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Sur les traces des gorilles des montagnes

Le Rwanda, c’est Kigali, c’est le parc Akagera, c’est les plantations de bananiers à perte de vue, c’est un peuple souriant et accueillant… Toutefois, lors de ma récente visite au pays des mille collines, je ne pouvais pas rater l’occasion de visiter le célèbre Parc national des Volcans.

À l’intérieur de ce parc, les luxuriantes pentes des volcans abritent un superbe écosystème, particulièrement approprié pour profiter d’une des plus poignantes expériences imaginables : la rencontre avec les gorilles des montagnes.


Le jeudi 21 juin, mon chauffeur attitré d’Amahoro Tours, Abby, vient me chercher au Centre César. Après une visite guidée de Kigali, dont une visite au Mémorial du génocide, nous avons pris la route en direction Musanze, ville située dans le nord-ouest du pays, à environ deux heures de route de Kigali.

En chemin, Abby m’explique que, la semaine précédente, 19 gorillons ont été baptisés lors d’une cérémonie officielle. Ce baptême est devenu, au fil des ans, une fête annuelle, qui s’appelle Kwita Izina en Kynyarwanda. Principale attraction touristique du Rwanda, les gorilles en sont aussi une importante source de devises.

Musanze, autrefois appelée Ruhengeri, est la ville où se continue le travail de l’anthropologue Dian Fossey au Dian Fossey Gorilla Fund International Centre. À savoir que lorsque l’on est touriste au Rwanda, et ce, depuis le 1er juin 2012, il faut dépenser 750 $ américains pour obtenir un permis pour aller voir les gorilles. Puisque j’avais réservé mon voyage en mai, j’ai ainsi profité de l’ancien prix, soit 500 $. Cet argent est versé, du moins en partie, à la préservation des gorilles.
 
En arrivant à Musanze, j’ai récupéré mon permis aux bureaux d’Amahoro Tours et Abby m’a déposé à mon auberge. Située dans une maison style coloniale belge, non loin du centre-ville, l’auberge offrait un service pas toujours disponible en Afrique : de l’eau chaude! Puisque les nuits à l’équateur commencent vers 18 h, je n’ai pas tardé à me coucher afin d’être prêt pour ma grande aventure du lendemain.

C’est un départ
Dès 6 h du matin, Abby était au rendez-vous afin de prendre la direction du parc au lever du soleil. Arrivé au point de rencontre à l’entrée du Parc des Volcans, dans le village de Kinigi, je me mêle à la soixantaine de personnes qui, comme moi, sont ici pour rencontrer nos cousins lointains. La journée est brumeuse et l’on aperçoit à peine les volcans. 10 familles de gorilles, dont seulement sept sont conditionnées aux visites, vivent éparpillées au pied de cette chaine de volcans qui forment une frontière naturelle entre le Rwanda, l’Ouganda et la République démocratique du Congo.

Ces volcans sont en activité et comprennent le volcan Nyiragongo que j’aperçois au loin. Ce dernier dont la dernière éruption importante remonte à 2002 avait sérieusement mis en péril la ville de Goma située de l’autre côté du lac Kivu.

Aujourd’hui, des équipes de six touristes se dirigeront vers les familles de gorilles. Chaque famille de gorilles a ses particularités et ses lieux de prédilection. Les randonnées pour aller les voir ne sont pas toutes les mêmes et certaines nécessitent même une excellente condition physique.

Puisque j’avais dit que je ne voulais pas être trop ménagé, j’ai participé à une des excursions moyennement difficiles. Mon équipe était composée d’un couple américain, deux Suisses (père et fille), une dame du Brésil et moi. La famille de gorilles que nous allions rejoindre est la famille Umubano, composée de neuf gorilles, dont un mâle Alpha (silverback), deux autres mâles plus jeunes (black backs), quatre femelles et deux petits gorillons.

Donc, après avoir regardé des danseurs traditionnels et bu une délicieuse tasse de thé (le Rwanda est la capitale africaine du thé), nous avons embarqué avec nos chauffeurs respectifs pour atteindre le pied du volcan Sabinyo, d’une hauteur de 3634 mètres, celui qui héberge la famille Umubano.

À la recherche des Gorilles
Le trajet de 30 minutes de routes a été un supplice pour la jeep (et mon dos!), le chemin était composé d’énormes roches volcaniques et était façonné de rigoles profondes creusées par la pluie. Une fois la voiture laissée, je me suis choisi un long bâton de marche à tête de gorille. Le début était assez facile puisque nous traversions des champs cultivés (patates, mais, pyrethrum – fleur utilisée dans les insecticides, etc.).

Le Rwanda a adopté comme sienne la célèbre patate irlandaise et en est devenu un des principaux producteurs en Afrique. Puisque les montagnes où habitent les gorilles sont en fait des volcans, les terres environnantes sont très fertiles à cause de la grande qualité de la terre volcanique. Avec tous ces champs, le paysage au pied des volcans ressemble à une immense nappe carottée très verte parsemée de pierres volcaniques.

Après deux kilomètres de marche avec une légère ascension, nous arrivons à la lisière de la jungle. Nous devons enjamber un mur d’un mètre de large et un mètre et demi de haut qui a été construit afin d’empêcher les antilopes, éléphants, buffles et gorilles de venir se nourrir dans les champs en contrebas.

De l’autre côté du mur, nous sommes accueillis par un ranger armé d’une vieille kalachnikov. Un des guides m’explique que le ranger est là pour notre protection au cas où d’éventuels éléphants et buffles auraient l’envie de nous accompagner. L’écologue en moi était rassuré d’apprendre qu’il ne peut leur tirer dessus, il doit tirer en l’air.

Marche difficile
Avec des lianes partout, toutes sortes de racines qui pouvaient nous faire tomber, des chardons plus grands que moi, des orties avec des pointes en aiguilles, des fourmis rouges dont la piqure brule énormément (je n’ai pas été piqué), des ravins à descendre et ensuite remonter, de la boue glissante et gluante, des flancs à pentes de 75 % à gravir, des crottes de buffles et d’éléphants à éviter, de la pluie ruisselante intermittente, l’humidité suffocante, c’était toute une aventure fantastique!
 
La forêt était surtout composée de bambous. Je m’étais bien préparé, en plus des longues marches faites au préalable au Canada avant de partir, j’avais de l’eau (trois grosses bouteilles) et un gros sac de noix et raisins secs, un gilet à manche longue (pour les épines d’arbustes). Nous étions aussi accompagnés par deux garde-forestiers qui prenaient le temps de nous expliquer ce que nous voyons en chemin.

Six heures plus tard!
Tout au long de l’excursion, on pouvait entendre les coups de canon de l’armée congolaise qui se trouvait de l’autre côté du volcan. Pas très rassurant, mais les gardes nous expliquait qu’il n’y avait rien à craindre, car l’armée congolaise était à plus de 40 km de l’autre côté de la frontière.

Cette dernière combattait le rebelle Bosco qui est recherché autant par le Congo que le Rwanda. J’ai eu l’occasion de voir des antilopes et des singes argentés, mais ni de buffle ou d’éléphants. Quoique moyennement difficile, mon escalade dans le pays des gorilles est, pour moi, un souvenir exaltant rempli de l’intimité mystérieuse de la jungle avec tous ses chants d’oiseaux colorés et cris de singes.

Des bêtes fascinantes
Nous n’avions pas tenu compte du fait qu’une famille de gorilles n’attend pas patiemment l’arrivée de ses visiteurs. Le gorille est un animal semi-nomade, toujours en quête de nourriture. Son met préféré étant le bambou dont la sève a sur lui un effet alcoolisant. Donc, pendant que nous escaladions le flanc du volcan, les gorilles, eux en quête de bambous, étaient redescendus. Nous les avons suivis ainsi en grimpant, redescendant et remontant pendant six heures…

Par contre, le vrai choc est d’enfin apercevoir un gorille pour la première fois. Tous ces efforts, tous ces bobos ont vite été oubliés... Rien n’aurait pu me préparer à cette rencontre avec un « silverback » qui a trois fois ma grandeur et une puissance telle qu’il déracine un bambou sans trop d’effort.

Les gorilles sont énormes, 200 kg pour le gros mâle (silverback), environ 130 kg pour les femelles. J’ai vu deux bébés gorilles. Le grand chef que j’ai dans mes photos s’appelle Charles et est âgé de 28 ans et était donc tout jeune à l’époque de Dian Fossey. Les gardes pensent qu’il est un descendant de Digit, le gorille de Fossey, dont le fils Bindi serait le père de Charles.

Après tous ces efforts, nous ne pouvions passer qu’une heure avec les gorilles afin qu’ils ne s’acclimatent pas trop aux humains. Cette heure était indescriptible tellement elle était remplie de découvertes et d’émerveillements! Ce qui me fascinait était que, à travers les arbres et les lianes, je pouvais apercevoir les champs de patates en bas, au flanc du volcan; un indice de la précarité de vie de ces primates.

J’étais toutefois au cœur de l’action, à quelques pieds à peine de ces êtres tranquilles, inoffensifs, amicaux et d’une grande intelligence. Les guides nous ont montré comment « parler » à un gorille en utilisant des sons à mimiquer afin de leur faire comprendre que nous étions, nous aussi, des êtres pacifiques.

Je pouvais les entendre grogner, signe pour un gorille que tout va bien. S’il se met à glousser, cela indique qu’il en a assez et qu’il est temps pour nous de quitter.

Heureusement, il ne faisait que grogner. Nous pouvions les approcher d’assez prêt. Puisqu’ils venaient de manger, ils se reposaient. Un gorille peut dévorer jusqu’à 30 kg de plantes (bambous surtout) par jour...

Tout d’un coup, Charles, un peu ivre de sève de bambou, se dirige vers nous. Notre guide nous ordonne de diviser notre groupe en deux afin de le laisser passer. En passant, Charles donne un coup de pied à la dame américaine. Selon notre guide, c’est un signe d’amitié… faut le savoir!

Le temps de rentrer
Une fois l’heure écoulée, nous avons commencé notre descente du volcan. C’était assez dangereux, car il ne fallait tomber ni dans les ravins ni dans les fourmilières de fourmis rouges (fire ants) dont une morsure est douloureuse, mais plusieurs centaines de morsures sont mortelles. Cela nous avait pris presque six heures pour trouver les gorilles, mais seulement deux heures et demie pour redescendre...

Comme tous les participants, j’ai reçu un certificat pour ma participation.

Après avoir téléphoné à mon épouse pour lui faire part de mes aventures, la journée s’est terminée avec un bon repas de brochettes de chèvre et de patates et quelques grosses bières Primus en compagnie de mes nouveaux amis suisses dans un petit restaurant de Musanze, le Green garden, situé sur la route principale menant à Kigali.

Nous avons évidemment discuté des gorilles, mais aussi du Rwanda, de l’Afrique de l’Est et de politiques en général.

Eh oui, je n’hésiterai pas à refaire une telle excursion…

Prochain article : La francophonie albertaine en évidence au Rwanda et Burundi.
 

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