Père Thomas Bilodeau, o.m.i : homme de Dieu, homme du peuple

On nous avertit d’avance que de le rencontrer est une expérience spéciale. N’empêche qu’on demeure tout de même surpris par la chaleur humaine qui se dégage du père Thomas Bilodeau. Conseiller spirituel pour plusieurs et grand admirateur de Jésus, il est – à l’exemple de ce dernier – un homme du peuple. Il insiste pour qu’on le tutoie, ce qui n’est déjà pas évident pour toutes les raisons qu’on s’imagine. Mais on finit par accepter. Car on le connaît depuis toujours. Du moins, il nous semble.

Le cadet de 12 enfants, Thomas Bilodeau est né le 10 juillet 1927 et a passé son enfance à Beaumont en banlieue de la capitale albertaine. Son père, Thomas, était originaire de la Beauce, au Québec. Sa mère, Regina Moreau, est née en Ontario et a grandi au Québec.


Thomas et Regina se sont toutefois rencontrés et mariés à Edmonton : « Mon père travaillait à la construction de l’Assemblée législative et ma mère était couturière », raconte père Bilodeau. Ce dernier n’a jamais connu son père, décédé des suites d’une pleurésie quelques mois avant sa naissance.

Tous les chemins mènent vraiment à Rome
Thomas Bilodeau se souvient bien de ses jours d’écolier à l’école Charest, près de Beaumont. Le minuscule édifice, situé à huit kilomètres du village et à deux kilomètres de la ferme des Bilodeau, accueillait les enfants de la 1re à la 8e année.

Une seule classe et une seule institutrice pour une cinquantaine d’élèves. « Et notre institutrice, madame Clément, qui n’était qu’une jeune femme… J’en pleure presque quand j’y pense », reflète Thomas Bilodeau.

Malgré ces conditions précaires, chacun y trouvait son dû, ou presque : « Les francophones avaient droit à une heure d’enseignement en français par jour. Et ça incluait l’enseignement religieux,», renchérit père Bilodeau.

Après le primaire à Beaumont, il fréquente le Collège Saint-Jean pendant un an avant de mériter une bourse qui lui permet d’étudier au Juniorat des Oblats à Chambly près de Montréal pendant deux ans, question de parfaire son français et d’approfondir ses connaissances de la religion catholique. Il revient ensuite à Saint-Jean avant de se rendre à Rome, en 1950, où il fréquente le séminaire.

Après son ordination en 1956, il passe une autre année en Italie, un pays dont il possède maintenant la langue. Il est brièvement pasteur dans le petit village de Villalba, en Sicile, à une centaine de kilomètres au sud-est de Palerme.

« Je comprends encore l’italien, affirme père Tom, et je suis retourné en Italie trois fois depuis ce temps-là. » Ses années au séminaire se passent pendant la papauté de Pie XII. Il a d’ailleurs souvent vu le Saint-Père porté sur la Sedia Gestatoria aux abords du Vatican.

Toujours en quête de vérité
Frank McMahon a été le doyen de la Faculté Saint-Jean pendant 10 ans et a étudié avec Thomas Bilodeau à Rome. Il se rappelle, entre autres, que les séminaristes parlaient couramment l’italien, même entre eux.

Il respecte beaucoup son ancien collègue : « Thomas est un homme fidèle à lui-même qui préfère une vérité existentielle à une vérité plus abstraite. Cela ne l’empêche pas de prendre sa mission (de prêtre) très au sérieux. C’est un homme modeste qui vit l’Évangile tel qu’il la comprend. »

Père Tom précise : « Je crois beaucoup en la Divinité de Jésus et je crois évidemment en Dieu, mais j’ai des questions, et je m’en accuse... Dans toute croyance, on doit tenir compte de la science et également de l’Histoire afin d’obtenir une vérité basée sur les faits. »

C’est cette grande ouverture d’esprit qui rend Thomas Bilodeau si attachant. C’est un homme qui ne juge pas et qui recherche la richesse de la différence. Des vœux perpétuels qu’il a prononcés il y a maintenant 55 ans - pauvreté, chasteté et obéissance - il concède, sourire en coin des lèvres, que le plus difficile à respecter pour lui est l’obéissance.

