Le bon moment pour l’austérité?

Le printemps arrive à grands pas et avec lui viennent les énoncés budgétaires pour les administrations publiques; que ce soit au niveau fédéral, provincial et même à l’international. L’Alberta a déjà commencé avec un budget présenté le 9 février dernier.

Si plusieurs craignent une nouvelle récession, la majorité des prévisions accordent plutôt une croissance économique respectable au Canada pour la prochaine année, aux environs de 2 %.


Par contre, cette croissance économique se base sur les connaissances actuelles des décisions économiques de plusieurs acteurs, comme une faible récession en Europe, une forte reprise au Japon, une croissance économique importante en Chine et une faible croissance aux États-Unis.

Toutes ces prévisions auront un impact direct sur la croissance de l’économie canadienne et en même temps sur les revenus et les dépenses des gouvernements.

Les gouvernements ont en effet un rôle important à jouer dans l’économie. S’ils s’occupent de la fourniture de biens jugés essentiels (santé, éducation, routes), ils participent également à la vitalité économique.

Le Plan d’action économique du gouvernement fédéral avait comme but précis de financer des projets permettant à l’économie canadienne de se sortir de la récession. À en juger par les résultats observés, il faut admettre que l’augmentation du déficit du gouvernement en 2010 (de 0,5 % à 3,5 %) est en effet associée à une reprise économique (de -5 % à +6 %). Le graphique ci-dessus présente l’évolution de ces deux séries de données.

L’intérêt particulier de ces données est qu’elles permettent de comparer la lutte au déficit entreprise au milieu des années 1990 avec celle déjà annoncée par le gouvernement conservateur depuis deux ans, dans son contexte économique.

D’abord, la croissance économique présentée ici correspond à la croissance nominale, puisque les dépenses et les revenus du gouvernement sont mesurés en dollars courants. Le ratio balance budgétaire sur PIB indique l’importance relative du déficit/surplus budgétaire du gouvernement par rapport à la taille de l’économie.

Lorsque ce ratio est négatif, cela signifie que la taille de l’économie serait moins importante sans l’apport du gouvernement. Une valeur positive indique plutôt que le gouvernement a réduit la taille de l’économie avec son surplus.

Comme le graphique nous l’indique, le déficit a atteint son apogée de 1992 à 1994. Ce déficit a été créé, entre autres, par la récession de 1991 (récession qui n’apparait pas dans le tableau puisque l’inflation élevée est malheureusement incluse dans le calcul de la croissance économique).

La lutte au déficit a permis l’apparition d’un surplus budgétaire en 1998; surplus qui s’est maintenu jusqu’à la récession de 2008.

Comme on peut le constater, la lutte au déficit du milieu des années 1990 n’a pas été accompagnée d’une récession.

Plusieurs raisons peuvent être évoquées : diminution du service de la dette à la suite de la diminution du taux d’intérêt; forte croissance économique aux États-Unis se propageant au Canada; faible valeur du dollar canadien avantageant les exportations canadiennes.

Malheureusement, aucun deces facteurs n’est présent aujourd’hui. On peut difficilement imaginer le taux d’intérêt passant sous les niveaux actuels; le dollar canadien varie autour de la parité avec le dollar américain; et les États-Unis ne sont définitivement pas en forte croissance.

Entendons-nous : il est en effet du ressort du gouvernement d’amoindrir les chocs économiques. La notion « d’amortisseur » provient de John Maynard Keynes, lors de la Grande Dépression des années 1930.

Toutefois, cet amortisseur ne doit pas seulement amortir les trous (récessions) mais aussi les bosses (expansions). En ce sens, le gouvernement doit accepter son rôle et s’assurer de faire un surplus en période de croissance économique, et non profiter des années de « vaches grasses » pour réduire les impôts et bonifier les services publics.

En ce sens, plusieurs économies européennes (à commencer par la Grèce) se retrouvent aujourd’hui dans une situation difficile parce qu’elles n’ont pas su faire ce choix, de mettre de l’argent de côté quand les années de boom économique étaient là.

Le Canada est donc avantagé par rapport à ces économies. Ayant accumulé les surplus au cours des dernières années, il a la marge de manœuvre lui permettant d’être patient dans son retour à l’équilibre budgétaire.

Un recul trop rapide des dépenses et on pourrait retourner en récession, puisque la place du déficit public correspond environ à la croissance économique prévue pour 2012. Et sachant que plusieurs autres économies auront à le faire, la croissance canadienne sera peut-être également affectée. Alorsne soyons pas austères.

Soyons patients…
 

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