Rwanda et Burundi : la filière franco-albertaine

La principale raison d’être de mon récent voyage au Rwanda et Burundi était de contribuer à ma façon au développement communautaire dans ces deux pays dont les répercussions de passés douloureux se font toujours sentir au quotidien.

Je suis allé à Kimironko, au Rwanda, non seulement pour évaluer les projets du Centre César, mais aussi pour y offrir des formations à des organismes en quête de capacités organisationnelles. Au Burundi, j’ai eu l’occasion de découvrir des organismes désirant aussi augmenter leur niveau de capacités.


Mon implication dans le développement communautaire et humanitaire remonte au début des années 80 lorsque je travaillais dans la région de Tuktoyaktuk dans les Territoires du Nord-Ouest. Je travaillais alors pour le ministère de Pêches et Océans Canada et j’ai eu l’occasion d’être initié au développement communautaire dans cette région qui, si l’on considère certains besoins essentiels, évoquait d’autres régions défavorisées du globe.

J’ai été invité à participer à divers projets tels que la rénovation d’un centre communautaire et l’évaluation des besoins des populations Inuvialuit et Dené locales et j’ai trouvé cela fascinant. D’ailleurs, depuis cette époque, la philosophie de partage culturel que j’y ai découvert fait partie de ma vie et de qui je suis.

Pourquoi l’Afrique? Mon engouement pour l’Afrique remonte à mon enfance, alors que j’habitais Saint-Boniface, au Manitoba. Il y avait, non loin de chez moi, une maison des Pères blancs, missionnaires d’Afrique et je m’étais lié d’amitié avec un de ces missionnaires, le Frère Nadeau. Au fil du temps, ses récits et histoires sur son expérience et sa vie en Afrique ont généré en moi un intérêt toujours grandissant pour ce continent.

Plus tard, ayant eu l’occasion de voyager en Afrique à plusieurs reprises, j’ai noté que ces pays disposaient, pour la plupart, d’un accès réduit aux soins de santé, à l’eau potable, à l’éducation, et au développement communautaire et que cette disparité se traduisait souvent par un taux de mortalité et de maladie plus élevé. Mes voyages m’ont fait réaliser combien l’évolution économique et sociale en Afrique me tenait à cœur.

Il est essentiel pour moi de porter une attention particulière aux questions de renforcement des capacités organisationnelles sur le terrain afin de pourvoir les organismes qui œuvrent sur place avec les outils nécessaires pour assurer les objectifs d’un développement communautaire réel.

Le Rwanda et le Burundi sont des pays victimes d’un même passé douloureux où leurs populations ont subi non seulement le joug d’une incompétence coloniale, mais aussi les crises ethniques répétitives qui ont particulièrement marqué leurs histoires récentes. Les deux pays sont présentement dans des phases de réconciliations axées sur une prise de conscience de citoyenneté nationale.

Que ce soit pour des raisons humanitaires ou pour des raisons de contribution au potentiel et dynamisme de croissance du Rwanda et du Burundi, de nombreux membres de la francophonie albertaine contribuent, chacun à leur façon, au développement de ces pays. Possédant une soif intarissable pour la justice sociale et le développement communautaire, ces bénévoles contribuent à faire rayonner la francophonie au niveau international.

Les impacts sociaux de ces contributions façonnent l’avenir de ces deux pays en voie de développement. Ces nombreuses interventions ont pour effet de renforcer les capacités des organismes locaux dans différents secteurs, tels que la gestion financière, les communications, la planification stratégique et la recherche de financement; tout ceci dans une optique de développement durable.

Les résultats se reflètent non seulement dans le maintien, mais aussi l’amélioration des services offerts par les intervenants communautaires locaux, dans leur domaine d’intervention respectif.

