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Un budget politique

Tout budget est un exercice comptable complexe, mais le degré de complexité atteint parfois des niveaux beaucoup plus importants lorsqu’une dimension politique vient s’y greffer. C’était le cas du budget de jeudi dernier avec Jim Prentice qui, depuis la fin de l’année 2014, annonçait que la difficile situation économique de l’Alberta exigeait un coup de barre radical pour remettre la province sur le droit chemin financier. Plus précisément, il s’agissait de briser la dépendance du gouvernement aux revenus du pétrole et du gaz. Nous savons maintenant comment le gouvernement entend y parvenir avec un budget pas aussi drastique qu’on aurait pu le croire, mais qui n’est tout de même pas sans conséquence, loin de là. Essentiellement, le premier ministre propose un budget qui le distingue notamment de Ralph Klein, même si dans ses premières interventions, il n’a pas voulu le reconnaître.

En effet, Jim Prentice a rejeté l’héritage de Klein de deux façons. D’une part, il a refusé de procéder à des coupes budgétaires massives, l’idée de couper de 5% voire 9% comme on l’avait entendu ayant été rejetée. Certes, et le fait est important, le système de santé a vu ses budgets diminuer de 0,8%, ce qui conduira à des mises à pied à Services de santé Alberta, l’organisation étant frappée par une diminution de budget (286 millions). D’autre part, Prentice a rompu avec Klein en mettant de côté le taux d’imposition unique qui était devenu la marque de commerce albertaine, ce fameux Alberta Advantage. En établissant des paliers d’imposition qui permettront, d’ici trois ans, de modestes augmentations du taux d’imposition, maximum 2% pour ceux gagnant plus de 250 000$, le gouvernement conservateur a ainsi brisé un tabou de la politique albertaine.


Mais on ne peut parler d’un changement complet de philosophie puisque, pour cela, il aurait fallu permettre l’établissement d’une taxe de vente ou encore des changements concernant l’impôt des entreprises. En ce sens, le gouvernement a fait un pas important dans une direction, mais il a refusé d’en faire plus sur les chemins de la progressivité en matière d’imposition. Notons cependant qu’il a aussi proposé un supplément de revenus pour les familles (il y en aurait 75 000 selon le gouvernement) gagnant moins de 41 000$. Voilà une mesure qui permettra au gouvernement de clamer, lors de la campagne à venir, qu’il n’est pas aussi à droite que le prétendent ses adversaires de gauche. Mais c’est un argument qui ne convaincra probablement pas ceux œuvrant dans les milieux de l’éducation, notamment post-secondaire dont les budgets continuent de diminuer.

De plus, Prentice convie l’ensemble des Albertains à contribuer à l’effort budgétaire qui vise à diversifier les sources de revenus du gouvernement. Personne ne pourra échapper aux multiples hausses de frais qui, des boissons alcoolisées au tabac en passant par les certificats de toutes sortes (naissance, mariage et décès), sans oublier les contraventions routières, amèneront des sommes substantielles dans les coffres du trésor public. En cette matière, c’est surtout la contribution en santé qui est la plus significative, encore qu’elle sera là aussi modulée en fonction des revenus.

En définitive, le gouvernement conservateur a reconnu, après des années de déni, que les revenus de l’énergie, largement imprévisibles d’une année à l’autre, ne permettaient pas des prévisions budgétaires stables. Il était donc nécessaire, devant les perspectives d’un réel ralentissement économique en raison de la faiblesse des prix du pétrole, d’arriver avec un nouveau modèle, dont un déficit record de 5 milliards. Ironiquement, la province supposément la plus à droite n’arrive plus à équilibrer ses budgets alors que le Québec, le même jour, y parvenait. Toutefois, le gouvernement albertain dispose toujours du fonds de contingence de 6,5 milliards, un legs de celle dont Prentice ne prononce plus le nom (Alison Redford). Sans cette réserve d’argent, les Albertains auraient ressenti encore plus durement les effets du budget. Il reste à voir maintenant comment les électeurs réagiront et si le nouveau chef du Wildrose, Brian Jean, saura capitaliser sur ce changement de direction du gouvernement.

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