« … à titre d’avocats devant les tribunaux… vous devez, de temps en temps,  faire des arguments impopulaires. Cette situation arrive, bien sûr, dans le domaine du droit pénal. Cependant, elle arrive aussi dans d’autres contextes, y compris en matière de droits linguistiques. C’est souvent difficile de défendre les droits linguistiques dans les juridictions où la majorité de la population ne voit pas leur valeur. Le courage des juristes dans ce contexte peut faire une grande différence car, afin d’effectuer le changement des attitudes sociales, il faut du dévouement. »

C’est le commentaire émis vendredi 12 juin dernier, à Calgary, par l’honorable Constance Hunt, après avoir partagé avec les participants au banquet du 25e anniversaire de l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) son témoignage personnel sur l’art d’être juge.

Celle qui a été membre des Cours d’appel de l’Alberta, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, a captivé son auditoire en rappelant d’abord quelques faits de sa vie avant qu’elle soit élevée à la magistrature. Puis, elle a parlé du premier cas qu’elle a entendu en tant que juge d’appel, Vriend c. Alberta, pour conclure avec un aperçu de ce qu’elle a appris de ce dossier qui a marqué une étape importante au Canada dans l’interdiction, en matière d’emploi, de discrimination pour orientation sexuelle.


Elle a fait référence à la discrimination - contre les minorités et contre les femmes — qui était enracinée profondément dans les attitudes sociales et la politique gouvernementale. « Parmi d’autres exemples de discrimination dans l’histoire de l’Alberta, on trouve un jugement de 1960 qui affirme la décision d’un propriétaire d’un hôtel de ne pas louer une chambre à une personne noire — malgré une loi interdisant aux aubergistes de refuser le service aux voyageurs. Avant la création de l’Alberta comme province, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a illégalement aboli le bilinguisme. Une loi de 1928 a permis au gouvernement de stériliser, sans leur consentement, les personnes considérées comme démunies mentalement. »

Elle a cité les deux juges qui ont écrit la décision majoritaire de la Cour d’appel de l’Alberta alors qu’elle-même était en dissidence. Elle a commenté la décision du plus haut tribunal du pays.

Aujourd’hui, grâce à cette affaire, le passage suivant fait partie de la jurisprudence bien établie de la Cour suprême du Canada : « on ne peut demander à des groupes qui sont depuis longtemps victimes de discrimination d’attendre patiemment que les gouvernements en viennent, étape par étape, à protéger leur dignité et leur droit à l’égalité. Si on tolère que les atteintes aux droits et aux libertés de ces groupes se poursuivent pendant que les gouvernements négligent de prendre des mesures diligentes pour réaliser l’égalité, les garanties inscrites dans la Charte ne seront guère plus que des vœux pieux. »

> Texte intégral de l’allocution de Constance Hunt

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