Les années du Listener’s Corner
Après son retour d’Italie en 1957, père Tom passe un an à Ottawa avant d’entreprendre une carrière d’enseignant au Collège Saint-Jean. De 1958 jusqu’à sa retraite officielle en 1992, il enseigne les études religieuses et la philosophie. Il enseigne aussi le français aux élèves du niveau secondaire, jusqu’à ce que le collège ne devienne universitaire en 1970. Il aura aussi été préfet de discipline, un rôle qu’il a certainement dû adapter à son image. Il continuera d’enseigner à demi-temps jusqu’en 1996.

Un de ses anciens élèves, Ernest Chauvet de Legal, considère père Bilodeau comme son directeur spirituel. L’ancien président de l’ACFA provinciale a fréquenté le Collège Saint-Jean de 1968 à 1972 : « Père Bilodeau n’émet aucun jugement envers les gens. Il reçoit, il accepte et il aime. Au fait, il commence par accepter. »

M. Chauvet parle des nombreuses années où le ministère de Thomas Bilodeau avait pignon sur rue dans différents restaurants et cafés du Vieux Strathcona.

Il passait des heures à réconforter des gens issus de toutes les circonstances imaginables : « Il a un vrai sens de l’Incarnation », avance Ernest Chauvet, ajoutant qu’à l’exemple de Jésus, père Bilodeau est à son meilleur avec les gens, dans le monde.

“Padre Tom” conserve un bon souvenir de ces années où il rencontrait les gens de la rue : « J’avais un panneau (style) “Homme sandwich” à l’extérieur du café où on pouvait lire “Are you hungry for conversation? Try the Listener’s Corner with Padre Tom”. Certaines des personnes que je rencontrais étaient nerveuses au début, mais on finissait par établir un rapport. Certains revenaient, d’autres, pas. »

Il lui fallait aussi tisser des liens amicaux avec les propriétaires des établissements afin qu’on lui permette de demeurer sur les lieux pendant plusieurs heures à attendre ses visiteurs. Une grande partie des huit années qu’a duré cette “mission de la rue” s’est passée au Block 1912 sur l’avenue Whyte.

Encore très présent dans la communauté
Denise Lavallée d’Edmonton dit que sa famille doit beaucoup au père Tom : « C’est un homme terre-à-terre et inspirant qui amène la réflexion de manière simple et douce », dit-elle.

D’après elle, Thomas Bilodeau possède une vision très œcuménique : « Il a le don d’inspirer même ceux qui ne pratiquent aucune forme de religion. C’est lui qui a ramené (mon mari) Joël à l’Église et c’est lui qui nous a mariés ». Le père Bilodeau a aussi présidé au baptême de la fille aînée du couple.

De 1971 à 1975, Thomas Bilodeau a été Père provincial des Oblats francophones pour la province Grandin, un territoire qui englobe la Saskatche-wan, l’Alberta et la Colombie-Britannique. Il a eu à conseiller plusieurs prêtres qui ont éventuellement choisi de quitter la prêtrise. « Pendant les années 1960 et 1970, on a perdu tellement de prêtres », reflète père Bilodeau.

« Pourquoi ne pas laisser les prêtres se marier? C’est une des questions que nous, les prêtres, abordons souvent entre nous », confie père Tom. Les membres du clergé avaient en effet le droit de fonder des familles jusqu’au 11e siècle environ.

En reconnaissance pour les services rendus à la communauté franco-albertaine, père Thomas s’est vu décerner le Prix Guy-Lacombe de l’ACFA en 1998.

Aujourd’hui âgé de 84 ans, il est encore très présent dans la communauté. Nouvellement installé au Manoir Saint-Thomas au cœur du Quartier francophone d’Edmonton, il célèbre au moins six messes par semaine pour les religieuses en résidence aux alentours de La Cité francophone.

Il se dit heureux de pouvoir désormais faire sa ronde sans avoir à prendre sa voiture. Une fois par mois, il dit la messe à la paroisse Saint-Anne.

Il lui arrive aussi de remplacer le père Sévigny à la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin.

“Padre Tom” rêve, contre toute attente, à un monde où les gens de toutes croyances ouvriraient un dialogue permanent et où les droits humains seraient mieux respectés, « particulièrement les droits de la femme », précise-t-il.

En ce qui concerne la période des Fêtes, il insiste sur l’importance de la famille et est attristé par la consommation démesurée qui caractérise notre société de plus en plus sécularisée. Un petit conseil du père Thomas Bilodeau : « Noël, c’est le temps idéal pour visiter les malades. »

 

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