Lancement de l’organisme Francophonie albertaine plurielle (FRAP)

Lors du lancement de Francophonie albertaine plurielle vendredi 12 décembre dernier, l’acronyme FRAP, qui l’identifie maintenant, a suscité des sourires et quelques interrogations quant à son sens qu’il faut sans doute chercher du côté métaphorique ou symbolique. Disons d’emblée que c’est à chacun/e de l’associer à ce qu’il peut évoquer chez lui/elle, mais il est indubitable que le mot frappe par sa qualité d’homonyme. Je sais de sources sûres que le comité responsable de la création de l’organisme a d’abord choisi un nom qui incarnait le mandat et les objectifs qu’il voulait se donner, et que le mot « frap » est venu ensuite. Comme si un destin quelconque était à l’origine de ce regroupement d’individus issus de plusieurs coins du monde francophone, et comme si un mandat particulier leur avait été ordonné. J’ose avancer une telle explication parce que le Robert historique de la langue française (1992, de 2383 pages, en deux volumes) traite de la langue française – son évolution et sa place dans le monde – de la page 829 à 840, et glisse au milieu de ces pages (p. 837) le mot « frapper » et « frappe », notre homonyme ici auquel il accorde dans ses premiers exemples le sens suivant : (1178, estre en male frape « être en situation difficile ») « action de frapper et son résultat ». Cela semble résumer les étapes que la FRAP veut se donner – une « situation difficile », en effet, caractérisée par une exclusion systémique, qui fait appel à des solutions – un peu comme on dit que la parole vient du silence, métaphore tout désignée pour le processus enclenché par la FRAP…

 

Dans sa présentation de la FRAP lors de la conférence de presse, la présidente, Jeanne Lehman, a cité le Commissaire aux langues officielles qui constate, dans son rapport annuel de novembre 2014, que « l’immigration représente une condition essentielle à l’essor (des communautés francophones en milieu minoritaire) ». Madame Lehman enchaîne en insistant qu’un tel constat, qui rejoint ce que tous les experts confirment, doit nous amener à « travailler collectivement à la construction d’une communauté francophone renouvelée suivant un nouveau projet de société ». Revenons sur deux exemples qu’elle a soulevés pour indiquer l’horizon vers lequel tend la FRAP.
 

L’éducation : un aspect seulement de l’ensemble social, mais crucial dans la construction de notre avenir. N’est-il pas, comme madame Lehman l’entend, «  la clef et le modèle d’une inclusion réelle en vertu de l’espace que (l’éducation) occupe dans le milieu où se regroupent sans exceptions toutes les populations »? On a appris qu’un des motifs de la  création de l’organisme avait été de voir à modifier le rapport non proportionnel qui existe actuellement entre les enseignants de souche canadienne et ceux issus de l’immigration, qui pourtant possèdent la même formation, tous/tes étant formés dans nos universités. Il ne s’agit pas seulement de produire des modèles et une familiarité pour les élèves issus de l’immigration, ni seulement exposer et les élèves et les enseignants à la diversité : c’est outre cela, pourtant d’une importance capitale, le fait de développer à l’intérieur de l’école, parmi ces populations d’élèves venant de partout, un nouveau rapport fondé sur un dialogue interculturel inscrit dans le curriculum, grâce à une refonte de celui-ci et à une formation des enseignants à l’interculturel. Ainsi, nous arriverons à créer chez nos enfants des imaginaires de la diversité, c’est-à-dire de futurs adultes et membres d’une communauté chez qui l’autre n’apparaît pas comme autre mais comme un individu singulier déjà rencontré et apprivoisé.

Il faut produire un discours d’enrichissement collectif grâce à cette diversité, poursuit Jeanne Lehman, ce qui suppose que le changement souhaité au niveau des mentalités des membres de la communauté doit en quelque sorte accompagner le dialogue interculturel implanté dans les écoles et les universités, et s’étendre à tout l’appareil institutionnel de la société. En effet, « au lieu de laisser parler les faits d’une marginalité systémique », dit-elle, que l’on parle surtout « d’une francophonie (…) puissante et visible parce qu’élargie, vigoureuse, attrayante, dynamique et engagée ».

Qui ne peut souscrire à un tel partage généreux et riche de possibilités? Il n’y a dans la FRAP rien de moins qu’une « vision rassembleuse de la totalité de la communauté (…) débouchant sur un projet de société auquel on est arrivé démocratiquement parce que nourri de toutes les voix et de tous les points de vue de cette francophonie albertaine plurielle ».

NB : Paul Dubé est membre de la FRAP

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut