Claude Roberto: La passion du passé

Le 3 janvier dernier, Francopresse a nommé Claude Roberto parmi les dix personnalités franco-canadiennes dans son palmarès de l’année. Cette nomination est l’occasion d’honorer la contribution de la Franco-Albertaine qui a passé plus de trente ans aux Archives provinciales de l’Alberta. Passionnée d’archéologie, Claude Roberto aura exploré durant sa carrière l’histoire méconnue des francophones de l’Ouest et est à l’origine du tout premier guide sur les Oblats. Très impliquée dans la communauté, l’archiviste maintenant retraitée continue de parcourir le monde pour présenter son travail. Entretien avec une passionnée d’histoire(s).

Claude Roberto aux Archives provinciales de lAlberta

Le Franco : Claude Roberto, vous êtes née en 1955 à Marseille, en France, et vous avez immigré avec votre famille au Canada en 1962. Où êtes-vous allée avant de rejoindre l’Alberta ?

Claude Roberto : Nous sommes allés en Ontario car mon père travaillait à l’Université d’Ottawa. De 1974 à 1977, j’y ai suivi mes études postsecondaires en Études classiques et j’ai travaillé en tant que chercheuse en archéologie pour l’École française de Rome. Puis en 1977 je me suis établie en Alberta afin de compléter mon Doctorat en archéologie classique à l’Université de l’Alberta. Grâce à ces études, j’avais l’occasion de faire des fouilles archéologiques dans la région de Potenza dans le sud de l’Italie.

LF : Qu’est-ce qui vous a poussée vers les études d’archéologie ? Comment expliquer cette passion ?

C.R. : J’aimais l’Antiquité en général. L’archéologie, c’est très concret. On arrive à développer des connaissances sur des civilisations qui ont disparu. J’aimais savoir comment les gens vivaient à l’époque, surtout aux époques romaine et étrusque.

LF : En 1978, vous devenez archiviste pour les Archives provinciales de l’Alberta. Qu’est-ce qui vous a motivée à occuper ce poste ?

C.R. : Il y avait beaucoup de potentiel. Il n’y avait presque rien sur les francophones. Tout était à bâtir. Le poste me donnait l’opportunité de développer un programme d’archives, afin de regrouper des papiers, des photos, des documents privés. Tout ça a donné lieu à un vrai travail sur les francophones de l’Ouest. On les a catalogués sur un ordinateur et j’aidais les gens à trouver ce qu’ils cherchaient.

LF : Quel est le plus grand accomplissement de votre carrière d’archiviste ?

C.R. : Ma plus grande fierté, c’est le Guide pour les archives des Oblats de Marie Immaculée que j’ai publié en 1989. À mon arrivée aux Archives, il n’y avait pratiquement rien. Étant francophone établie en Alberta, je trouvais ça nécessaire et évident de faire connaître l’histoire des francophones. Dans les années 1980, le rôle des Oblats était très peu connu. C’est un ordre religieux fondé à Marseille qui a installé la base qui a permis plus tard l’installation d’autres francophones dans l’Ouest. C’était aussi des géographes et des ethnologues : ils nous ont laissés des ouvrages précieux qui étaient aussi méconnus.

Claude Roberto mentor dune jeune etudiante au Conseil international des archives a Mexico

LF : Pourquoi le travail d’archiviste est-il si important selon vous ?

C.R. : C’est important parce que cela permet de garder notre identité. Sans archives on ne comprendrait pas nécessairement l’importance des francophones en Alberta, par exemple du journal Le Franco qui a été fondé il y a très longtemps. On pourrait croire que les francophones sont arrivés hier, qu’ils ne font pas partie des premiers pionniers. C’est important pour montrer l’identité francophone et de manière générale, c’est important pour connaître le passé.

LF : Outre votre travail remarquable d’archiviste, votre implication dans la communauté franco-albertaine est impressionnante. Vous avez été tour à tour membre de l’ACFA, vice-présidente, puis présidente du Théâtre français d’Edmonton, vice-présidente du Metro Cinema Society, présidente du Club cinéphile d’Edmonton, présidente de l’Amicale Saint-Jean et membre du Conseil consultatif de la Faculté Saint-Jean… et la liste est encore longue ! À quoi carburez-vous ?

C.R. : J’ai servi pendant beaucoup d’années en effet ! Ce qui m’a toujours plu, c’est la possibilité de créer, et de voir les organismes grandir. C’était aussi un défi parce que ce n’est pas facile de développer de nouveaux services : il faut savoir trouver de l’argent. L’un de mes projets favoris est le développement de l’école francophone lorsque j’étais à l’ACFA. On a beaucoup travaillé pour ça car il n’y avait que des écoles d’immersion dans les années 1980 en Alberta. Lentement on est arrivés à trouver des financements, à faire pression. Et puis au Metro Cinema, maintenant situé au Garneau Theatre, j’ai aidé à ce qu’un certain pourcentage de films francophones soit diffusé. Il n’y avait pas beaucoup de films en français auparavant.

LF : Vous êtes à la retraite depuis février 2017 mais vous poursuivez votre engagement bénévole au sein du Conseil international des archives. Vous avez ainsi eu l’occasion de faire connaître la francophonie albertaine à travers le monde : Malte, Angleterre, Australie, Italie, Espagne, France ou encore Corée ! Qu’est-ce qui vous interpelle lors de ces rencontres aux quatre coins de la planète ?

C.R. : La dernière conférence annuelle du Conseil était en décembre 2017 à Mexico où j’ai donné un atelier de sensibilisation aux archives franco-albertaines. Lors de mes présentations à l’étranger, les francophones sont toujours surpris de savoir qu’il y a des francophones au Canada en dehors du Québec ! Et puis, les gens sont très intéressés par notre façon de rendre publiques les archives. Ce n’est pas le cas dans tous les pays. Je constate qu’il y a un intérêt général pour l’histoire et les archives. Je serai également présente lors de la prochaine rencontre en novembre 2018 à Yaoundé, au Cameroun.

Claude Roberto avec Esther Olembe directrice des Archives nationales du Cameroun

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