Échantillons de la littérature ouest-canadienne

Annette Saint-Pierre a réuni des voix connues et d’autres plus nouvelles autour d’une thématique assez interpelante, la naissance/renaissance. Cela donne douze nouvelles ou
Naissances, titre du recueil paru aux Éditions des Plaines.


Selon Claudia Labrosse, professeure adjointe en études françaises à l’Université de Winnipeg et auteure de la préface, ce recueil illustre que «la jeune littérature de l’Ouest canadien est une littérature universelle, apte à transcender ce qu’il y a de commun chez l’humain : la souffrance et l’euphorie».

On se promène dans les plaines de l’Ouest, dans les rues de Saint-Boniface, dans les villes de l’Est, mais aussi au Japon et dans une favéla du Brésil où s’affronte une bande de revolucionarios et de justiceiros. Cette bande est mise en scène par Marcien Ferland dans un texte intitulé «Ces petits rats». Connu comme chef de chœur et compositeur, Ferland fait résonner ici le chant d’un enfant «certainement plus heureux mort que vivant».


Lise Gaboury-Diallo met sa plume au service de René, nouveau nom de Didier dont l’histoire reprend vie miraculeusement. Didier renaît : «Je suis re-né.» Suzanne Kennelly, elle, réussit à faire naître à nouveau un vieux piano, «deux fois plutôt qu’une».

Ancien journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Liberté, Bernard Bocquel a l’idée de camper une naissance dans un cimetière. Cela vous semble trop baroque? Mais non, puisque c’est «dans le baroque foisonnant [que] nichent assez de détails pour inspirer tous les tailleurs de pierre du monde».

François Gallays signe le texte le plus court et le plus réfléchi. Tout simplement intitulé «Enfin», il souligne que le moment de de la véritable naissance est celui où «mémoire et conscience s’éveillent simultanément».

L’éditrice Huguette Le Gall nous prévient que certaines règles de la nouvelle orthographe sont appliquées dans ce recueil, «tout particulièrement la disparition de nombreux accents circonflexes». On a donc droit à : brulant, dégout, trainant, s’il vous plait, surement, etc. On peut y lire «Je sens l’espoir renaitre en moi». Peut-être suis-je trop vieux-jeu, mais toujours est-il que je ne prise guère ce genre d’accroc à Sa Majesté la Langue française.

La naissance existe dans le mot «renaissance» et la chanteuse Suzanne Jeanson nous en donne un exemple dans une nouvelle intitulée «N’oublie pas le bonheur». La mort de la mère du personnage donne des ailes à ce dernier, lui insuffle « une nouvelle énergie remplie de fraicheur où semblaient se rassembler toutes les saisons de ma vie ». La renaissance est aussi le thème abordé par Alain Fradet dans «Le voile» ; il raconte comment une femme vainc le cancer et revient à la vie grâce à un «don de clairvoyance».

Tous les textes de Naissances sont finement ciselés. Tous inédits, ils proviennent d’auteurs de quarante ans et plus, si je ne m’abuse. J’aurais aimé lire une ou deux nouvelles des moins de trente ou trente-cinq ans.

Sous la direction d’Annette Saint-Pierre, Naissances, nouvelles, Saint-Boniface, Éditions des Plaines, 2015, 200 pages, 19,95 $.

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