Un budget fédéral peu surprenant…

Budget

À peine les analystes terminaient leur critique du dernier budget du gouvernement conservateur que les trois partis confirmaient qu’ils n’appuieraient pas ce budget; ce qui a mené au déclenchement d’une nouvelle campagne électorale. Toutefois, le budget présenté le 22 mars dernier sera vraisemblablement le fer de lance de leur programme. J’ai donc décidé de vous présenter ici mes propres conclusions face à ce budget.

La plupart des commentaires qui sont ressortis à la suite de ce budget nous amènent plus ou moins au même point : un budget impossible à adopter par l’opposition, un budget rempli de mini-mesures mais sans changement global, un budget contraire aux besoins des Canadiens, etc. Mais que pouvons-nous en conclure exactement?


Le budget canadien s’inscrit dans une tendance d’austérité budgétaire entamée par les différents pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Face à l’endettement massif de leur gouvernement, des pays comme la Grèce et l’Irlande ont dû réviser de façon importante la gestion du budget de l’État. D’autres, comme le Royaume-Uni, ont élu un gouvernement ayant promis de rétablir l’équilibre budgétaire. Le déficit du gouvernement états-unien semble de son côté de moins en moins sous contrôle.

Dans ce contexte, les Canadiens étaient en droit de s’attendre à un budget également contraignant. Après tout, le déficit enregistré pour l’exercice financier 2009-2010 a été le plus important de l’histoire canadienne en valeur absolue (ceux du début des années 90 étaient plus importants en termes réels). Et, comme le gouvernement canadien était le seul du G-7 à enregistrer un surplus avant la récession de 2008, le retour à l’équilibre budgétaire aurait dû se faire de façon relativement simple.

Le budget proposé par les conservateurs en était tout autre : il faudra attendre cinq ans avant de réobtenir un budget équilibré; six pour réaliser un surplus (voir le graphique 1.1 ci-dessous). Inquiétant? Cela dépend de l’angle sous lequel on considère la situation.

Les conservateurs se sont empressés d’ajouter au budget l’importance de la dette réelle canadienne, à savoir en pourcentage de la production (PIB), quel serait le niveau de la dette canadienne. De façon simple, disons que tant que la croissance économique est supérieure au déficit en pourcentage du PIB, la dette réelle diminue.

Prenons comme exemple un ménage pour illustrer cette situation. Supposons que vous gagniez 40 000$ par année mais que vous ayez aussi une dette de 20 000 $ accumulée. L’année suivante, votre revenu augmente disons à 50 000 $ et votre dette augmente également à 22 000 $. Même si votre dette nominale augmente, votre dette réelle a diminué (de 50 % à 44 %). Autrement dit, il vous faudrait maintenant une part moins importante de votre revenu annuelle pour éliminer vos dettes.

C’est dans cette optique que le budget est présenté. Comme le démontre le graphique 5.1, malgré le déficit attendu pour les prochaines années, la dette réelle demeurera relativement stable.

Voici donc la proposition budgétaire des conservateurs. Encore cinq années de déficit, et deux ans avant que la dette réelle ne diminue.

Ma principale critique par rapport à ce budget est toutefois bien différente. Au-delà du simple argument déficit-dette, le gouvernement fait présentement face à un problème beaucoup plus criant, soit la survie du Régime de pension du Canada. L’arrivée massive des baby-boomers à la retraite à partir de cette année signifie des dépenses potentielles beaucoup plus élevée. On peut se poser la question à savoir à quel point celui-ci pourra survivre?

Certains économistes suggèrent en fait que le gouvernement canadien ait une dette actuarielle de deux à trois fois supérieure à la dette nominale. C’est-à-dire qu’étant donné l’ensemble des services consentis aujourd’hui et pour l’avenir aux Canadiens, le gouvernement aurait une dette beaucoup plus importante. En refusant d’affronter ce problème, on ne fait que remettre à plus tard un problème de plus en plus criant. Mais cela devra faire l’objet d’une prochaine chronique.

David Caron est économiste pour le Campus Saint-Jean

 

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