Comme la plupart d’entre nous, j’ai été stupéfait par les évènements survenus à Paris le 13 novembre dernier. Comme plusieurs, la première question qui m’est passée par la tête est sous quelle logique est-ce que les acteurs de cette tragédie en sont-ils venus à poser de tels gestes? Devant l’inconnu, on a tous tendance à se baser sur ce que l’on connait le mieux. Cela est facile, rassurant, réconfortant. Dans mon cas, il s’agit de l’économie. Donc, je me suis posé la question : Comment peut-on justifier de façon économique ce choix, car il s’agit bien d’un choix, de commettre un acte terroriste.


La première chose qu’on enseigne en économie est le coût de renonciation. Ce coût constitue la somme de tout ce à quoi on doit renoncer lorsque l’on prend une décision. L’individu choisira l’option qui fait en sorte que le bénéfice du choix est plus important que le coût associé à ce choix. Le coût de l’acte terroriste doit donc être inférieur au bénéfice que pense en toucher la personne qui le commet.


Évidemment, il s’agit là d’un jugement de valeur. Le bénéfice que touche un individu d’une action lui est particulier, lui appartient. Et c’est la beauté de l’humanité : que chaque individu est unique dans ses intérêts, ses passions et sa définition du bonheur. Malheureusement, cette beauté s’est avérée extrêmement affreuse vendredi dernier.


Un autre principe essentiel en économie est que dans ses choix, l’individu est rationnel. Attention : je ne dis pas que ce qui est rationnel pour un individu l’est pour tous et chacun. Je dis que si un individu prend une décision, il le fait en toute connaissance de cause.


Je ne crois pas que les gens qui choisissent de commettre un acte terroriste soient fous. Ils font un choix, conscient, basé sur une rationalité qui est la leur. Je ne partage pas cette rationalité, mais dire que ce sont des fous est mal comprendre leur cheminement intellectuel. Il s’agit également d’une façon de se déresponsabiliser face à ce fléau.


Selon la définition du terrorisme, le principal objectif de l’action est de se montrer, que ce soit pour présenter une idéologie ou produire de la terreur. Le choix de Paris en ce sens n’était pas anodin. Les terroristes s’attendaient à un fort battage médiatique. Le bénéfice de l’acte était potentiellement très intéressant. D’un point de vue individuel, on pourrait parler du désir de donner du sens à son existence, de se dire que si la cause réussit, ce sera grâce à nous. La réalisation du soi par la réalisation du groupe. Il s’agit là de « l’offre » d’actes terroristes. Plus les bénéfices attendus sont élevés, plus de gens seront prêts à « offrir » de tels actes.


Les actes terroristes ne peuvent toutefois pas avoir lieu sans des gens pour « demander » de tels actes. Ces organisateurs doivent convaincre des individus de commettre des actes. Dans une situation où des gens se croient sans avenir, ils ne demanderont pas une compensation très grande pour leur geste. Une promesse dans l’autre vie pourrait être suffisante. On comprendra du même coup que ce sont les individus les plus facilement remplaçables qui commettront les actes vu leur faible « valeur » par rapport aux dirigeants ou aux véritables organisateurs d’actes terroristes.


Selon cette perspective, il existerait donc, de façon conceptuelle, une « valeur d’équilibre » au terrorisme, c’est à dire un prix auquel un individu acceptera de commettre un acte terroriste. Cet équilibre amènera une quantité d’acte « produits ». Et c’est à cette quantité qu’il faut s’attaquer.


La méthode privilégiée jusqu’ici était surtout de viser la demande. On tentait en effet d’identifier les têtes dirigeantes, soit ceux qui « demandaient » des actes terroristes. Il s’agit là du fameux jeu de carte américain . En éliminant les demandeurs, on réduirait du même coup le nombre d’actes commis. Or, malgré le fait qu’on ait attrapé plusieurs têtes dirigeantes, les actes ont continué.


Aujourd’hui, on a davantage conscience de l’importance à apporter à l’offre. Il s’agit plutôt de diminuer les bénéfices attendus des actes terroristes. D’un côté, on pourrait demander aux médias de ne parler que des victimes, en ignorant le « qui » a commis l’acte. Sans la reconnaissance, l’acte ne sert effectivement pas à grand chose. Un peu dans l’optique du film Polytechnique. Ensuite, il faut redonner aux jeunes le sentiment d’appartenance à notre société. Dans ce jeu du « Eux » contre « Nous », il ne peut pas y avoir de gagnant, puisqu’on sera toujours parmi les « Eux » de quelqu’un d’autre. Il faut parler d’ensemble, d’unité. Il faut sortir de l’oppression, de l’endoctrinement ceux qui pourraient voir le terrorisme comme la seule issue. Il faut donner à tous une chance égale dans notre société. Il faut permettre à tous de voir le monde comme étant aussi le leur. Il faut qu’ensemble nous disions non à la stigmatisation.
Autrement dit, il faut parler de liberté, d’égalité et de fraternité…

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