« Une seule chose suffit : de la bonne volonté… »

Telles sont les sages paroles de M. Lemire au sujet de la contentieuse question des trois écoles de Legal.

Voici les faits tels que rapportés par la journaliste Paula Simons dans le Edmonton Journal du mardi 17 février 2015: une école catholique anglophone (Legal School) n’ayant que 220 élèves pour 475 places refuse d’accommoder une petite école publique anglophone qui se cherche de l’espace. Il se trouve aussi dans le village une école catholique francophone (Citadelle) de 140 élèves occupant un ancien (1923) couvent réaménagé et une salle communautaire.

Le surintendant de la première avance que « le partage n’est pas facile » avec les non-catholiques parce qu’ « une infiltration se produit » (pour qu’on ne m’accuse pas de trahison déloyale du sens, je vous donne les autres mots du dictionnaire pour traduire le mot anglais employé « permeation » : « pénétration » et « imprégnation »). Et, ajoute-t-il, dans les paroles rapportées par la journaliste : « Quand les écoles catholiques partagent un espace avec les écoles publiques, cela peut saper (« undermine ») la capacité des écoles catholiques à garder les espaces d’enseignement complètement catholiques ». En d’autres mots, comme le disaient certains parents catholiques dans les années 1980 à Maurice-Lavallée, on ne veut pas que nos enfants soient contaminés par les non-catholiques!


Dans les premières lignes de son reportage, Paula Simons déplore le manque de « partage et de coopération » entre les conseils scolaires, et suggère qu’il est temps que ceux-ci travaillent ensemble. C’est alors qu’apparaît dans son article « l’élégante solution » de M. Lemire : réaménager la Legal School dont les espaces seraient partagés avec les catholiques francophones de Citadelle qui cèderaient alors leur espace à la nouvelle école publique anglophone. Ainsi, tous auraient l’espace qui leur convient et « personne n’aurait à compromettre sa foi ». Et pour que cette solution socratique fonctionne, « une seule chose
suffit : de la bonne volonté », de conclure notre leader local en matière de gestion scolaire.

Comme il est bon de lire ces sages paroles dans le discours public de M. Lemire car, comme tout le monde les aura lues, on pourra désormais les citer comme rappel d’un modus operandi qu’il profère ouvertement et qui doit agir chez lui comme une sorte de devise, un mot d’ordre, une règle de vie qui motive ses actions. Il serait intéressant de voir où et comment cela peut s’appliquer dans l’avenir.

Pour commencer, le partage que vous proposez, M. Lemire, entre les catholiques anglophones et francophones pour Legal va à l’encontre de toute la recherche qui existe sur la question des rapports entre le groupe majoritaire anglo (et majoritaire dans l’école) et minoritaire franco dans un même bâtiment. La langue française qui est au cœur de notre raison d’être se trouve ainsi compromise encore davantage, elle qui l’est déjà tant… Les tergiversations du CSCN, c’est-à-dire des vôtres, par rapport à la fusion des deux écoles secondaires francophones (Maurice-Lavallée et Gabrielle-Roy) sont éloquentes à cet égard. Il suffit de lire les rapports des délibérations de la Vision 20/20 pour le constater : une très forte majorité des voix sondées à cette occasion s’est prononcée pour la fusion des deux écoles secondaires.

Or, votre rapport du mois de janvier dernier (voir Le Franco, 8 au 14 janvier, p. 8) contredisait les résultats de cette grande consultation et faisait preuve de ce qu’on serait tenté d’appeler dans les circonstances, de la « mauvaise volonté », même de la mauvaise foi. Comment se fait-il, M. Lemire, qu’il soit si facile pour vous d’imaginer le partage d’une école française avec des anglophones et si compliqué de le faire entre francophones? Il n’est pas trop tard pour appliquer votre devise de « bonne volonté » et de l’invoquer pour convaincre les gens de son bien-fondé pour la communauté. L’avenir de celle-ci dépend en quelque sorte de l’émergence d’un véritable leadership porteur d’une vision de bonne entente et de respect réciproque chez ses membres; autrement, le refus d’assumer ce rôle alimente des factions partisanes qui n’y défendent que leurs intérêts.

La question de l’égalité de représentation entre conseillers publics et catholiques au CSCN nous ramène encore au thème de la « bonne volonté ». Encore une fois, la « vaste consultation », comme vous l’avez appelée, de la Vision 20/20 a donné des résultats clairs à cet égard, c’est-à-dire un appui solide à ce changement à la « gouvernance composée ». Malgré cela, ici encore, vous évoquez de faux chiffres (80% vs 20%) pour surestimer le décalage numérique dans la communauté francophone entre catholiques et non-catholiques; vous parlez de l’égalité de représentation comme d’une structure de gestion « hors de l’ordinaire » et exigeant « le consentement du ministre de l’Éducation », quand elle existe déjà au Conseil scolaire FrancoSud et avec l’aval du ministre, comme vous le savez trop bien.

M. Lemire, on vous prend au mot : votre beau discours plein de bon sens, cueilli avec bonheur par les médias anglophones, ne peut rester sans effets dans la communauté francophone changeante. Il est temps de corriger l’écart entre vos paroles conciliantes dénotant la nécessité et la suffisance de la « bonne volonté » pour régler les problèmes, comme ceux mentionnés ci-dessus, et ces autres paroles et gestes qui semblent exprimer le contraire.

Une chose est sûre, cependant, suite à ce que la « crise » de Legal a suscité : vous, M. Lemire, ne pourrez plus échapper à votre devise qui doit motiver vos actions : elle possède la possibilité de vous hanter comme un remords parce qu’elle a frappé tous les regards et est entrée dans toutes les oreilles. À vous de jouer…

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut