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La passion du vélo, du café… et des gens!


Originaire de Roumanie, Mike Cotfas a immigré au Canada à l’âge de 6 ans. Véritable passionné de vélo, il a appris le français lors d’un échange étudiant en France. Son magasin de vélos se trouve tout près de la Cité francophone, à Edmonton.  Rencontre inspirante avec un francophile avoué.

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Le Franco : Comment en êtes-vous venu à ouvrir votre magasin de vélos à Edmonton?
Mike Cotfas : Ça fait au moins 10 ans que je travaille dans l’industrie, et j’ai toujours voulu ouvrir mon magasin. Dans mon emploi précédent, je disais toujours à mes amis que même si mon patron arrêtait de me payer, je viendrais travailler quand même, tellement j’aime ça.

LF : Vous avez toujours été passionné de vélo?
MC : Oui. Quand j’avais cinq ou six ans, mon père me laissait seul avec un vélo et me demandait de le défaire complètement. J’aimais casser des choses, mais j’apprenais en même temps.bike3

LF : Sur votre porte, il y a une enseigne sur laquelle on peut lire : On parle français. Pourquoi est-ce important pour vous?
MC : C’est important, car on est en plein milieu du quartier francophone. Mais aussi, je veux pratiquer mon français, et je suis certain que j’ai vendu des vélos par le simple fait de parler français avec les clients.

LF : Pouvez-vous me parler un peu de la philosophie de votre magasin?
MC : Je dis souvent que je ne vends pas des vélos, je vends l’amour pour les vélos. Je vends des vélos que les gens vont vraiment aimer, auxquels ils vont développer un attachement, une relation avec cet objet. Quand j’ai démarré mon entreprise, je suis allé voir un propriétaire de magasins de vélos pour des conseils, et il m’a dit : « Ne le fais pas. N’ouvre pas de magasin, tu ne feras pas d’argent avec ça ». Mais après trois ans, je réalise que le plus important pour moi ce n’est pas l’argent, c’est de parler avec les gens, de créer des petites relations avec les clients. Leurs histoires sont incroyables.

LF : Mais est-ce que votre entreprise roule bien?
MC : Oui! Dès la première année, je faisais des profits. Je suis très fier et je me sens chanceux, c’est grâce aux gens de ce quartier francophone, ils nous ont montrés de l’amour, et j’en suis très reconnaissant. Parfois, certains magasins de vélos sont snobs, il y a une attitude désagréable quand on y entre. Moi j’aime l’expression « It’s nice to be nice ». J’aime appliquer cette philosophie.

LF : C’est pour ça que vous avez aussi un volet Café dans votre magasin?
MC : Exactement, certains clients viennent juste pour le café. J’ai pris l’inspiration d’un magasin aux États-Unis qui s’appelle Heritage cycle, à Chicago. Je trouve ça cool, alors pourquoi pas?

LF : Quels genres de vélos vendez-vous?
MC : Il y a dans cette ville beaucoup de magasins spécialisés dans les vélos haut de gamme. Moi je suis plutôt généraliste. Je vends des vélos pratiques. Il y a des gens qui sont prêts à payer des milliers de dollars pour un vélo qui pèse 100 grammes de moins qu’un autre. Ces gens-là ne sont pas mes clients. Mes clients arrivent avec des vélos qui valent 50 $ et ils payent 300 $ pour les réparer, et c’est parce qu’ils aiment leur vélo, qu’ils ont une relation avec cet objet bizarre. On demande à cet objet d’accomplir certaines tâches, et on se sent reconnaissant, c’est comme ça que la relation se bâtit.

LF : Que pensez-vous de l’état des pistes cyclables à Edmonton?
MC : Ça me rend triste. Pourquoi Calgary est-elle tellement en avance sur nous? Est-ce que c’est la situation politique? Est-ce que les citoyens ne font pas assez de pression? On ne sait pas. À Calgary, il y a deux fois plus de gens qui se déplacent en vélo depuis que la ville a investi dans les pistes cyclables. Si eux peuvent le faire, pourquoi pas nous? Calgary demeure en avance de plusieurs décennies sur Edmonton. Ici, on investit trop peu d’argent au début des projets, alors les politiciens peuvent justifier leur manque de financement en disant « vous voyez, il n’y a pas plus de cyclistes, ça ne vaut pas la peine d’investir, ça n’a pas marché ». C’est désolant.

LF : Que pensez-vous du projet de piste cyclable sur la 83e avenue?
MC : C’est un bon début. Mais idéalement, elle devrait se trouver sur l’avenue Whyte et sur Jasper. C’est là qu’il y a le plus d’accidents. Il y a un projet très intéressant mis sur pied par un père qui a perdu un de ses enfants à cause d’un accident de vélo. Son projet s’appelle Zero. C’est-à-dire qu’on ne doit tolérer aucune blessure, aucun accident et surtout zéro mort. Il faut se sentir en sécurité pour rouler en vélo, et beaucoup de gens ne retrouvent pas cette sécurité. Les cyclistes paient les mêmes impôts que les gens en voiture, ils devraient pouvoir se sentir en sécurité sur les routes. Sans compter que les automobilistes sont ceux qui endommagent le plus les routes.

bike1LF : Diriez-vous qu’il y a un manque d’intérêt à Edmonton pour le développement de pistes cyclables?
MC : Il y a plus d’intérêt que l’on pense. Mais c’est dommage que le débat soit formulé « cyclistes contre automobilistes ». À Calgary, ils ont cherché des solutions qui fonctionnent pour tout le monde. Oui, on va perdre des places de stationnement en développant des pistes cyclables, mais on gagne en sécurité. C’est en ces termes qu’il faut encadrer le débat.

LF : En terminant,  c’est vrai que vous garantissez la réparation des vélos en 24 heures?
MC : Tout à fait. Les gens apportent leur vélo pour réparation et le lendemain, il est prêt. Je le fais, car je me sens bien ici, et de toute façon, je suis un oiseau de nuit! 

Comment se rendre à Mike's Bikes and Beans ?

Mike’s Bikes and Beans
8927D, 82e  avenue, Edmonton
587 523-MIKE
mikelovesbikes.com

   

 

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