed s’est imposé comme le chef de file de la résistance provinciale au centralisme préconisé par Trudeau.

C’est aussi ce qu’il avait fait lors de son affrontement avec le gouvernement fédéral au moment du conflit à propos du Programme national d’énergie, en 1980. Cependant, l’action de son gouvernement n’était pas seulement économique et politique. Lougheed avait aussi l’ambition de changer le visage culturel de la province. Ainsi, un véritable renouveau culturel a marqué les années 1970, et ce, jusqu’au milieu des années 1980.

C’est que le gouvernement conservateur croyait, sous l’impulsion de Lougheed (et de sa femme), que la prospérité économique de l’Alberta devait être accompagnée par la création d’un esprit nouveau, ce qui s’est traduit par un appui à des institutions culturelles d’envergure, comme le Centre des Arts de Banff.

Retiré de la politique, Peter Lougheed a continué de s’intéresser avec intérêt à l’évolution de sa province. Sortant du devoir de réserve auquel s’astreignent la plupart des premiers ministres, il s’est régulièrement prononcé quant à l’avenir économique de l’Alberta, notamment au regard de l’exploitation des sables bitumineux dont il se montrait critique de l’évolution, bien trop rapide à ses yeux.

Considérant tout ce qu’il a réalisé, on comprend pourquoi une pluie d’éloges s’est abattue sur lui depuis l’annonce de son décès, le 13 septembre dernier à l’âge de 84 ans. Et elle est pleinement méritée, car il est de la trempe des premiers ministres qui ont transformé le paysage politique de leur époque.
 

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