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Bernard Turgeon : une légende musicale tire sa révérence

Un grand monsieur du monde lyrique, le célèbre baryton Bernard Turgeon, s’est éteint le 25 octobre dernier. Véritable légende de l’opéra au Canada, M. Turgeon aura marqué les esprits tant par son talent de chanteur, mais aussi par la force de ses interprétations dans des rôles d’envergure tels que celui de Louis Riel. Bernard Turgeon aura également dans son sillon formé un grand nombre d’artistes dans le cadre de ses classes d’interprétation. Le départ du célèbre baryton aura laissé un grand vide, mais son passage aura laissé sans conteste une marque indélébile !  

Le palmarès est aussi prestigieux que l’homme était humble et généreux. Intronisé au panthéon canadien le 2 décembre 2012, Bernard Turgeon en aura fait du chemin depuis son Alberta natale. Le célèbre chanteur d’opéra était un enfant du pays, né en 1931 à Edmonton, il est issu d’une famille modeste où on y parlait le français. Sa passion pour la musique l’habite depuis sa plus tendre enfance. Une passion qu’il doit notamment à son premier mentor, sa mère, diplômée du Conservatoire de musique de la ville de Québec. Très vite, le talent de Bernard Turgeon ne passe pas inaperçu puisque Jean Létourneau, alors fondateur de l’Edmonton Professional Opera le remarque. C’est dans les années 40 que Bernard Turgeon fera ses débuts au sein de la Chorale Saint-Jean. Pour ceux qui l’auront connu, la voix du baryton était souvent dépeinte comme unique en son genre. Sa plus jeune sœur Marie-Claire Turgeon, se remémore avec nostalgie la voix de son frère, « riche, profonde, puissante et mystérieuse » déclare-t-elle. « Lors d’un voyage à Vancouver,  la première fois que j’ai entendu dans la voiture, sa voix à la radio, je n’avais jamais rien entendu de tel », se souvient également son épouse, Teresa Turgeon. C’est en 1972, Teresa rencontre son patron qui s’avèrera quelques années plus tard devenir son mari en 1978, à l’école de musique de Vancouver. « La musique tenait une grande place dans nos vies », se souvient Teresa Turgeon.

DTUn parcours hors du commun 

Si M. Turgeon était un bourreau de travail, il était surtout passionné par ce qu’il faisait. Une passion qu’il a su transmettre et partager tout au long de sa vie tant à son public qu’à ses élèves.  Dans une entrevue donnée au Franco en 2012, à Edmonton, le baryton déclarait, « j’ai toujours aimé chanter, cela me fait vivre…c’est une vraie passion pour moi ». Véritable pionnier dans son art, Bernard Turgeon a chanté en 1952 dans les premières productions du Canadian Opera Company. Il a aussi participé à la première télédiffusion de l’opéra Carmen, sur le réseau CBC, en 1953.   

En 1956, il fera partie de la distribution de The Rape of Lucretia au Festival de Stratford.  Et lors du Festival International de Vancouver en 1958, il chantera dans l’opéra Don Giovanni, avec comme partenaires George London, Joan Sutherland, Pierrette Alarie et Léopold Simoneau. Dans les années 60, 70 et 80, sa réputation et sa carrière dépassent de loin les frontières du Canada. Si Bernard Turgeon s’est fait un nom dans le monde très élitiste du monde lyrique, son leitmotiv ne demeure pas l’ambition; mais la passion du chant et la conviction que les émotions demeurent un important vecteur dans l’art de l’interprétation.

Une approche unique

Au début de sa carrière, Bernard Turgeon a suivi un parcours tout ce qui a de plus classique. Sa méthode d’enseignement l’était alors tout autant. Au fil des années et de ses expériences professionnelles à l’international, son approche a su évoluer. « Vers la trentaine, il commença à changer, ses voyages en Europe, au Royaume-Uni et l’opportunité d’incarner Riel, combinés aux différentes tournées réalisées en Union soviétique, ont été des étapes clés de cette transformation », explique son épouse Teresa Turgeon.  Lors de son passage en ex-URSS, il est allé dans les conservatoires et les universités, observer, mais aussi discuter de la réussite de ces programmes.  De cette période, M. Turgeon racontera, « j’avais des idées prises de par le monde. Je faisais le tour des écoles d’opéra de différents pays, de différentes villes afin de connaitre leurs hauts fait ». C’est  ainsi qu’il put créer le département d’opéra à l’Université de l’Alberta.

M. Turgeon était également novateur quand il décida de suivre le programme en neurolinguistique. Il commença alors a travaillé différemment avec ses élèves, en prenant en considération, « ce que l’élève ressentait, pensait et l’interprétation que chacun y mettait derrière les mots », se souvient Mme Turgeon. Une méthode avant-gardiste que certains questionnaient, excepté, les élèves qui pratiquaient cette méthode avec lui. Selon l’épouse de Bernard Turgeon, encore aujourd’hui, ses élèves continuent d’utiliser ce que leur professeur leur a enseigné. « Ça n’a rien à voir avec le son de la voix, c’est à propos de comment on se sent », explique son épouse. Bernard Turgeon a révolutionné son art en introduisant le fait qu’être fidèle à soi-même, écouter et ressentir ses émotions peuvent magnifier considérablement un art basé non pas seulement sur de la technique pure, mais sur qui nous sommes fondamentalement.

Son imagination, son sens de l’humour et son talent pour l’interprétation ont permis à Bernard Turgeon d’accomplir une carrière exceptionnelle. Intronisé au Panthéon canadien de l’art lyrique en 2012 de son vivant, Bernard Turgeon est passé du statut de sommité, à celui de légende. C’est à l’église St John the Divine qu’un service a été donné en la mémoire du célèbre baryton, suivie d’une réception au Wingate Studio du Pacific Opera de Victoria.

Un dernier hommage afin de dire au revoir à un artiste, dont l’héritage artistique était pour beaucoup, empreint d’une extraordinaire humanité !   

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