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Une soirée de patrouille avec l’agent de police Marc-André Amyotte

Des centaines de policiers patrouillent les rues, les quartiers et le centre-ville d’Edmonton une fois la nuit tombée. Ces hommes et femmes se préparent à toute éventualité. Mais il y a toujours l’élément de surprise, tantôt tragique, tantôt loufoque. Il faut aussi savoir que plusieurs des interventions se rapprochent du travail social. Il s’agit d’une profession où l’éducation, l’entregent et l’empathie s’avèrent des outils plus importants que les armes de poing.

Un p’tit gars du quartier…

Marc-André Amyotte est au service de police de la ville d’Edmonton (EPS) depuis cinq ans. À 26 ans, il est l’aîné des deux enfants de Laurin et Carmen. Sa sœur Claire est agente de contrôle des passagers à l’aéroport international d’Edmonton.  Ses grands-parents Amyotte sont bien connus de la communauté francophone. Émile, président du Club de bienfaisance Marie-Anne-Gaboury, a été plombier de métier alors que son épouse Jeannine a été aide pédagogique dans le système d’immersion. Ses grands-parents maternels, Théodore et Yolande Raby, sont originaires de Rivière-la-Paix. D’ailleurs, un de ses cousins, Laurier, est également policier dans l’ouest de la ville.


Marc-André a tout d’abord fréquenté l’école Sainte-Jeanne-d’Arc. En 2006, il était de la classe des finissants de  Maurice-Lavallée. Bien avant la fin de ses études secondaires, il était fixé sur le métier qu’il voulait faire. Marie Lafleur, qui était conseillère à l’école secondaire à l’époque, a été témoin de cette prise de décision : « Dès la 11e année, Marc-André pensait devenir policier. Nous en avions parlé quelques fois », se rappelle madame Lafleur, maintenant conseillère à l’école Joseph-Moreau à Edmonton. Elle est toujours en contact avec Marc-André. « J’étais très heureuse de le voir en uniforme quelques années plus tard. Maintenant qu’il est policier, je le revois car il vient régulièrement à  Joseph-Moreau en tant qu’entraîneur de volley-ball. Il vient aussi passer du temps avec des élèves, surtout des jeunes garçons pour qui il est un excellent modèle », ajoute Marie Lafleur. Il arrive d’ailleurs régulièrement à Marc-André Amyotte de visiter les écoles. « C’est nécessaire d’assurer une présence positive dans certaines écoles », dit-il.

Persévérance

Malgré un physique qui se prêterait à une carrière quelque part entre le hockey et le football, Marc-André ne se considère pas comme étant un athlète naturel. Il a toutefois joué quelque temps dans la ligue de hockey métropolitaine junior d’Edmonton. Un policier est parfois appelé à effectuer des poursuites à pied avec 40 livres d’équipement, lequel comprend une veste protectrice, des armes et des instruments de communication. Même à six pieds un pouce et 230 livres, ce n’est pas une sinécure.

Marc-André Amyotte a dû faire preuve de persévérance avant de pouvoir pratiquer son métier. À 19 ans, il essuie un premier refus de la part d’EPS : « On exige d’avoir un diplôme d’études secondaires mais aussi une expérience de vie ou de travail d’au moins deux ans après ça », explique l’agent Amyotte. Il a donc complété un cours en sciences informatiques au Northern Alberta Institute of Technology (NAIT). À 21 ans, il applique de nouveau, plus déterminé que jamais. Cette fois, on accepte de le considérer. Il s’engage alors dans une série d’étapes plus exigeantes les unes que les autres. Après l’entrevue initiale et l’évaluation physique, il doit passer une série de tests psychologiques où on explore la sensibilité du candidat à une diversité de situations courantes, dont les différentes cultures. Marc-André est visiblement sensible à ce sujet : « Il faut être conscient des différentes cultures qui existent à Edmonton. Il faut porter attention aux différences avant de porter des jugements », dit-il. Il est d’avis que le fait d’être francophone l’aide beaucoup à ce chapitre.

