Péril en la demeure pour les conservateurs

Lorsque Stephen Harper s’est présenté devant la presse le matin du dimanche 2 août pour annoncer le déclenchement de la plus longue campagne électorale de l’histoire moderne du Canada, tous s’accordaient pour y voir une façon de gagner un avantage stratégique face à ses adversaires. Avec un parti dont les coffres sont encore mieux garnis que ses concurrents et une machine électorale rodée qui était en campagne depuis déjà un bon moment, les conservateurs paraissaient avoir une bonne longueur d’avance. Or, après plus d’un mois de campagne, les sondages indiquent que le scénario prévu ne se produit pas. Au contraire, les conservateurs se retrouvent maintenant en troisième position derrière les libéraux et les néo-démocrates,sauf avec le dernier sondage paru au moment de terminer cet article.

En rétrospective, force est de reconnaître que l’idée de déclencher une campagne hâtive se révèle une mauvaise décision. D’une part, avec l’affaire Duffy, le chef conservateur s’est placé lui-même dans une position inconfortable en devant quotidiennement répondre aux questions des journalistes. Pas d’échappatoire possible. D’autre part, la crise des migrants, imprévisible cette fois, a de nouveau mis sur la sellette Stephen Harper qui devait encore là expliquer pourquoi son gouvernement paraissait aussi insensible. La réaction première de son ministre Chris Alexander n’a rien fait pour arranger les choses. Bref, une campagne qui va mal, sans message autre que de dire que « Stephen Harper n’est pas parfait » mais qu’il est mieux que les deux autres. Un peu comme si en allant au restaurant le serveur nous disait : « Le steak est trop dur, mais il est meilleur que nos pâtes trop cuites !» Pas très inspirant et il n’est pas étonnant que des murmures de mécontentement se fassent entendre au sein des troupes et que des partisans enguirlandent les journalistes. Les conservateurs ont perdu le contrôle des sujets à discuter. C’est à se demander si les ténors conservateurs (John Baird et Peter Mackay) qui ont quitté l’hiver dernier ne pressentaient pas ce qui s’en venait, comme si Harper n’écoutait plus que lui-même.

 

Du côté libéral, c’est l’inverse. Alors que les doutes sur la capacité de Justin Trudeau à ramener les libéraux au pouvoir étaient bien présents au début de la campagne, le chef libéral s’en est très bien sorti lors du premier débat des chefs (6 août). Incisif, il a placé plusieurs bonnes répliques, du moins pendant la première heure. Voilà qui confirmait, auprès de ses partisans, que leur chef pouvait évoluer avec les deux autres. De plus, les libéraux prennent des risques qui pourraient rapporter encore qu’il soit trop tôt pour se prononcer. C’est surtout l’annonce qu’un gouvernement libéral ferait des déficits afin de stimuler les investissements dans les infrastructures qui demeure la plus audacieuse. Ce faisant, le PLC prend un virage vers la gauche alors que jusqu’au déclenchement de l’élection, il semblait miser sur les électeurs conservateurs déçus, par exemple, en critiquant Harper dans sa gestion du pipeline Keystone XL.

 

Quant aux néo-démocrates, la lune de miel qui a commencé avec l’élection en Alberta le 5 mai dernier semble se poursuivre. Assez pour se retrouver à la tête d’un gouvernement le 19 octobre prochain? La possibilité existe mais elle représente encore seulement une faible probabilité. Chose certaine, avec Thomas Mulcair, le NPD est parvenu à établir un pont électoral entre la Colombie-Britannique et le Québec. Le mariage des sentiments environnementalistes de nombreux Britanno-Colombiens et du mouvement anti-Harper (plus qu’anti-conservateur) d’une grande partie de l’électorat québécois permet à Thomas Mulcair d’envisager la formation d’un gouvernement orange. Mais encore lui faudra t-il ajouter de nombreuses circonscriptions ontariennes pour que cette possibilité se concrétise. Assisterons nous alors au scénario de 2011 alors que dans les dernières journées de la campagne il y avait eu un ressac contre le NPD en Ontario?  Avec trois partis qui sont encore au coude à coude et avec l’ajout de nouvelles circonscriptions électorales, le résultat final reste encore largement imprévisible.

 

 

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