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Rwanda : mes impressions…

Mercredi 13 juin, après 32 heures de vol, mon périple via Toronto et Amsterdam aboutit enfin à Kigali. Il n’est que 19 h, mais dehors, la nuit s’est installée et semble régner partout en maitresse absolue. J’avais oublié que si proche de l’équateur, l’obscurité s’impose très tôt en début de soirée. Malgré le voile obscur qui recouvre la ville, j’aperçois les nombreux ilots de lumières qui recouvrent les diverses collines qui forment les « muscles » de Kigali.

Les formalités douanières respectées et complétées (mon visa approuvé à l’avance se devait d’être payé à l’arrivée), trois personnes m’attendent à la sortie de l’aéroport : Bellancilla Niragire, directrice du Réseau culturel Sangwa avec qui je travaille et deux membres du conseil d’administration d’Ubuntu Edmonton : Igor Cé-sar, un ami de plus de 20 ans, et Paul Albert, un jeune avocat bilingue d’Edmonton qui vient à peine de terminer ses études en droit.


Je suis allé au Rwanda pour diverses raisons. Siégeant au conseil d’administration d’Ubuntu Edmonton, je suis venu afin d’évaluer les projets qui sont présentement en cours au Centre César et pour étudier la possibilité d’en établir de nouveaux. Je devais aussi mener des sessions de formation en leadership et en augmentation de capacités organisationnelles avec des groupes tant à Kigali qu’au Burundi.

Il va sans dire que je me suis senti hautement privilégié de pouvoir participer à une telle aventure. Quoique ce ne soit pas mon premier voyage en Afrique, c’était mon premier voyage au cœur de l’Afrique, au fabuleux pays des Milles Collines… Mes premières impressions sont celles d’un pays moderne ou, du moins, en voie de le devenir.

L’apport financier des membres de la diaspora rwandaise qui sont rentrés au bercail est évident partout. Des chantiers de construction meublent le décor de part et d’autre des grandes allées du centre-ville de Kigali. Malgré le couvre-feu de 22 h, ma première soirée au Rwanda s’est terminée en regardant le match Pays-Bas – Allemagne de la Coupe d’Europe au Car Wash, un bar situé en haut d’une colline avec ce qui est discutablement le plus grand écran extérieur de télévision en Afrique centrale.

Le Rwanda est en fait un microcosme de l’Afrique. Au Rwanda, il est possible d’escalader des volcans pour voir des gorilles des montagnes, de se baigner dans le Lac Kivu, de faire un safari dans le Parc Akagera, et de faire des randonnées dans des forêts tropicales.

Puisque la saison des pluies vient de se terminer et que les températures y sont similaires à celles que nous avons dans l’Ouest canadien, la mi-juin est probablement la période de l’année la plus propice pour une visite au Rwanda. De plus, parce que l’altitude est plus élevée au pays des Milles Collines, les moustiques et autres bestioles nuisibles y sont peu nombreuses.

Kigali est une ville de contrastes où se côtoient urbanisme et ruralité. Le village de Kimironko, où est situé le Centre César, avec ses rues bossées de terre rouge, donne l’impression de se retrouver en pleine campagne rwandaise.

Pourtant, il ne suffit que d’admirer le panorama du haut d’une de ses collines pour s’apercevoir que le centre-ville de Kigali n’est qu’à 15 minutes de moto-taxi. En longeant pendant une vingtaine de minutes la longue rue transversale menant au Centre César en sens inverse, on atteint le marché de Kimironko, le vrai centre de cette grande bourgade.

Tout, ou presque, y est disponible et j’en ai ramené de très beaux souvenirs tant matériels que mémorables. Depuis mon retour, je m’ennuie un peu de tous ces gens qui marchaient dans les rues, du petit peu de désordre, du bruit, de la poussière. J’admirai ces gens qui, malgré le développement économique rwandais, doivent continuer à se battre un peu tous les jours pour survivre; quoique cela semblait se perdre dans les sourires des gamins du quartier…

Comme partout en Afrique de l’Est, au Rwanda, les Blancs sont appelés Muzungus. Je l’ai souvent entendu dans la rue à mon passage ! C’est encore plus commun dans les campagnes rwandaises où l’on s’y attend encore moins. Les enfants courent après les voitures en essayant de toucher les mains des Muzungus. Lorsque les Rwandais connaissent le pays d’origine du Muzungu, le nom du pays est rajouté – dans mon cas, à Kimironko, je suis devenu Canada Muzungu.

Toujours à la recherche de bonne bouffe, je me suis mis à découvrir Kimironko par l’entremise de ses nombreux petits restos. Lors de mon entrée, les regards se tournaient presque inévitablement vers moi : un grand Muzungu avec casquette de bière Corona sur la tête en quête de son prochain repas.

La plupart des petits bars fournissent un buffet pour le lunch, donc la plupart des mes repas étaient copieusement accompagnés de bière Mutzig… Au menu : brochettes de chèvre, bananes, patates, manioc et pois. Les sourires apparaissaient aux lèvres de mes interlocuteurs lorsque je demandais de l’eau… il faut noter qu’il est fortement recommandé aux Muzungus de ne boire que de l’eau en bouteille bien scellée…

Dans ce pays le plus densément peuplé d’Afrique, les motos-taxis sont partout! Ce mode de transport des plus abordables est le principal moyen de déplacement à Kigali. Tous les Muzungus se doivent d’en faire l’expérience au moins une fois. Chevauchant de petites motos coréennes et chinoises (des marques inconnues en Amérique du Nord), ces conducteurs, dont la moyenne d’âge ne dépasse certainement pas 17 ans, sillonnent les rues de Kigali et des autres villes rwandaises à toutes allures. Ne coutant la plupart du temps que quelques centaines de francs rwandais (un dollar vaut 600 FRw), ces casse-cous potentiels se trouvent à presque chaque coin de rue.

Lorsque vous en prenez un, ne vous attendez pas au grand luxe… La loi oblige le conducteur à vous offrir un casque, mais rien ne l’oblige à le nettoyer… Accrochez-vous à l’unique petite ceinture qui est devant vous ou au petit dossier derrière vous… Bonne chance et si c’est le cas, félicitez-vous d’avoir souscrit à une bonne assurance-vie!
 

Il est important de souligner que le Rwanda est un pays qui tranche vraiment avec ses voisins africains en termes de propreté. À Kigali, toutes les poubelles sont utilisées et il n’y a aucun détritus dans les rues.

De plus, le Rwanda est un des premiers pays à avoir interdit l’utilisation des sacs en plastique. Lorsqu’un avion atterrit à Kigali, un rappel est fait aux passagers de laisser leurs sacs en plastique sur l’avion. Aussi, au Rwanda, tous les derniers samedis de chaque mois, il y a les travaux communautaires. Tout le monde, y inclut les Muzungus s’ils le désirent, est invité à participer, pour nettoyer les rues, participer à des travaux de construction, etc. Durant ces travaux, toute la ville semble fermer et il est difficile de se déplacer ou de trouver un magasin d’ouvert.

Sous l’égide de son président, Paul Kagamé, le Rwanda est devenu un pays où la corruption est absente. Ce qui n’est pas le cas pour son voisin, le Burundi où même l’ambassade de ce dernier conseille aux touristes d’emporter avec eux des billets de 5 $ US supplémentaires pour des pots de vin éventuels…

Toutefois, c’est aussi sous l’égide de ce même président que la langue française a perdu son statut de langue officielle au Rwanda en 2008, la logique principale étant qu’en devenant membre de la East African Community, l’anglais était devenu nécessaire pour converser et échanger avec les autres pays anglophones membres de la communauté est-africaine.

Au Rwanda, on parle le kinyarwanda, langue très proche du Kirundi parlé au Burundi. Ce n’est pas pour demain que je pourrai aisément converser en cette langue assez difficile à apprendre pour un Muzungu. Les quelques mots que j’ai pu apprendre, Bonjour (Mohaho), Merci (Mohakoze) ou Comment ça va? Bien merci! (Amakuhu? Ni Meza!), m’ont été très utiles au marché de Kimironko et ont toutefois régulièrement déclenché des rires amusés…

Sur le plan économique, Kagamé a réussi à faire revenir de nombreux membres de la diaspora qui s’étaient exilés suite aux évènements de 1994. Le cout des billets de retour au pays de ces derniers sont défrayés par le gouvernement rwandais et nombreux sont ceux qui répondent à l’appel en ayant les poches pleines de dollars à investir : un nouvel hôtel par ci, un nouvel abattoir par là…

La plupart des maisons des expatriés, de la classe moyenne ou les bureaux des ONG, dont le Centre César, sont surveillées 24 h sur 24 par des gardes. De plus, beaucoup de familles de classe moyenne ont des domestiques qui proviennent souvent des campagnes et qui profitent de ces emplois assez faciles à obtenir.

