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Marie-Ève Marchand : ange gardien des bisons (+ AUDIO)

Marie-Ève Marchand est une passionnée de nature sauvage et l’une des initiatrices de la campagne Bison Belong, pour la réintroduction des bisons des plaines dans le parc national de Banff. Le 23 septembre 2014, un traité pour la réintroduction des bisons a été signé à la réserve de Blackfeet, au Montana, par 11 tribus de Premières Nations. Marie-Ève nous en parle.

 

- Pour quelles raisons Bison Belong  a vu le jour ?

En 1996 quand l’enclos des bisons a été enlevé à Banff, Parcs Canada a étudié le retour possible des bisons dans les plaines sauvages du parc national. Ensuite, en 2009, la fondation historique Eleanor Luxton et Parcs Canada se sont intéressés à les faire revenir, pour des raisons écologiques, historiques et culturelles, et l’ont inscrit au plan stratégique du parc national de Banff de 2010.

Les bisons ont toujours vécu dans le parc de Banff et dans la vallée de Bow, on retrouve d’ailleurs des squelettes à chaque fois qu’un nouvel édifice est construit, et des symboles partout en Alberta. Les premiers blancs arrivés dans le Sud de l’Alberta se sont installés à Morley parce qu’il y avait là justement un passage de bisons. Ils étaient à l’époque plusieurs milliers, puis le train est arrivé et il y a eu la grande chasse des bisons.

Le bison est donc un élément central et symbolique de la culture des autochtones, et il faut le réintroduire à Banff. C’est le bon moment pour travailler avec les Premières nations et corriger cette erreur faite il y a 150 ans.

 

- Y a-t-il également un enjeu économique dans cette volonté de les réintroduire ?

Dans le parc de Banff il manque deux espèces pour qu’il soit complet : les caribous qui ont disparu il y a quelques années, et les bisons qui n’ont jamais été réintroduits. L’enjeu économique est en fait plutôt touristique. D’ailleurs il faut savoir que les bisons ne seront pas réintroduits dans la vallée de Bow mais plus à l’est, du côté du lac Minnewanka. C’est donc là que vous pourrez les voir.

 

- La réintroduction des bisons pourrait-elle représenter une quelconque menace pour l’homme ou pour d’autres animaux ?

Non, ils sont herbivores, ont vécu pendant des millions d’années avec les autres animaux et ne s’intéressent pas à l’homme. Il y a très peu d’accidents avec des bisons, il faut bien sûr garder une certaine distance comme avec tout autre animal mais il n’y a pas de risques particuliers.

Au contraire, le bison peut être bénéfique pour les autres espèces animales. Il se frotte le dos contre le sol et cela crée des trous remplis d’eau pour les oiseaux et les amphibiens. Les bisons ont aussi des interactions directes avec les chiens de prairie et les écureuils de terre, car ceux-ci sont moins vulnérables si des bisons partagent leur habitat, cela les protège des oiseaux de proie. De plus, les fertilisants que laissent les bisons, et leur manière de brouter, permettent à l’herbe d’être plus nutritive.

 

- Combien y a-t-il de bisons actuellement dans les Rocheuses canadiennes ?

Au Parc national des Lacs-Waterton il y a un enclos de bisons, comme nous avions à Banff, ils ne sont donc pas libres. Ensuite, pour en trouver dans les Rocheuses il faut monter au Yukon et au parc national de Nahanni. Il y en a également en dehors des Rocheuses, à Elk Island, près d’Edmonton.

 

Reconstitution de la grande chasse des bisons, lors du traité des bisons, à Browning, Montana

(photo de Harvey Locke - 2014)

 

- Combien faudrait-il en intégrer dans les prochaines années ?

Selon le plan qui a été approuvé pour 5 ans, Parcs Canada pense en réintégrer une vingtaine pour commencer, car on veut s’assurer qu’ils aient assez d’espace pour se nourrir en hiver. Ils vont rapidement se multiplier, puis nous en réintégrerons encore pour ne pas qu’il y ait de consanguinité et éviter les problèmes de santé. À terme, il y en aura un maximum de 300 à 500 sur tout le territoire de Banff.

 

- Un traité a été signé très récemment au Montana par les Premières nations en allant dans le sens de la réintégration des bisons dans les réserves et sur d’autres terres américaines et canadiennes, notamment à Banff. Pour vous c’est une victoire ou juste un premier pas ?

Je dirais entre les deux, c’est plus qu’un premier pas, c’est déjà une énorme étape, avec des années de travail derrière ! Ce traité est le premier en 150 ans, et c’est très important que les Premières nations – qui gèrent déjà des bisons sur leurs territoires – se soient entendues sur ce sujet et aient défini un objectif commun.

 

Keith Aune et Leroy Little Bear avec le traité des bisons (photo de Harvey Locke - 2014)

 

- Pour célébrer le bison, vous mangez des plats… au bison ! Est-ce que cela n’est pas un peu contradictoire avec le fait de vouloir les préserver ?

Oui, à chaque fois que nous faisons une célébration pour le retour du bison, nous mangeons des plats à base de bison. Il y a deux raisons à cela, la première c’est qu’il s’agit d’une tradition autochtone, et la deuxième est une piqûre de rappel et une façon de respecter le bison.

La plupart des bisons viennent désormais de l’agriculture, ils sont domestiqués, parfois croisés avec des vaches, pour être mangés. Cela nous force à nous poser la question : est-ce que le bison est juste un animal domestique, ou est-ce que c’est aussi un animal sauvage, avec son propre esprit et sa capacité à vivre en autonomie ? C’est déjà bien d’élever des bisons dans des ranchs, mais ils sont plus que ça. C’est important de faire le lien entre les deux. 

 

Épisode de Hautes-Voix avec Marie-Ève Marchand - Radio Banff Centre :

 
 
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