Alison Redford courtise Toronto

Depuis le début des années 2000, le gouvernement albertain était absent de la scène nationale. Voilà qui était tout particulièrement vrai dans le dernier mandat de Ralph Klein qui, à partir de 2004, était peu intéressé à faire valoir le point de vue albertain sur la scène fédérale.

M. Stelmach n’a pas lui non plus déployé d’effort particulier pour faire entendre les positions de son gouvernement en dehors des frontières de la province. Or, une nouvelle direction semble prise avec Alison Redford qui montre cette volonté de réintégrer la scène canadienne. Elle aurait pu se contenter d’agir comme l’ont fait ses prédécesseurs, mais, à vrai dire, le contexte a changé et l’inaction gouvernementale n’est plus possible.


C’est la décision du département d’État américain, qui est tombée la semaine dernière, de reporter l’évaluation du projet de pipeline Keystone XL qui a sonné ici comme un coup de tonnerre.

La stratégie qui avait été employée auparavant et qui consistait à dire qu’il s’agissait d’un « no-brainer », comme l’a dit le premier ministre Stephen Harper, a montré son inefficacité.

Manifestement, ce n’était pas le cas. La décision de l’administration américaine est une preuve de plus, s’il en fallait d’autres, montrant la nécessité d’utiliser de nouveaux moyens pour promouvoir le projet et défendre l’exploitation des sables bitumineux.

Certes, ce n’est pas un premier ministre de l’Alberta qui fera changer d’idée aux Américains, son voyage à Washington a probablement été à peine remarqué. Et ceux qui l’ont remarqué, comme le populaire animateur Stephen Colbert, s’en sont moqués.

Toutefois, la possibilité d’influencer les perceptions intérieures afin d’éviter que l’opposition ne grandisse sur la scène politique canadienne est plus grande. C’est dans ce contexte que la première ministre s’est arrêtée à Toronto la semaine dernière et qu’elle a livré un discours devant un parterre distingué où on retrouvait notamment l’ancien ministre de l’Environnement, Jim Prentice qui l’a, dit-on, chaudement applaudi.

Il s’agissait pour Mme Redford de faire part de ses intentions au public averti de la grande métropole quant au futur de l’exploitation des sables bitumineux. Nulle part, elle n’a mentionné vouloir réduire le rythme d’extraction. Son propos visait plutôt à convaincre les Ontariens, spécialement les Torontois, de la nécessité de travailler d’un commun accord pour que tout le monde y trouve son compte.

Tout son discours tournait autour de l’idée que cette exploitation bénéficie économiquement non seulement aux Albertains, mais à l’ensemble de la population.

En fait, avec une argumentation assez étonnante, elle a voulu établir un parallèle entre les différences ethnosociales canadiennes et celles existant en matière d’énergie : « Nous devons reconnaitre, a-t-elle dit en anglais, la diversité de la production énergétique à travers le Canada. Nous sommes une mosaïque de peuples, de régions et d’intérêts et nous avons toujours voulu célébrer cette diversité. L’énergie ne devrait pas être différente. »

Elle a aussi mentionné que l’Alberta devait prendre un rôle de leadership au plan environnemental. On verra ce qu’il en sera, ce n’est pas la première fois qu’on entend ce refrain.

Mais la récente opposition en provenance du Nebraska au projet de pipeline a montré que, d’un point de vue économique, il était nécessaire d’être plus préoccupé par les impacts environnementaux. Cependant, il ne faut pas s’y tromper : le but poursuivi par Alison Redford, c’est de conquérir les cœurs ontariens.

En ce sens, comme Stephen Harper qui a pu obtenir sa majorité avec les députés issus de la province ontarienne, elle fait le pari que, pour gagner l’assentiment des Canadiens, il faudra compter sur la participation des Ontariens. C’est pourquoi elle leur fait valoir les bienfaits de cette exploitation sur leurs portefeuilles.

Dans cette optique, elle poursuit le renforcement de l’axe Calgary-Toronto que l’on a vu se former au soir des élections du 2 mai 2011.

Frédéric Boily est politologue au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.
 

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