Quand les conservateurs regardent à gauche

À la surprise générale, c’est Alison Redford qui est parvenue, comme Ed Stelmach en 2006, à coiffer Gary Mar, le 1er octobre dernier lors du deuxième tour de la course à la chefferie conservatrice.

Gary Mar est celui que tous voyaient comme le prochain premier ministre. Ce dernier semblait pourtant disposer de tous les atouts nécessaires pour devenir chef : la meilleure équipe et du financement, l’appui des ténors de la frange la plus à droite comme Ted Morton et Rick Orman, sans compter le support du Calgary Herald. M. Mar n’a cependant pu éviter le sort réservé à Jim Dinning, en 2006.


En fait, vers la fin de la campagne, son discours s’est mis à être plus louvoyant : voulait-il vraiment ouvrir la porte au privé dans le système de santé comme certains le demandaient? Il semblait dire oui à ceux qui espèrent des développements en cette matière, mais pas assez fermement pour les apaiser.

En outre, on peut soupçonner qu’aux yeux de certains conservateurs, Gary Mar évoquait la figure de Michael Ignatieff, c’est-à-dire celui qui revient des États-Unis pour sauver ses concitoyens. Cruelle désillusion pour celui qui rêvait, depuis le début des années 2000, de devenir le chef des conservateurs.

De l’autre côté, Mme Redford a mené une brillante campagne. Sur la forme, sa victoire ressemble à celle d’Ed Stelmach. Mais, sur le fond, il s’agit d’une réussite d’une nature totalement différente. En effet, au contraire d’Ed Stelmach, Alison Redford s’est imposée avec un discours de rupture : en rébellion contre son parti, elle a annoncé qu’elle reviendrait sur certaines politiques du gouvernement, notamment les coupures en éducation.

Elle a aussi critiqué le style trop opaque de M. Stelmach. Son pari a été que le parti était prêt pour un vrai changement et que, pour ce faire, il fallait couper les liens avec ce qui avait été fait précédemment. En fait, son discours aurait très bien convenu au Parti libéral. Le chef de cette formation, Raj Sherman, a d’ailleurs tout à craindre d’Alison Redford qui va chercher à s’emparer d’une partie des électeurs libéraux les plus à droite.

Par contre, deux grandes sources de préoccupation demeurent. D’une part, le nombre de partisans qui ont voté indique que plusieurs ont quitté le navire ou se sont désintéressés du PC. Étaient-ils tous en train de faire les récoltes, comme le disaient les responsables du PC?

À mon avis, avant même le premier tour, certains conservateurs étaient déjà passés du côté du Wild Rose de Danielle Smith et il se pourrait que d’autres, ceux ayant voté pour Ted Morton, aient fait de même avant samedi dernier. Seule une future élection pourra nous dire ce qu’il en est vraiment. D’autre part, une autre inconnue de taille obscurcit l’horizon et c’est l’économie.

En effet, le ministre des Finances, Lloyd Snelgrove, vient d’annoncer que, suite à la récente tempête boursière, le Heritage Savings Trust Fund a perdu de sa valeur, ce qui compliquera la tâche du gouvernement qui se servait des intérêts pour renflouer ses coffres. Si d’aventure Alison Redford devait renier certaines promesses qu’elle a faites en matière d’éducation, elle pourrait rapidement se retrouver dans une position intenable.

C’est dans ce difficile contexte qu’elle doit maintenant procéder à l’union du Parti conservateur, elle qui a joué la carte de la rupture. On peut déjà s’attendre à ce que certains députés ne se représentent pas aux prochaines élections et que de nouvelles figures vont prendre leur place et l’accompagner lors de la prochaine confrontation électorale, qui aura probablement lieu en mars ou en avril.

D’ici là, plusieurs francophones se sentiront inquiets, car ils se rappelleront que Mme Redford s’est prononcée, lorsqu’elle était ministre de la Justice, contre le bilinguisme des juges à la Cour suprême. Toutefois, les francophones albertains pourraient trouver leur compte avec la nouvelle première ministre puisqu’elle a fait de l’éducation une priorité. Et il est probablement plus facile de trouver un terrain d’entente avec Alison Redford qu’avec Danielle Smith qui risque d’être beaucoup moins sensible aux préoccupations de la francophonie albertaine. Des choix stratégiques devront donc être faits.
 

 

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