La diversification de l’économie albertaine

S’il y a un élément qui ressort de la situation économique en Alberta présentement, c’est l’impact du secteur des ressources naturelles sur l’ensemble de l’économie. Cela fait par contre plusieurs années que l’on a identifié l’importance de diversifier l’économie albertaine afin de réduire sa dépendance aux industries énergétiques. Qu’entend-t-on exactement par diversification économique et pourquoi cela ne s’est-il pas effectué?

Le concept de diversification repose sur le principe que l’économie devrait se baser sur plusieurs piliers, plusieurs secteurs industriels et, dans la mesure du possible indépendants les uns des autres. Idéalement, des secteurs offrant des perspectives opposées, c’est à dire que lorsqu’un secteur connaît un ralentissement, les autres n’en seront pas touchés. En Alberta, depuis la fin des années 1990, le secteur des ressources énergétiques est la source principale de croissance dans la province. Et cette longue période de croissance soutenue a favorisé l’expansion de ce secteur économique au détriment des autres industries.

En fait, la principale raison n’est pas l’inaction des acteurs impliqués sur le marché du travail, mais plutôt la conséquence de la surperformance du secteur énergétique. En effet, la hausse du prix de l’énergie a incité les entreprises à accélérer leur rythme de production. Cela a nécessité l’embauche d’un nombre de plus en plus importants de travailleurs parmi un bassin relativement restreint d’individus. Évidemment, plus de demande de travail sans augmentation de l’offre signifie une hausse du salaire pour les travailleurs.

L’économie albertaine a bien profité de cette manne. Cela a poussé plusieurs personnes à migrer en Alberta. Les meilleurs salaires ont également permis de hausser les ventes des commerces qui ont ainsi pu prendre de l’expansion. Le gouvernement a vu ses revenus en impôts et en redevances augmenter et cela a poussé à des niveaux records les revenus de la province.

Mais cela n’a pas amené de diversification économique.

En effet, si les salaires ont augmenté dans les industries énergétiques, les salaires dans les autres secteurs économiques ont dû suivre la tendance. La conséquence indirecte a donc été de rendre les autres secteurs industriels moins profitables et a incité des entreprises à s’implanter dans d’autres provinces.

Les étudiants, dans leurs choix de carrière se sont également concentrés sur l’acquisition de compétences associées aux ressources énergétiques. En effet, on leur a rappelé qu’il s’agissait des secteurs où l’emploi était abondant et les salaires intéressants. Peut-on les blâmer d’avoir choisi de ne pas poursuivre d’études postsecondaires alors que le marché du travail ne nécessitait pas nécessairement ce type de diplôme?

Comme disait le professeur Joseph Doucet en entrevue à Radio-Canada il y a quelques semaines, le manque de diversification de l’économie albertaine est surtout un problème en période de ralentissement économique. Lorsque le prix du baril se situait à 100$, que l’investissement et que l’emploi dans la province faisait les manchettes, personne ne s’attaquait à ce problème. Mais aujourd’hui, il en est tout autrement.

L’Alberta n’est pas la première économie à vivre ce phénomène. Des situations similaires sont survenues en Espagne au 16e siècle et en Australie au 19e siècle, avant d’être observé aux Pays-Bas dans les années 1960 où on a finalement donné un nom à ce type de crise : le mal hollandais. On associe ce « mal » au fait qu’une industrie dominante tue la compétitivité des autres, ce qui rend encore plus profondes les récessions lorsqu’un choc survient sur cette industrie dominante, ayant peu d’autres secteurs sur lesquels se rabattre.

Il serait facile aujourd’hui de faire des recommandations sur ce qui aurait pu être fait : Taxer davantage la ressource pour diminuer le profit des exploitants et donc la pression sur les salaires, ou encore restreindre la vente de terrains exploitables pour contrôler l’expansion dans l’exploitation de la ressource.

À savoir combien de temps sera nécessaire pour que la situation se rétablisse, il y a deux options. La première est que le prix du pétrole remonte, ce qui ramènerait probablement la croissance, jusqu’à la prochaine chute du prix. Le rétablissement pourrait ainsi se faire très rapidement.

La seconde passe plutôt par une diminution des salaires et l’acquisition de nouvelles compétences par la population active. Cet ajustement demandera plus de temps, mais il s’agit peut-être du choc nécessaire pour permettre à la diversification de prendre racine.

 

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