Un autre test s’apparente en plusieurs points à un examen de conscience, détecteur de mensonge à l’appui. On “invite” le candidat à divulguer toute information qui pourrait miner sa crédibilité en tant que policier. « À 20 ans, c’est impressionnant…puis il y a le  détecteur de mensonge (rires)… Par moments, t’as vraiment l’impression d’avoir été une mauvaise personne », partage Marc-André. Les questions posées explorent une variété de sujets, de l’honnêteté à la consommation de drogue : « Lorsque j’ai répondu  “non” à la question (de la consommation), ils ne m’ont pas cru. Ils m’ont posé la question plusieurs fois », raconte Marc-André qui avoue ne jamais avoir été intrigué par la chose. Grâce au détecteur de mensonge, on a finalement dû le croire.

L’agent Amyotte adore son métier et apprécie le sentiment de fierté que lui procure le service à la communauté.  « À un moment donné, j’aurais voulu faire partie de l’escouade canine, dit-il, et j’ai investi une centaine d’heures de bénévolat avec cette unité, souvent pendant mes congés. Ça demande beaucoup d’investissement de soi. On est toujours on. Le chien devient ton partenaire et un membre de ta famille. » C’est à regret qu’il est revenu sur cette décision : « La famille pour moi, c’est numéro un, affirme-t-il. Je veux commencer une famille et être là le plus possible pour mes enfants ».

Marc-André Amyotte est marié depuis peu avec Kelly, une enseignante. Il dit que c’est une femme formidable et décisionnelle, ce dont il s’accommode très bien. « En tant que policier, je dois prendre tellement de décisions à chaque shift. À la maison, j’essaie d’en prendre le moins possible », reconnait-il.

 


Les outils du métier

Son arme assignée est un Glock 22 de calibre .40, une arme semi-automatique compacte munie d’un chargeur contenant 15 cartouches. Marc-André a dû dégainer et pointer son arme une seule fois en cinq ans mais n’a jamais eu à l’utiliser, ce dont il est très heureux. Il fait remarquer que la grande majorité des policiers ne font jamais usage de leur arme.

Le soir du 21 novembre, Marc-André conduit une Ford Explorer, six cylindres, munie de quatre roues motrices. « Une des différences importantes avec une voiture commerciale est la capacité des freins », fait remarquer l’agent Amyotte. Pour le passager non-initié, la facilité d’accélération ne passe pas inaperçue. Lorsque nécessaire, c’est une voiture qui embrasse bien la route. Malgré la croyance populaire, les policiers sont liés à des règlements plutôt stricts quant à la vitesse permise, même en cas de poursuite. « On doit justifier chaque photo radar que l’on accumule. Et si la raison n’est pas bonne, on doit payer la contravention », dit-il. Mais le joyau de l’auto du patrouilleur est le tableau de bord multi-instrumental équipé d’un centre d’information ultramoderne. Une voiture vacille devant vous? Un relevé de la plaque d’immatriculation vous en dira long : l’enregistrement du véhicule est-il à jour? Le véhicule a-t-il été volé? Son propriétaire fait-il l’objet d’une suspension ou d’un casier judiciaire?

Le territoire assigné à Marc-André Amyotte s’étend de la 101e à la 82e avenue et de la 50e à la 95e rue. Il y a évidemment des recoupements avec les secteurs voisins en cas d’urgence.

Le 21 novembre dernier, j’ai eu l’occasion de serpenter les rues du secteur sud-est d’Edmonton en compagnie de l’agent de police Marc-André Amyotte. Cela m’a permis de redécouvrir ma ville – et mon quartier! Aux dires de l’agent, c’était relativement tranquille pour un vendredi soir…

(NDLR) « Ce que vous allez lire est VRAI… Seuls les noms, les lieux, la marque de certains véhicules et la nature précise de certains incidents ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes concernées…et permettre la publication de cet article ». (1)

 

17h30

Marc-André Amyotte arrive chez-moi. Son quart de travail a débuté à 16h avec des tâches administratives à la division sud-est située dans le quartier Millwoods.