Pour Lisette Trottier, membre du conseil d’administration (CA) d’Ubuntu Edmonton, sa contribution trouve sa source dans une rencontre qu’elle a faite en 1994 lors des débuts du génocide au Rwanda. En lisant le journal, un article a attiré son attention. « C’était un article du Edmonton Journal daté du 12 juillet 1994 intitulé City Man Loses Family, House in Rwanda slaughter. Cet homme était stagiaire à l’école où j’enseignais. Son histoire m’avait énormément touchée et j’ai
toujours continué à m’informer, petit à petit, sur les évènements de ce génocide, » explique-t-elle.

« Mon père était ami avec Nico-le Pageau et à la suite du premier voyage de cette dernière au Rwanda, il a commencé à organiser des rencontres familiales avec elle, souvent lors d’un souper. Nous en avons souvent eu chez nous aussi. »

Ce n’était que le début de son implication et de sa contribution au développement duRwanda. « Au tout début d’Ubuntu Edmonton, j’ai fait des recherches avec mon mari sur les possibilités de recevoir, d’entreposer et d’envoyer des effets donnés au Rwanda dans des conteneurs (vêtements, livres, ordinateurs...). Avec ma famille, nous ne manquions jamais les évènements tels que le souper annuel d’Ubuntu. Igor César m’a suggéré de me présenter au CA en 2007 et depuis, je siège comme secrétaire/trésorière. Je vais certainement me rendre au Rwanda un jour et je veux y passer au moins un mois et faire du bénévolat. »
 

 

Pour d’autres, les liens avec le Rwanda sont plus personnels. Pour Kayijuka Rukabuza, conseiller en emploi à accès•emploi, les raisons qui l’ont interpelé sont multiples. « Je connaissais le village de Kimironko et la situation de ces veuves avant que je ne vienne au Canada. Je voulais contribuer avec mes idées, car je connaissais mieux la situation sur le terrain. De plus, ce projet est né après la commémoration du 10e anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda au Campus Saint-Jean en 2004, et j’étais parmi les initiateurs de cette commémoration. J’avais un devoir moral de participer d’une manière ou d’une autre », raconte-t-il.

« Au début, j’ai accompagné Nicole Pageau dans des écoles pour expliquer la situation au Rwanda. Quand elle y est allée, je l’ai référée à une petite sœur qui lui a servi d’interprète pour un temps. D’une manière ou un autre, je suis attaché à ce village de Kimironko. Quand le temps me le permets, je participe à tout ce qui peut améliorer le sort de mes compatriotes », souligne cet ancien membre du CA d’Ubuntu Edmonton.

Ayant été témoin de la pauvreté de son pays natal, le Burundi, et de son village d’origine en particulier, Jean-Jacques Mitakaro a créé un organisme qui s’appelle Dufashanye Canada Foundation. « Il existe des milliers d’organisations internationales, toutefois, la plupart développent des activités plus humanitaires que de développement. J’ai aussi assisté à un désintérêt poussé des enfants et des jeunes par rapport à l’école », affirme cet agent de renseignements trilingue pour Liaison Entreprise.

« C’est pour cela que dès que j’en ai eu la possibilité, j’ai créé Dufashanye Canada Foundation dont la mission est d’avancer l’éducation et d’améliorer les conditions de vie des enfants et des familles vulnérables du Burundi. L’appui à l’éducation des enfants nécessiteux se fait par le biais d’un programme de financement de l’éducation qui encourage des Canadiens à financer l’éducation d’enfants par un don unique ou régulier, ainsi qu’un programme de microcrédit qui finance des microprojets créateurs d’emplois et générateurs de revenus en milieu rural », renchérit-il.

Joëlle Nsabimana continue, quant à elle, à contribuer parce qu’elle connait bien l’importance de l’apport d’autrui. « Créée pour instituer un cadre de parole pour la jeune fille burundaise sur la scène publique, l’Association pour la promotion de la fille burundaise (APFB) a pour mission d’éveiller une prise de conscience active chez la jeune fille, sur le rôle qu’elle doit jouer dans la vie sociale, économique et politique de la nation. C’est une initiative qui vise aussi à conscientiser la société burundaise sur le rôle de la jeune fille dans la société notamment dans l’évolution et le développement social, la même jeune fille qui deviendra la femme de demain », renforce-t-elle.

