Du premier au dernier jour de la campagne, le chef conservateur, Stephen Harper, a réclamé des électeurs canadiens une majorité. Il a gagné son pari, le 2 mai dernier, malgré que peu de sondages indiquaient qu’une telle chose était possible.

 

 

On a cependant l’impression que, dans la dernière fin de semaine de la campagne, bien des électeurs ontariens, notamment de Toronto, ont entendu l’appel de Stephen Harper à voter pour le Parti conservateur (PC) et qu’ils ont décidé qu’ils ne se tourneraient pas vers les néo-démocrates, lui procurant ainsi sa majorité. Et tout cela sans rien promettre de particulier au Québec. On peut penser ce que l’on veut de M. Harper, mais il fait maintenant partie des premiers ministres marquants de l’histoire de la politique canadienne en remportant une troisième élection.

 

 

 

L’autre grand gagnant de la campagne, c’est le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui a remporté lui aussi une victoire historique. De nombreux observateurs, et j’en faisais partie, croyaient que le déclenchement des élections pouvait favoriser seulement le PC ou le Parti libéral du Canada (PLC) de Michael Ignatieff. Quelle erreur!

 

Jack Layton a confondu tout le monde en y allant de la meilleure performance qu’a jamais connu sa formation politique, mieux que les résultats historiques obtenus par Ed Broadbent en 1988. Surtout, le parti est maintenant une solution de rechange pour gouverner. Il faut donner tout le crédit à M. Layton : on a beaucoup parlé de vague orange, mais cela est, à vrai dire, inexact. Il s’agit plutôt d’une Jack-o-mania, car les électeurs néo-démocrates ont plus adhéré à une image, celle d’un homme souriant qui tranchait avec ses adversaires, notamment celle d’un Gilles Duceppe – chef démissionnaire du Bloc québécois (BQ) – toujours grimaçant et d’un Michael Ignatieff trop professoral pour susciter la sympathie du grand public.

 

 

C’est probablement au débat des chefs, surtout celui en français, que M. Layton est parvenu à imposer son rythme de campagne. Car on a oublié que M. Layton, tout « M. Sourire » qu’il soit, a su attaquer ses adversaires quand la situation l’exigeait. D’une part, en accusant son adversaire libéral de n’être jamais à la Chambre des communes et, d’autre part, en ébranlant Gilles Duceppe en lui disant qu’il ne parvient à rien obtenir pour le Québec. À partir de là, la vague orange n’a cessé de se gonfler au Québec

 

 

Toutefois, cette vague néo-démocrate n’a pas touché les rivages de l’Alberta, la province continuant d’être le bastion conservateur qu’elle est depuis longtemps. Linda Duncan (Edmonton-Strathcona) a cependant pu conforter sa place et nul doute qu’elle sera une pièce importante du caucus néo-démocrate, puisqu’elle est toujours la seule élue en provenance de l’Alberta. Cela va lui donner un poste stratégique au sein du parti.
 

 

Les deux grands perdant de la soirée sont bien entendu le PLC et le BQ, dont les chefs ont tous deux subi une humiliante défaite. On savait que les libéraux étaient en difficulté, mais on entretenait l’espoir que les fantômes du scandale des commandites avaient été exorcisés et que le nouveau chef saurait ramener ses troupes au pouvoir. Cruelle désillusion!


Les libéraux auront un important exercice de réflexion à entreprendre et ils devront envisager toutes les options dont celle de se fusionner avec le NPD.

 

 

 

Même si leur chef Michael Ignatieff, qui n’a même pas réussi à se faire élire dans sa circonscription, a démissionné au lendemain des élections, je ne crois pas cependant que tous les libéraux soient prêts à envisager cette solution qui consisterait à mettre la clé sur la porte du parti qui a été au pouvoir la plupart du temps au Canada.
 

 

Quant au Bloc québécois, son existence est plus compromise que jamais et on voit mal pourquoi les quatre députés, sans leur chef, lui aussi sans siège à la suite des élections et qui a démissionné immédiatement les résultats connus, continueraient l’aventure bloquiste.

 

 

Cette élection confirme probablement le début d’un nouveau cycle de la politique canadienne, c’est-à-dire un système politique réaligné entre la gauche et la droite. Et cela annonce des débats passionnants jusqu’à l’élection de 2015.

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