La voiture de patrouille stationnée devant la porte provoque la curiosité escomptée. Que je sois assis sur la banquette avant au moment de partir désamorce les rumeurs naissantes chez les voisins.

 

18h23

101e avenue près de la 75e rue : un individu en état d’ébriété avancé traverse la rue illégalement et vient jusqu’à l’auto-patrouille pour s’entretenir avec Marc-André. Ce dernier procède au contrôle de l’individu. Il vérifie son identité. Son dossier fait état d’effractions mineures, mais rien de récent. Puisqu’il s’avère respectueux malgré son état et que les trottoirs sont très glissants, on conduit l’individu jusqu’à son domicile à quelques rues de là.

 

18h45

Tournée rapide à pied du centre commercial Bonnie Doon. Une présence policière dans un mail est toujours bienvenue.

 

19h10

Bien en vue de la voiture de police, un conducteur accélère rapidement dès que le feu tourne au vert (stunting, en anglais) à l’intersection de la 90e avenue et de la 75e rue. On procède à un contrôle. Le conducteur âgé de 18 ans possède un permis de conduire conditionnel mais se croit tout de même en droit de protester. L’agent Amyotte lui fait remarquer que son attitude ne lui attirera que des ennuis, surtout avec le service de police.  Après la vérification d’usage, le jeune homme s’en tire avec un avertissement.

 

19h13

Un citoyen rapporte un délit de fuite dans les environ de la 78e avenue et de la 18e rue : une Dodge Caravan 2003 roulerait sur ses  jantes. L’agent Amyotte avise qu’il se joint à la poursuite du véhicule dont le trajet semble changer à chaque minute. On parcourt les rues du quartier, sans succès.
 

ENTENDU À LA RADIO-  « Direction sud, avenue Argyle : un véhicule circule en sens inverse de la circulation… »

 

ENTENDU À LA RADIO-  Un homme demande l’assistance de la police pour obtenir accès au domicile d’un de ces amis dont il est sans nouvelles depuis quelques semaines. Quinze minutes plus tard, on rapporte le décès de l’homme, probablement de causes naturelles.

 

19h57

On stationne quelques minutes à l’extérieur d’une maison de chambres reconnue pour ses résidents soupçonnés d’activités criminelles en tout genre. Rien à signaler. 

 

20h20

Pause pour le souper dans un établissement de restauration rapide où Marc-André a travaillé pendant qu’il fréquentait l’école Maurice-Lavallée. C’est dans son quartier et il connait encore les propriétaires.

 

20h34

91e rue et 88e avenue, près de La Cité francophone : un camion semble avoir une crevaison. Son conducteur examine une des roues. À la vue de l’auto-patrouille, il reprend le volant et change de direction. Une vérification permet d’apprendre que l’individu doit bientôt paraitre en cour pour possession illégale d’arme à feu. On sillonne les rues du quartier Bonnie Doon à la recherche du camion. On retrace l’individu devant son domicile 20 minutes plus tard. L’agent questionne brièvement l’individu et rapporte l’incident à son superviseur.

 

20h45

Message du détachement : le sergent Corrigan demande à Marc-André de se rendre dans la portion sud du secteur puisque le quartier Bonnie Doon semble tranquille pour l’instant.

 

21h28

Centre récréatif dans le sud de la ville : un citoyen rapporte qu’une conductrice a frappé une voiture après avoir heurté le trottoir à l’entrée du buildingà plusieurs reprises. Elle serait venue chercher ses enfants après un entraînement de hockey. Un témoin bloque la sortie de la voiture en question avec son camion en attendant les autorités.  Plusieurs policiers sont maintenant sur place. On demande à l’agent Amyotte de recueillir les dépositions. Vers 22h, après un test sommaire de sobriété, la conductrice est menottée (devant ses enfants) et conduite au détachement.  L’agent Amyotte procède à la fouille du véhicule dont l’intérieur est dans un état surprenant : cartes de crédit, friandises, papiers d’identification et autres débris jonchent le plancher de l’auto. On finit par retrouver les clés. L’agent Amyotte met les objets les plus importants dans le sac à main et sécurise le véhicule. Les enfants de la conductrice sont pris en charge par un des instructeurs. (2)

