Thomas Mulcair et la modernisation du NPD

On a beaucoup dit, non sans raison, que la course à la direction du Nouveau Parti démocratique (NPD) avait été trop longue, mais le congrès a montré que l’attente en valait la peine. Car le NPD a réussi avec brio sa course à la direction. Pas de mauvaise surprise comme cela a été le cas lorsque Stéphane Dion est devenu, en décembre 2006, pratiquement par accident, chef du Parti libéral du Canada (PLC).

En effet, lorsque les résultats du premier tour de scrutin ont été révélés, tôt samedi matin, ceux-ci venaient corroborer ce à quoi la plupart des observateurs s’attendaient, c’est-à-dire à une lutte entre Thomas Mulcair et Brian Topp.


À la fin de la journée, M. Mulcair était parvenu à vendre à une forte majorité de néo-démocrates son projet de modernisation du parti vers le centre gauche.

La convaincante victoire du député québécois, à qui on accordait peu de chance au début de la course, confirme qu’on a tourné le dos à la vision de Brian Topp et d’Ed Broadbent qui se présentaient comme les gardiens de l’orthodoxie néo-démocrate.

M. Topp aura certes un rôle fort important à jouer dans le futur, mais il est clair que le NPD vient, après la mort de Jack Layton, de franchir une nouvelle étape dans sa marche vers la maturité politique. Il devra cependant se montrer fort persuasif.

En effet, tous ceux qui ont voté pour Brian Topp et qui constituent l’aile des purs et durs de la social-démocratie pourraient constituer une force d’inertie au sein du parti.

C’est certainement là le premier défi qui attend Thomas Mulcair, celui d’apaiser les craintes de ceux qui pensent qu’il a l’intention de procéder à la dilution de la doctrine social-démocrate afin de prendre le pouvoir. Mais il y a bien d’autres défis qui l’attendent, dont certains sont urgents.

À court terme, Thomas Mulcair doit surtout reprendre la direction de l’opposition. Car si Nicole Turmel est parvenue tant bien que mal à assurer l’intérim, elle ne faisait pas le poids devant le libéral Bob Rae.

Parlementaire expérimenté, le chef libéral a tout simplement volé la vedette du côté de l’opposition et, aidé par la sortie de Justin Trudeau le mois dernier contre le Canada de Stephen Harper, il a imposé le PLC comme étant la voix de la contestation.

Or, il est urgent pour le nouveau chef du NPD de renverser cette tendance afin que sa formation politique redevienne la voix autorisée de l’opposition.

Par la suite, il lui faut reconsolider les appuis qui sont en train de s’éroder au Québec. En fait, il était tout à prévisible que les appuis du Québec s’effritent, car le vote du 2 mai dernier pour le NPD, dans la Belle province, était simplement trop élevé. Le bassin « naturel » du NPD est probablement entre 30 % et 35 % d’électeurs québécois.

Thomas Mulcair doit maintenant consolider cette base, s’il veut gagner les élections de 2015, et éviter que le vote ne tombe sous les 30 %. Et le premier adversaire n’est pas Stephen Harper, mais, de nouveau, Bob Rae, le NPD ne pouvant espérer gagner une élection aussi longtemps que les libéraux sont trop présents dans le paysage politique.

Enfin, cette course aura permis au NPD de se constituer une nouvelle garde politique. En effet, la course aura été l’occasion de voir émerger « l’élite » néo-démocrate de demain, laquelle se compose de jeunes figures comme Niki Ahston, Nathan Cullen ou encore Alexandre Boulerice et Roméo Saganash.

Certains en ont profité pour se révéler au grand jour, comme cela a été le cas avec Nathan Cullen. Ce dernier, qui parle un excellent français, est l’une des révélations de la course et il sera une pièce importante de l’équipe du nouveau chef.

Bref, il y a du sang neuf et le parti qui a dû surmonter une épreuve peu commune avec la mort de son chef semble fin prêt pour l’avenir. Voilà qui est assez impressionnant : le PLC devrait en prendre bonne note.
 

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