Au revoir princesse, bienvenue Mireille

On attribue au comédien américain Martin Mull la pensée suivante : « Writing about music is like dancing about architecture »(1). Et décrire le cheminement musical de Mireille Moquin, ça peut ressembler à cela, puisqu’on doit passer par le théâtre, la sonorisation, la scénographie, l’administration et les arts médiatiques pour arriver au vif du sujet

Depuis le début des années 2000, la carrière de Mireille Moquin bouillonne sous la surface, prenant forme au rythme des rencontres et des formations professionnelles, sans logique apparente. On connaît Mireille comme auteure-compositrice-interprète, mais ses racines sont en théâtre. Elle garde toutefois le jeu proprement-dit pour la scène : Mireille Moquin est une authentique.

Sa transparence se fait sentir tout au long des chansons d’Au revoir princesse paru en 2011, un disque bilingue, « laid-back » au sens qui s’applique le mieux au terme. La chanson Si j’étais moi pourrait expliquer à elle-seule la raison d’être de l’album.


On y détecte l’urgence de pulvériser à jamais l’image de petite fille – qui  qui risque toutefois de lui coller encore quelque temps – et de brasser sa zone de confort afin qu’elle ne puisse jamais plus s’y tapir. Au revoir princesse distance Mireille d’à peu près tout ce qu’elle a fait précédemment, que ce soit en tant qu’artiste solo ou au sein du groupe Allez Ouest.

Allez Ouest
Formé en 2006, Allez Ouest rassemble – pour les grandes occasions – des artistes francophones chevronnés d’Edmonton. Outre Mireille, on y retrouve Jason Kodie (Le Fuzz, Captain Tractor), Joël Lavoie (Lé Twés) ainsi que le maître d’œuvre et réalisateur principal Robert Walsh.

Le répertoire d’Allez Ouest laisse transparaître les différentes personnalités du groupe mais toujours dans un esprit d’ensemble. Si Au revoir princesse ne constitue pas pour Mireille une continuation d’Allez Ouest, on retrouve néanmoins dans le disque du groupe – Hybride – une indication que la jeune femme a une histoire à raconter : son histoire.

Lorsqu’elle chante Mon âme cherche sa place dans la chanson Qui t’a dit, il est clair qu’elle ne veut pas être prise pour acquise.

Mireille Moquin est la plus jeune des trois enfants de Denis et Diane Moquin (née Gauthier) d’Edmonton. Yvan, l’aîné, est avocat à Calgary alors que sa sœur Monique est enseignante à Edmonton.

Mireille a fréquenté l’école Maurice-Lavallée avant de s’enrôler dans le programme d’administration des arts au collège Grant McEwan en 2004.  L’année suivante, elle est choisie pour le programme Jeunes apprentis de l’Association des compagnies de théâtre de l’Ouest (ACTO). Entre 2005 et 2007, elle suivra des stages à travers l’Ouest en mise en scène, en sonorisation, en régie et en scénographie.

Parmi ses mentors, on retrouve l’auteur Marc Prescott, avec qui elle créera quelques années plus tard la merveilleuse pièce Te souviendras-tu de moi d’Hybride.

Au même moment, elle ’front’ le groupe rock Jakarta d’Edmonton, un ensemble qui se fait vite connaître pour son énergie dans les écoles et les festivals francophones de l’Alberta.

En 2005, elle remporte les honneurs du Gala albertain de la chanson puis du Chant’Ouest un mois plus tard. À l’époque, elle est interprète et elle charme immédiatement son public avec un air qui vacille entre l’adolescence et l’indépendance. 

Malgré les occasions qui se dessinent en chanson, elle redouble d’efforts pour consolider ses acquis en théâtre. Après avoir joué dans les pièces communautaires Radiofolies (2003) et Les Romantriques (2004) de L’UniThéâtre, elle est Clara dans Le voyage sansdessusdessous de Clara-Mélissa-Sophie-Claude-Pier d’Isabelle Rousseau (2005).

Il s’agit de son premier contrat professionnel, exception faite de son incursion dans le monde des arts médiatiques lors des émissions télévisées Oniva! et Clandestin à Radio-Canada, où elle est reporter jeunesse.

Après avoir remporté des concours provinciaux et régionaux en chanson, s’être rendue défendre les couleurs de l’Alberta et de l’Ouest au Festival international de Granby et avoir tenu des rôles au théâtre, Mireille Moquin choisit d’assurer la régie pour des productions de L’UniThéâtre d’Edmonton, du Cercle Molière de Winnipeg et pour le Festival Edmonton chante entre 2005 et 2007.

Elle fera ensuite partie de huit distributions théâtrales en deux ans. Dans la pièce Une Lune d’eau salée (L’UniThéâtre, 2007), elle tient le rôle de Mary tout en participant à la scénographie.             

Influences bien ouestriennes…
« À la maison, c’était surtout du country-western qu’on écoutait lorsque j’étais petite. Garth Brooks et Reba (McEntire) ont été de grandes influences pour moi », dit Mireille.

Plusieurs des chansons d’Au revoir princesse se veulent un clin d’œil à cette époque. Pas devant, J’essaie, Somewhere, Wishing, Chanson pour Yvan et Making Pies démontrent à quel point on peut parfois sortir l’Albertaine de l’Alberta, mais…

La production du disque s’est passée sur deux ans. Mireille a créé ou collaboré à l’écriture de toutes les chansons sauf Making Pies de l’Américaine Patty Griffin. « J’essaie est une collaboration avec Benoît Morier (de Winnipeg) et date de l’époque (du duo) Ben et Mimi », explique la chanteuse.

Benoît Morier joue d’ailleurs la guitare et chante sur le disque. Mireille dit que Ben et Mimi (c. 2009) lui a appris à intégrer l’humour à ses textes. D’autre part, le parolier québécois bien connu Marc Chabot lui a offert le texte La nuit sera courte qu’elle a mis en musique. « Marc et moi, on a vraiment connecté. C’est un gars très généreux », avance Mireille de celui qui a aussi écrit des textes pour Richard Séguin, Claire Pelletier, Vincent Vallières et Marie Denise Pelletier. 

Ajoutez à cela la collaboration musicale du bassiste et compositeur Pierre Duchesne (collaborateur principal de la chanteuse Claire Pelletier) et il y a là tout ce qu’il faut pour assurer le succès d’un premier disque. D’où la fraicheur et la qualité indéniable d’Au revoir princesse.      

La p’tite famille
Le 12 février dernier, Mireille et son partenaire Jamie Cooper devenaient les parents d’Isaac. Jamie, lui-même musicien, a obtenu un congé parental des forces armées canadiennes, ce qui permet à Mireille de reprendre peu à peu l’ensemble de ses activités artistiques.

« Je suis tout de même arrivée à maintenir un certain rythme pendant ma grossesse, rappelle l’artiste, dont une tournée dans l’est du Québec en première partie de Luc de Larochellière ». (Le Sergent) Jamie Cooper est batteur et percussionniste au sein du Royal Canadian Artillery Band basé à Edmonton. Il est également un collaborateur très en demande dans la communauté artistique d’Edmonton.

En novembre prochain, Mireille prévoit présenter son spectacle en Acadie. « Et Allez Ouest travaille petit à petit sur son prochain disque. Jusqu’ici, on échange des idées pis on produit des scratch demos», dit-elle.

(1) « Écrire au sujet de la musique, c’est comme Danser au sujet de l’architecture». Expression également attribuée au musicien Frank Zappa.

 

 

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