Le Rwanda est un pays très jeune avec une moyenne d’âge de 18 ans. Sur le plan social, l’école est obligatoire pour les enfants de 6 ans et plus. Le Président Kagamé, même s’il est considéré par certains comme un despote (liberté de la presse limitée, couvre-feux, manque de transparence au niveau décisionnel gouvernemental, etc.), semble toutefois réellement décidé à faire progresser son pays.

Nombreux sont ceux qui sont d’avis que le Rwanda n’est pas prêt pour un système plus démocratique et que Kagamé est exactement ce dont le Rwanda a besoin.

Comme c’est le cas ailleurs en Afrique, au Rwanda, les prénoms peuvent indiquer un trait de caractère que l’on souhaite voir l’enfant adopter. J’ai déjà rencontré plusieurs Espérance, Espoir, Audace, Aimable, Rustique, Merveille… Les prénoms peuvent aussi faire référence à des personnages historiques comme Jeanne d’Arc ou Nelson Mandela.

De Kigali et du Rwanda en général, je retiens les omniprésents panneaux publicitaires de téléphonie. Trois grosses compagnies de téléphones cellulaires, soit MTN, Tigo et le dernier arrivant de Dubaï, AirTel, se déchirent pour obtenir la plus grosse part du marché rwandais. Au Rwanda, les lignes téléphoniques traditionnelles (land lines) n’existent pratiquement plus.

Presque tous les Rwandais vivant dans les grands centres urbains (Kigali, Butare, Musanze, etc.) sont munis d’un téléphone cellulaire. Pour un pays d’environ 10 millions d’habitants, presque 3 millions possèdent un téléphone cellulaire. Le Rwanda est le pays d’Afrique qui profite du plus important réseau de fibres optiques.

La campagne rwandaise est vraiment l’une des plus belles au monde. Un proverbe rwandais dicte que c’est ici que Dieu a l’habitude de venir tous les soirs s’endormir. Dieu est souvent présent dans les proverbes ou dictons rwandais.

Lors de mes formations, lorsqu’il y avait un silence lorsqu’était venu le temps de poser des questions, on disait qu’il y avait silence, car Dieu venait de passer! Les tambours que l’on entend partout au Rwanda sont aussi les battements de cœur de Dieu. Avec ces forêts d’eucalyptus, ses odeurs de brochettes de chèvre et sa terre rouge, ses champs de bananiers à perte de vue, ces enfants qui me suivaient partout en se demandant ce que je pouvais bien faire là, je retiens d’excellents souvenirs de la campagne rwandaise.

Moi qui aime les bonnes frites avec mayonnaise, j’étais au paradis. La pomme de terre est devenue un des principaux produits agricoles au Rwanda et toutes les frites sont faites maison. L’influence de la colonisation belge est surement discutable, mais ces derniers ont tout de même laissé quelques traces respectables non seulement au niveau culinaire, mais aussi au niveau de la fabrication de bière. Les bières rwandaises dont la Primus et la Mutzig sont excellentes et se vendent surtout en bouteilles de 72 cl (centilitre); un format que j’ai particulièrement apprécié…
 
Je dois admettre que l’image que je me faisais du Rwanda avait été largement influencée par ce que j’avais lu sur le génocide de 1994. En réalité, à part le Centre commémoratif du génocide situé non loin du centre-ville de Kigali et des manchettes de journaux sur les tribunaux à Arusha en Tanzanie, le génocide semble absent de la vie de tous les jours au Rwanda. Bien sûr, il est difficile de ne pas y penser.

J’ai eu l’occasion d’en discuter un peu avec Michel, un ami rwandais. C’est lui qui m’a fait comprendre et apprécier la grande résilience du peuple rwandais en m’expliquant que le pardon ne signifiait pas nécessairement un oubli. Aujourd’hui, les habitants du Rwanda sont véritablement des Rwandais.

Prochain article : Sur les traces des gorilles des montagnes...

 

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