Le dollar canadien comme monnaie internationale?

Une simple nouvelle : l’Islande considèrerait utiliser le dollar canadien comme monnaie. Il n’en fallait pas plus pour relancer l’éternelle question à savoir comment déterminer le choix d’une monnaie.

D’abord, rappelons ce qu’est de la monnaie. Pour être qualifié de monnaie, un outil doit remplir trois fonctions : être accepté par ses utilisateurs comme outil de transaction, permettre de mesurer et comparer la valeur des biens, et conserver sa valeur dans le temps.


Ce qui est utilisé comme monnaie, que ce soit des billets de banque tels qu’on les connait aujourd’hui ou des pièces d’or comme au Moyen-Âge, n’a pas d’importance, pourvu que ces trois fonctions soient remplies.

Dans le cas présent de l’Islande, il semble que la couronne islandaise ne remplisse plus ces fonctions. En particulier, le doute s’est installé au niveau de ce que vaudra la couronne dans quelques années.

L’utilisation d’une monnaie étrangère peut devenir avantageuse dans un contexte où justement on désire rétablir la confiance des gens dans le système financier. Adopter le dollar canadien comme monnaie permettrait de stabiliser le système bancaire islandais, puisque les prêteurs n’auront plus peur de voir la valeur de leurs actifs disparaitre.

En même temps, les commerçants auront plus de facilité à établir un système de prix si les gens reconnaissent la stabilité de la valeur de la monnaie.

L’Islande n’est pas la première économie qui considère abandonner sa monnaie pour en adopter une autre. Plusieurs pays de l’Europe ont opté pour la monnaie commune européenne.

Toutefois, dans ce cas particulier, les pays de la zone euro se sont vus « donner » cette monnaie. En effet, la Banque centrale européenne a déterminé la valeur de chaque devise de la zone avant de les échanger selon ce taux en Euros.

Un tel choix de la part de l’Islande s’approcherait davantage des situations au Panama ou du Pérou, qui ont adopté le dollar américain comme monnaie d’usage. Il faut savoir qu’il est tout à fait légal d’utiliser une monnaie étrangère.

En effet, tous ont le droit d’acheter des devises d’un pays autre que le leur. Par exemple, il coute environ 1 $ canadien pour se procurer 1 $ américain ces jours-ci. Si vous le désirez, vous pouvez aller à votre banque et vider votre compte pour acheter des dollars américains.

La plupart des commerces canadiens accepteront d’ailleurs que vous payiez vos courses en dollars américains. Toutefois, cet achat est possible parce que tous savent que les Canadiens n’ont aucune intention d’abandonner leur monnaie. Les quelques « excentriques » qui choisissent de vivre avec de la monnaie américaine au Canada ont donc tout à fait le droit de le faire.

Si les Islandais choisissaient d’abandonner leur monnaie, il leur serait beaucoup plus difficile de se procurer de la monnaie étrangère. Évidemment, tous comprendraient que la couronne islandaise étant appelée à disparaitre, elle perdrait l’ensemble de sa valeur et la conversion deviendrait impossible. Les Islandais devraient donc trouver autre chose à « vendre » au Canada pour se procurer de la monnaie canadienne.

Typiquement, l’Islande devrait vendre des titres (par exemple des obligations) et donc augmenter sa dette pour pouvoir adopter cette nouvelle monnaie. Et comme si cette dépense initiale n’était pas suffisante, toutes les fois qu’un billet de banque devenait inutilisable (par exemple, en étant déchiré), les Islandais devraient racheter un nouveau billet de banque.

La Banque du Canada n’aurait aucune obligation envers une économie étrangère de lui échanger des billets détruits contre des billets neufs, obligation qu’elle a envers les Canadiens.

L’Islande ne comptant que 320 000 habitants, elle constitue à peine 1 % de la population canadienne. Si les Islandais achetaient de la monnaie canadienne, il y a fort à parier que la plupart d’entre nous ne le réaliseraient pas puisque cela ne constitue qu’une très faible proportion des besoins en monnaie au pays.

Toutefois, plusieurs avantages seraient perçus par le Canada. Par exemple, en achetant des dollars canadiens, les Islandais feraient augmenter la valeur du dollar canadien et permettrait ainsi de faciliter l’accès au crédit au niveau international.

L’Islande n’est cependant pas un partenaire commercial important pour le Canada, alors on ne retrouvera pas de gains significatifs par rapport aux couts de transaction associés au marché du change canado-islandais.

Par ailleurs, une monnaie commune pourrait faciliter les échanges entre les deux économies. Le choix de l’Islande n’est donc pas du ressort canadien; mais bien du ressort des Islandais eux-mêmes. Et la réalité est que les deux pays y trouveront probablement leur compte…
 

 

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