De quelques regards prospectifs sur 2015

J’aborde ces « regards prospectifs » ce mercredi matin (7 janvier) après avoir entendu à la radio les nouvelles de la tuerie à Paris dans les bureaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo où une douzaine de personnes ont été exécutés par ces « fous de Dieu », comme on les appelle couramment maintenant. Ceux-ci se justifient en évoquant la vengeance du prophète contre un magazine qui s’est donné le mandat de critiquer, sans exceptions, par la satire, l’ironie et la moquerie tout ce qui est risible, absurde, hypocrite, truffé de bêtise ou son incarnation, etc. Évidemment, puisque tous et toutes pouvaient ou ont déjà fait l’objet d’un même discours de ridicule, les responsables de Charlie Hebdo devaient se sentir suffisamment à l’abri d’attaques « déloyales » pour oser frapper d’ironie même une image du prophète invoquée par ces fondamentalistes pour justifier leurs sanguinaires approches démagogiques contre ces infidèles dont le rire ridiculisateur leur est insupportable, comme d’ailleurs la musique, le chant, la danse, le sport, l’éducation de la femme, et j’en passe.


Cette quatrième attaque en France depuis quelques semaines, semblable à bien d’autres dans tous les coins de la planète, dont le Canada récemment, n’est rien cependant si on la compare aux massacres presque quotidiens en Syrie, en Iraq, au Pakistan, en Afghanistan, en Libye, au Nigéria, etc, tous des pays qui se réclament de l’Islam, du prophète Mahomet, d’idéologies diverses émanant du même tronc et de pratiques politiques commensurables. L’Islam est de plus en plus perçu dans le monde comme une religion barbare, autoritaire, misogyne, démagogique, férocement brutale (grâce à ISIS), menant une guerre violente et permanente contre tous les infidèles, justifiant sa barbarie fondée sans arrière-pensée sur le meurtre et le massacre. On sait que cette perception ne correspond aucunement à la pratique proposée et voulue par cette religion, ses représentants, et la grande majorité de ses fidèles. Or, que faire de cette perception dans un monde nourri de sensationnalisme, d’immédiats et d’instantanés, dominé par l’image, celle qui circule à son égard en Occident et qui fait la fortune des partis de droite et d’extrème-droite, en Europe, entre autres? La victoire « démocratique » de ces derniers alimenterait de facto un cycle vicieux de conflits croissants dont la démocratie ferait les frais parce que prise en otage par des mesures politiques totalitaires et des milices populaires armées (« vigilantes »).

Il me semble que les musulmans eux/elles-mêmes qui sont autant victimes de ce fanatisme et de cette supercherie religieuse doivent se prononcer haut et fort en occupant la première place dans l’espace public pour dénoncer la vilaine tournure de ce fondamentalisme déshumanisé et déshumanisant devenu une partie significative des adhérents mondiaux à l’Islam. Il faut aussi se regarder dans le miroir quant aux politiques et pratiques de marginalisation et d’exclusion communes dans les sociétés occidentales qui incitent au regroupement communautariste producteur d’un repli identitaire  désaxé qui s’exprime dans le ressentiment, la rancœur et la contre-violence.

Il faut de plus mettre en garde contre toute forme d’amalgame pour éviter de tomber dans la logique qui a fait dire à quelques nouveaux philosophes au milieu des années 1970, ceci : comme le communisme n’a produit que des régimes totalitaires, il est temps de cesser de réciter à leur défense qu’il s’agit d’aberrations qui le trahissent; au contraire, il est temps de proclamer que c’est le seul système politique qu’il peut produire.

Plus on cède la place au fanatisme, plus l’amalgame risque de se produire pour aboutir à ce que le politologue et essayiste américain Huntington envisageait, soit une guerre des civilisations…

Dans un autre ordre d’idées : l’éducation de la francophonie albertaine

Le « regard vers demain » du directeur général du CSCN suscite des commentaires immédiats pour la mise en garde qu’il faut adopter à l’égard des implicites de ce texte. À la page 8 du Franco de la semaine dernière, monsieur Lemire avance que « les conseillers scolaires réalisent (sic) que quelques recommandations attirent déjà l’attention dans nos milieux. Deux en particulier sont d’ordre majeur et feront l’objet de beaucoup de recherche, de consultation et de discussion avant de voir le jour » (moi qui souligne). Voilà la mise en garde qu’il faut relever pour en montrer le caractère mystificateur dont l’objet, au-delà de la perception des bonnes intentions qu’on veut créer, serait de ralentir si ce n’est de désamorcer le processus même déjà enclenché.

Il s’agit de la question de la représentation égale – publique/catholique – au sein du CSCN, et l’autre, masquée derrière les euphémismes du langage utilisé, la recommandation proposant la fusion des deux écoles secondaires francophones d’Edmonton, Gabrielle-Roy (publique) et Maurice-Lavallée (catholique).

