Pour ou contre la hausse des frais de scolarité?

Voilà près de quatre mois qu’il y a grève étudiante au Québec. Qu’on le veuille ou non, on en entend parler à chaque jour. J’ai réussi jusqu’ici à éviter le sujet, mais je crois qu’à ce moment-ci, je me dois de me mouiller… Et comme j’enseigne à l’université, vous comprendrez l’ambigüité de mon opinion.

Comme dans n’importe quelle bonne analyse couts-bénéfices, il nous faut comparer sur un horizon temporel plus large l’impact qu’aura la décision de modifier ou non les conditions de ce marché.


Des couts élevés…
Commençons donc par les couts de l’éducation supérieure. Évidemment, les frais de scolarité constituent un de ces couts. Toutefois, celui-ci n’est que très faible par rapport au cout associé au salaire perdu. En effet, si on suppose que l’étudiant utilise une soixantaine d’heures par
semaine pour ses études1, cela signifie qu’il perdra du temps de travail potentiel.

En supposant qu’un étudiant sans baccalauréat gagne le salaire minimum, soit environ 9 $ par heure, cela signifie que chaque semaine passée aux études devrait couter 540 $ en salaire perdu. Sachant qu’une session de 15 semaines coute environ 3000 $ en frais de scolarité et autres, on en arrive à un frais d’environ 200 $ par semaine. Le salaire perdu représente donc un cout facilement deux fois plus élevé que ce que représentent les frais de scolarité.

De ce calcul, on se doit d’ignorer les frais de nourriture, de logement et autres nécessités, puisque ce sont des dépenses que devrait effectuer l’individu qu’il soit aux études ou non.

Finalement, il y a un cout difficilement mesurable, soit celui du déplaisir d’étudier. Même si un étudiant apprécie son domaine d’étude, il faut s’attendre à ce que certaines périodes d’études (comme les examens) amènent un cout important à l’étudiant, soit le stress d’un examen ou la renonciation à d’autres activités plus plaisantes.

… mais des bénéfices importants
Il est évident que les détenteurs d’un diplôme collégial ou universitaire touchent un bénéfice de leur éducation. Ce gain peut être de différentes sortes : avantages au niveau du salaire, du type d’emploi, du statut social, etc. Les études évaluent à environ 5 % le gain salarial associé à une année d’étude supplémentaire. Les autres gains sont plus difficilement mesurables, mais le lien est clair. Le gouvernement retirera donc un
bénéfice de la scolarité en recevant des revenus d’impôts plus élevés ou en ayant des citoyens plus heureux.

Une idée de l’équilibre général
Les gains que vont recevoir les détenteurs de diplômes dépendent de deux élément importants : la demande de diplômés et l’offre de diplômés. Si on permet à davantage de gens d’obtenir un diplôme, cela créera une suroffre de diplômés et diminuera donc le salaire que pourront toucher les travailleurs avec leur diplôme. Il serait donc logique pour un détenteur de diplôme de limiter l’accès à l’éducation avancée afin de ne pas nuire à ses propres perspectives.

Par contre, le principal argument associé à l’éducation avancée est d’attirer des entreprises par les compétences acquises de façon générale par la population (l’offre crée sa propre demande). L’augmentation de la demande de tels travailleurs créera une rareté d’employés diplômés et donc un meilleur salaire. Autrement dit, si j’étais le seul détenteur d’un diplôme universitaire, je réussirais à obtenir des gains importants. Toutefois, ces gains seront limités par la disponibilité d’emploi reliée à mes compétences.

Quel élément sera le plus important? Difficile à dire. De nos jours, on forme en Inde de façon annuelle autant de diplômés en ingénierie qu’il y a d’ingénieurs au Canada. Il y a donc fort à parier que c’est dans ce pays que les entreprises à la recherche de diplômés préfèreront s’installer et les gains salariaux y seront plus importants.

En même temps, il ne faut pas oublier que des compétences que l’on considère comme étant de base aujourd’hui (savoir lire et écrire par exemple, ou savoir utiliser un ordinateur) étaient des compétences valorisées il n’y a pas si longtemps. Si un diplôme universitaire s’avère être la norme dans une trentaine d’année, il sera important d’être à ce niveau d’éducation à ce moment.

En conclusion, la décision de oui ou non augmenter les frais de scolarité finira par dépendre de l’opinion générale de la population. Il est important que des bénéfices économiques soient associés à l’obtention d’un diplôme afin que des gens choisissent d’étudier. Et tant que le déplaisir d’étudier existera, il y aura de tels gains. Ne reste qu’à s’assurer que ce soit ceux pour qui étudier cause le moins de déplaisir qui se retrouvent à l’université.

1 Une session normale est constituée de cinq cours de trois heures chacun. L’université s’attend à ce qu’un étudiant typique effectue trois heures de travail personnel par heure de cours.

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