C’est grâce à la contribution de Joëlle Nsabimana que l’APFB a récemment profité d’une formation sur le leadership. « Nul n’ignore le rôle capital que joue la femme dans la société burundaise. Ayant été un membre actif de l’APFB, j’ai gardé contact avec l’association ce qui me permet de temps à autre d’être au courant de ses activités. Quand Alain Bertrand m’a parlé de son projet d’aller donner une formation de leadership à des associations sans but lucratif au Burundi, j’ai tout de suite pensé l’APFB, d’autant plus que le thème de l’année 2012 de l’APFB est axé sur leadership », poursuit-elle.

Au fil des années, pour toutes sortes de raisons, certaines personnes se découvrent une passion. Jocelyne Babin a effectué deux voyages au Rwanda récemment. « Un ami de Red Deer, Brian, s’est rendu au Rwanda et a fondé un organisme qui s’appelle Home of Hope. Cet organisme offre un programme de parrainage pour orphelins et un programme de micro-prêts qui permet aux femmes désavantagées d’établir un petit commerce, » témoigne Jocelyne Babin.

« C’est lors d’une présentation que Brian a fait à notre église que mon rêve s’est éveillé : aller en mission en Afrique! J’ai soumis une demande avec Home
of Hope (HoH) et je suis allée au Rwanda la première fois pour trois semaines en 2010 et pour quatre semaines en 2011! Au Rwanda, nous avons rencontré le personnel local de HoH; nous avons offert des ateliers de Word, d’Excel, en comptabilité et en procédures de bureau; nous avons aussi facilité des ateliers de leadership et de team building ».

Pour Mélissa Loiselle, c’est la découverte de l’Afrique qui l’a convaincue. « Je revenais à Edmonton après avoir passé près d’un an en Afrique. J’étais en recherche d’emploi et j’ai été embauchée par l’ACFA régionale d’Edmonton, Nicole Pageau en était la coordonnatrice à l’époque », se rappelle-t-elle.

« C’est de cette façon que j’ai fait la connaissance de Nicole qui se préparait à quitter le pays pour partir au Rwanda. J’étais très impressionnée par son courage et sa générosité et la cause d’Ubuntu m’interpelait profondément et, comme je revenais tout juste de l’Afrique, j’ai alors offert mon aide au projet! »

Ayant immigré au Canada, Anand Soochit ressent un besoin de vouloir, d’une façon concrète, rendre un peu ce qu’il a reçu. « Je suis heureux et fier de ma vie au Canada et je veux sincèrement aider la communauté et donner en retour ce que j’ai obtenu », lance-t-il.

« Je veux être un mentor, je veux partager et venir en aide aux personnes qui ont besoin de soutien, tout comme j’en avais besoin autrefois. Dufashanye, c’est l’Afrique. C’est de cette partie du monde que je viens. Donc, offrir mon soutien à ce continent, en plus de celui offert à ma communauté francophone en Alberta, est tout naturel », ajoute M. Soochit.

Le francophile Justin Minott, lui, vient de célébrer le troisième anniversaire de l’organisme Souls of the Feet avec lequel il est impliqué depuis le début. « En si peu de temps, nous voyons l’importante transformation que nous apportons aux communautés du Burundi. Nous apprécions aussi l’influence que nous pouvons avoir dans la vie de ces gens. Ce n’est pas toujours facile, mais l’effort en vaut la peine », commente-t-il.

Aujourd’hui, le réseau de bénévoles pour l’Afrique au sein de la francophonie albertaine est plus actif que jamais. Toutes ces contributions jouent un rôle déterminant dans la réussite des efforts déployés pour appuyer les populations du Burundi et du Rwanda. De toute éviden-ce, l’espérance pour l’Afrique n’en est que plus vivace.

Prochain article : Ubuntu Edmonton et le Centre César

 

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