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Le retour de la boulangère

Pascale Tétreault est tout sourire en ce 11 septembre. Assise à une petite table de sa boulangerie Le Fournil à Canmore, elle discute de façon animée des nombreux projets qu’elle a pour son entreprise avec un investisseur potentiel. Ses mains font de grands cercles alors qu’elle explique ses idées. Il n’y a pas de doute, cette femme est heureuse en ce moment et ses yeux brillent, remplis de rêve.
 
Ces yeux parlaient un tout autre langage durant l’été 2013. La passionnée de boulangerie et de pâtisserie qui a tout risqué pour faire ce qu’elle aime a failli perdre son rêve. À peine 14 mois après son ouverture, Le Fournil a dû fermer boutique à cause des inondations qui ont dévasté le sud de la province. Pascale se souvient très bien de sa journée du 20 juin quand tout a commencé à Canmore. « Soudainement, en milieu de journée vers midi ben voilà, y’a l’eau qui s’est présentée dans la boulangerie. Au début, on pensait que c’était juste un petit peu puis là on se rencontre que non, non, l’eau va rentrer, il faut qu’on essaie de sauver ce que l’on peut. »
 
La propriétaire, ses employés et quelques généreux passants tentent de sortir le plus de matériel possible : des sacs de farines, les denrées périssables, de l’équipement léger… Mais l’eau composée en grande partie du reflux des égouts monte et il faut abandonner les lieux.
 
Le constat des dégâts quelques jours plus tard est décourageant. « C’était en fait assez infernal dans la boulangerie, surtout la cuisine, où on a plein de matériel. La peinture antidérapante qui était sur le plancher avait complètement levé. Il y avait de la boue par terre…  En bon québécois, c’était dégueulasse. »
 
 
Sa première réaction a été de tout nettoyer. « Autant je pensais que j’étais bien, la tête reposée. Je crois qu’en fait j’étais en état de choc. » Mais plus les semaines passaient, plus Pascale s’est mise à douter de sa capacité à tout rebâtir. « Ça prend beaucoup d’énergie. »
 
Pendant trois mois, elle refuse de sortir de chez elle. Elle fait son épicerie le soir tard quand il n’y a personne dans les rues de Canmore. C’est que tout le monde lui demande quand elle va rouvrir ses portes. Si elle a besoin d’aide. Pascale vit mal avec ce qu’elle perçoit à l’époque comme une pression, complètement découragée par l’ampleur de la tâche qui l’attend si elle veut redémarrer.
 
 
« Mes amis très proches me disaient : si tu es trop fatiguée, si c’est trop pour toi, ne le fais pas. Mais n’oublie pas ce que tu as fait c’était vraiment très très bien. Donc avec ce soutien-là qui ne me poussait pas, ça m’a vraiment aidée à me dire que finalement il faudrait que je le refasse. »
 
14 mois presque jour pour jour après sa fermeture, Le Fournil a rouvert ses portes. La première journée, tout s’est vendu en quelques heures à peine. 
Le chemin de la reconstruction n’a pas été de tout repos, négocier avec les assurances notamment. « Y’a des fois où je me disais coudonc, est-ce que c’est un signe que je ne devrais pas repartir ? Parce qu’il y avait toujours des petites choses qui ne fonctionnaient pas. Puis y’a rien que l’on a fait qui a fonctionné du premier coup que ce soit en construction ou dans l’équipement ou recevoir l’argent des assurances puis là ça faisait un délai encore. J’ai eu beaucoup, beaucoup de délais. »
 
 
Pascale regarde les événements de la dernière année avec un brin de fierté. Elle l’a fait. Et de surcroit, elle a profité de la reconstruction pour modifier tout ce qui ne fonctionnait pas dans la boulangerie originale. En fait - elle l’avoue elle-même —, les inondations ont été pour elle une occasion publicitaire en or avec des entrevues avec plusieurs médias et le soutien de la communauté. Un soutien qu’elle peine à expliquer.  
 
« D’une certaine façon oui c’est vrai, c’est typique de la petite communauté dans laquelle on vit. Les gens sont proches, les gens aiment nous soutenir. Mais y’a une autre partie. Pourquoi est-ce que c’est devenu ce que c’est Le Fournil ? Et bien je ne sais pas. Il faut le demander aux autres. Moi, tout ce que je fais c’est que je roule des croissants avec beaucoup de beurre dedans. »
 
« Oui… je pense que finalement le beurre ça aide beaucoup ça dans la vie. Et puis la crème 36 %. »
 
 
 
 
 
 

Cet article a été réalisé avec la collaboration de la Radio Banff Centre 103,3 FM dans la vallée de la Bow.  www.banffcentre.ca/radio
 
 
 
 
 
 
 
Écoutez l'entrevue de Pascale Tétreault à l'émission Haute Voix:
 

 
 
 
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