Je rappelle dans un premier temps que ces deux propositions, surtout la première, ont déjà fait l’objet de beaucoup de consultations et de discussions (comme le suppose d’ailleurs le mot même de proposition). De plus, si la question a été soulevée, c’est grâce à l’intervention d’un comité de parents (je rappelle qu’il y en eut d’autres avant ces derniers) qui exigent depuis deux ans qu’il y ait égalité de représentation au CSCN comme c’est déjà le cas au Conseil scolaire FrancoSud (malgré l’inégalité des nombres mais dont la majorité se trouve du côté du public), une structure de gouvernance entérinée par le gouvernement et qui le serait par la Cour suprême du Canada, comme je l’ai déjà expliqué dans une chronique précédente. Dans son bilan, M. Lemire dévoile lui-même une partie des étapes de la consultation, en omettant cependant des étapes cruciales dans le processus, soit la rencontre dudit comité de parents et de M. Lemire lui-même et sa trésorière avec plus d’une demi-douzaine de personnes du ministère de l’éducation, rencontre suivie d’une téléconférence avec des conseillers et administrateurs du Conseil scolaire FrancoSud, organisée par le ministère, à laquelle la présidente du CSCN et le DG lui-même ont participé passivement, c’est-à-dire sans mot dire, sauf à la fin dans un commentaire désobligeant vis-à-vis des parents, signalant ainsi une attitude négative par rapport à la résolution d’une situation incongrue, espace de tensions à l’intérieur du système depuis toujours. Peut-être n’avait-on pas aimé chez les deux participants du CSCN l’esprit de bonne entente et d’appui obtenu par le comité de parents des gens du Conseil FrancoSud…

La démarche des parents a quand même abouti à la création de la Vision 20/20, soit le processus de consultation élargi à l’ensemble des partis prenants de l’éducation francophone associés au CSCN, lancé dès le printemps 2014. En août dernier, lors de la rentrée scolaire, la question de l’égalité de représentation publique/catholique a été posée aux enseignants de tout le système qui ont appuyé l’idée à la quasi-unanimité, comme d’ailleurs les parents qui se sont donné la peine de participer au sondage dans le cadre de la consultation 20/20, organisée par le CSCN. On pourrait dire qu’une majorité semblable a aussi appuyé la fusion des deux secondaires. Notons, cependant, que depuis les résultats positifs pour l’avenir de la communauté entière de cette consultation, des parents catholiques de M.-L. ont manifesté avec véhémence leur désaccord par rapport à cette vision. Analogiquement parlant, cela ressemble à l’ouverture à l’autre préconisée par le pape versus le dogmatisme conservateur de certains évêques et cardinaux… Comment choisir, dites-vous?

Quand M. Lemire explique que « ce modèle (d’égalité de représentation) consisterait en un nombre égal de conseillers scolaires publics et catholiques, peu importe le pourcentage d’électeurs publics et catholiques », il ne mentionne pas que telle est la situation au Conseil FrancoSud. Il insiste plutôt sur l’idée que « le présent modèle est basé sur le principe démocratique de la ‘‘représentation par population’’ », invoquant « les plus récents recensements » qui donnent 20% au public et 80% au catholique. M. Lemire s’assure de ne pas donner la date dudit recensement car les chiffres d’aujourd’hui seraient nettement différents, sans compter que les néo-Canadiens (les immigrants), n’ayant pas le droit de vote, sont exclus des nombres utilisés. Il ne dit pas non plus, parlant de démocratie, comment les électeurs publics ont dû se battre pour obtenir une première école publique (1997), que le premier conseiller public a été élu en 2002, qu’il a fallu attendre 2007 pour en avoir un deuxième, et comment un tel retard dans le recrutement du nombre d’élèves publics et le développement des écoles publiques francophones à Edmonton est le résultat direct d’une politique de deux poids, deux mesures en faveur du catholique.

À la fin de son paragraphe explicatif, M. Lemire conclut de la façon suivante : « Vu la nature hors de l’ordinaire d’une future composition égalitaire, le Conseil devra obtenir le consentement du ministre de l’Éducation ». Or, puisque la structure existe déjà au Conseil FrancoSud et qu’elle a été approuvée par le ministre, l’usage de vocable « hors de l’ordinaire » ne peut que renvoyer au rapport entre les deux populations, c’est-à-dire que, dans la logique implicite de M. Lemire, la structure est acceptable si l’égalité de représentation se produit quand la majorité est publique, mais non dans l’autre sens! Ce dernier semble oublier que les conseillers actuels du CSCN ont approuvé à l’unanimité l’égalité de représentation pour le prochain mandat du CSCN. Qui parle de démocratie?

Cette chronique se veut être un appel à la vigilance de la part des parents et de la communauté francophone pour assurer que les dérapages et les atermoiements qui semblent souhaités n’aient pas lieu. Parlons clairement et agissons en fonction des discours et des choix déjà établis sur les changements à apporter dans la construction de l’avenir éducatif de la francophonie albertaine et de sa communauté.

Je laisse les derniers mots à M. Lemire, ceux-là mêmes qu’il invoque à la fin de son rapport et qui semblent contredire ce qu’il avance plus tôt, soit la nécessité « de beaucoup de recherche, de consultation et de discussion avant (que les recommandations voient) le jour » : «  À toutes les personnes qui ont contribué à cette vaste consultation (moi qui souligne), on vous exprime toute notre reconnaissance ».

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