Cela faisait quelques années que c’était dans l’air. La Banque du Canada testait les mentalités en faisant courir la rumeur de la fin de la plus petite dénomination disponible de la monnaie canadienne.

Et c’est le 29 mars dernier que le couperet est tombé et que l’annonce a été faite : les dernières pièces de 1 cent seront frappées en septembre prochain.


Économies et finance
La raison officielle donnée pour l’abolition de cette pièce de monnaie est un argument financier, à savoir que le métal contenu dans la pièce de monnaie (le cuivre) a plus de valeur que ce que la pièce de monnaie vaut officiellement.

En effet, étant donnés les cours du cuivre, chaque pièce contient environ 1,5 cent de cuivre. Donc, si vous faisiez fondre vos pièces de 1 cent, vous pourriez réaliser un profit de 50 % en revendant le métal.

Avant de continuer, je me dois ici de spécifier qu’il est illégal de détruire de la monnaie canadienne.

Les banques centrales connaissent le risque de frapper de la monnaie en métal. Si le prix de la ressource augmente, il est possible que le cout d’opportunité de la monnaie dépasse sa valeur. C’est typique d’une monnaie marchandise.

 


Toutefois, cet argument financier est limité. En effet, ce n’est pas la première fois de l’histoire qu’un tel phénomène survient. On n’a qu’à penser aux pièces d’or du Moyen-Âge disparues aujourd’hui, ou plus près de chez nous la pièce de 25 cents d’avant 1968.

En effet, la pièce de 25 cents était originalement composée principalement d’argent. Or, l’augmentation du prix de ce métal a forcé la Monnaie royale canadienne à opter pour un métal moins couteux, soit le nickel.

Si vous avez toujours en votre possession des pièces du centenaire du Canada (1967), vous constaterez qu’elles ont une couleur et une grosseur un peu différente de leurs petites sœurs apparues deux ans plus tard.

Cette expérience nous indique donc qu’on aurait pu choisir une option différente, comme utiliser une composante différente pour conserver cette dénomination. Le choix en a été tout autre. Et évidemment, l’économie explique ce que la finance ne peut pas…

La monnaie comme outil économique
On attribue trois fonctions à un quelconque matériau, jeton ou bien afin de le qualifier de monnaie. Tout d’abord, il faut que ce jeton, bien ou matériau soit accepté comme outil de transaction.

Si j’essayais de payer mes nouvelles chaussures avec des cailloux, probablement que le commerçant ne me laisserait pas sortir avec lesdites chaussures. Même si je lui fournissais la valeur équivalente en cailloux (à savoir quelques centaines de kilos), il refuserait l’échange.

Il est essentiel que les gens reconnaissent la possibilité de rechanger la monnaie contre un autre bien ou service afin d’accepter le bien, matériau ou jeton comme outil de transaction. Dans le cas de la pièce de 1 cent, il devenait de plus en plus évident que son utilité comme moyen de transaction diminuait. Peut-être s’il y avait eu des « cent-o-rama » aurait-on pu continuer de voir une utilité à la pièce.

Mais force est d’admettre que ce n’est plus le cas : les gens laissent leurs cents au dépanneur, acceptent qu’on ne leur remette pas la monnaie au cent près et vont même jusqu’à piétiner ces malaimées dans la rue sans les ramasser. En définitive, il n’avait plus aucun intérêt comme outil de transaction.

Une monnaie sert également d’unité de compte. En effet, la monnaie est utilisée pour comparer la valeur des différents biens. Évidemment, on pourrait utiliser les cailloux comme unité de compte et dire qu’une paire de chaussures vaut 622 kg de cailloux par exemple, mais encore faut-il définir la taille, le type, la couleur de ces cailloux.

C’est d’ailleurs sur ce point que les gens sont les plus inquiets sur la disparition du cent. Qu’en sera-t-il de l’élaboration de prix? Les consommateurs perdront-ils au change maintenant que les prix seront arrondis au « 5 cent » près?

En fait, les gens se font déjà « voler » quelques dixièmes de cents de façon assez courante. En effet, dès que le prix se termine par un montant différent que 0,20, 0,40, 0,60 0,80 ou 0,00, alors vous ne payez pas complètement la TPS sur votre achat (ou payez un peu plus de taxe sur votre achat). Et c’est parce qu’en Alberta, il n’y a pas de taxe de vente provinciale, sinon ce serait encore plus rare de payer exactement toute la taxe.

Finalement, une monnaie doit servir de réservoir de valeur. Ainsi, un individu possédant de la monnaie sait qu’il peut la dépenser à l’instant ou dans quelques années et qu’il pourra toujours obtenir la même quantité (ou du moins  presque la même quantité) de biens et services.

Bonne ou mauvaise idée?
Est-ce donc une bonne ou une mauvaise chose de se débarrasser de cette pièce de monnaie? L’avenir nous le dira. Tant que les couts associés à l’incertitude des Canadiens sur le changement dans l’unité de compte de leur monnaie sont moindres que le 100 millions $ par année que coute de frapper cette pièce, alors oui, il s’agit d’une bonne décision.

*Le terme « sou » vient d’aussi loin que l’Empire romain. L’expression « sou noir » est typique du Canada et provient de l’oxydation du cuivre qui fait foncer la pièce de monnaie dans le temps. Il est plus exact de dire 1 cent, ce qui sera fait dans ce texte.

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