 

22h30

Visite du détachement du sud-est. On rapporte les effets personnels de la conductrice aux agents responsables. Quelques cellules sont occupées par des individus qui font l’objet d’un contrôle. Les policiers qui les ont arrêtés écrivent leurs rapports et se détendent avant de reprendre la patrouille.  La conductrice arrêtée au centre récréatif dort dans une cellule après avoir été malade.

 

00 h15 - SAMEDI

ENTENDU À LA RADIO-  Une citoyenne rapporte qu’un conducteur en apparence ivre sort de son véhicule à chaque feu rouge pour effectuer quelques pas de danse. Lorsqu’il conduit, il dépasse les 100 k/h sur une des grandes artères de Millwoods. L’agent Amyotte avise le détachement qu’il est en route. 

 

00h30

Arrivée sur les lieux : un agent est déjà sur place mais le conducteur interpelé refuse de coopérer. Il frappe son véhicule à coups de poing et de pied.  Il serait sous l’effet d’un stupéfiant. L’agent Amyotte assiste le policier et immobilise le suspect qui cesse immédiatement de se débattre.

 

00h52

On autorise la fouille du véhicule. On saisit une petite quantité de cocaïne et un certain nombre de pilules. La personne dont le nom apparait sur la prescription est connue des policiers et fera l’objet d’une enquête.  Le témoin qui a avisé les autorités est sur les lieux et donne sa version des faits. La remorque arrive peu de temps après.

 

00h21

ENTENDU À LA RADIO-  Un bon samaritain vient en aide à un conducteur qui a une crevaison. S’apercevant que la personne est en état d’ébriété, le citoyen arrache les clés du tableau de bord, regagne sa propre voiture et rapporte l’incident. L’homme en état d’ébriété remonte dans son camion et attend calmement l’arrivée des policiers.   

 

01h47

RETOUR AU DÉTACHEMENT-  La conductrice arrêtée au centre récréatif quelques heures auparavant cuve toujours ses “deux verres de vin” ; le “danseur aux feux rouges” est dans une cellule. Dans un état très agité, il longe les murs de la cellule en les frappant de ses mains et de ses pieds. La cellule est munie d’une caméra au plafond. L’homme la fixe un bon moment puis tente de l’atteindre en sautant. Il retombe sur le dos mais se relève après quelques secondes et reprend sa marche.  Il ne ressent aucune douleur. Le personnel médical est en route pour l’évaluer.

 

01h50

Marc-André pèse attentivement la cocaïne qui a été saisie et range la preuve dans un casier à cet effet en prévision de l’enquête.

 

02h07

Le quart de travail de l’agent Marc-André Amyotte prend fin. Il a troqué son uniforme pour un jeans, un pull et des espadrilles.  Il a l’air à nouveau d’un jeune homme de 26 ans… C’est un retour à la maison, sans incident. Voilà le vrai signe d’une mission bien accomplie : il se promet quelques heures de Xbox, histoire de décompresser avant de s’endormir.

 

1. Merci au sergent-chef  Marc Cochlin de la division sud-est pour nous avoir permis d’accompagner l’agent Amyotte durant sa patrouille. Marc Cochlin, un autre finissant de l’école Maurice-Lavallée a fait l’objet d’un reportage dans Le Franco du 27 décembre 2012.

 

2. Selon les antécédents de l’individu et les circonstances du moment, le coût potentiel d’une arrestation pour ivresse au volant monte à plusieurs milliers de dollars. Les frais de remorquage et d’entreposage du véhicule varient de 500$ à 1000$. À cela s’ajoutent la contravention (1000$ et une suspension du permis la première fois; emprisonnement la deuxième), la hausse des primes d’assurance et les services d’un avocat (5000$-10 000$).

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