Des chevaux et des gemmes

Rencontre avec Barbra Ann King, fondatrice de l’école d’équitation Relationship Riding et gemmologue à Cochrane.

Les gens qui rencontrent Barbra Ann King ne se doutent pas que sous ce parfait accent anglais se cache une francophone du Québec. Ce bilinguisme, c’est à Jonquière qu’elle l’a acquis. Née d’un père ukrainien et d’une mère québecoise francophone, Barbra fréquente l’école primaire et secondaire anglaise. Elle profite de son enfance pour monter des chevaux à une école d’équitation à Laterrière. La relation qu’elle établit avec ces animaux ne cessera jamais de grandir.

Une fois l’école secondaire terminée, Barbra poursuit ses études en administration dans un collège francophone de Jonquière. Elle étudie ensuite à l’Université du Québec à Chicoutimi en psychologie de l’enfance inadaptée, un sujet qui lui tient particulièrement à coeur. Elle ne termine pas ces études universitaires mais débute plutôt une carrière en communication et en marketing. Pendant deux décennies, elle se concentre sur des emplois en communication, mettant de côté chevaux et psychologie.

La lecture de l’ouvrage Psychologie et comportement du cheval, écrit par un précurseur de la psychologie du cheval, devient un moment charnière dans sa vie. « Tout d’un coup, un jour, j’ai dit : attends une minute! J’ai pris la psychologie et les chevaux et j’ai mis ça ensemble. » Barbra se tourne alors vers l’étude de la psychologie du cheval, une discipline à peine connue à cette époque. « Ça, ça m’a ouvert un parcours. » Elle conçoit la technique du relationship riding qu’elle désire tester sur des chevaux. Puisqu’elle n’en possède pas à ce moment-là, elle offre à un homme de Pintendre qui réhabilite de vieux chevaux de les entraîner pour lui. « Cela a été un bel échange ; je prenais des chevaux qui avaient des gros problèmes, je les entraînais et puis lui, il les gardait pour faire des bons chevaux de trait. » Le résultat est concluant : les gens se mettent à acheter ces chevaux entraînés par Barbra. Elle décide alors qu’il lui plairait de vivre dans un lieu favorable à l’élevage de chevaux. L’Alberta lui semble l’endroit tout indiqué pour mettre ses techniques de l’avant. Elle s’installe à Cochrane ; il y a de cela 18 ans aujourd’hui.


Petit à petit, elle devient la personne de dernier recours pour des chevaux avec lesquels personne n’arrive à établir de relation. Ces chevaux se pointent dans sa vie à travers des circonstances variées et sont immédiatement traités d’égal à égal grâce à sa technique où ne règne aucune dominance, douleur, peur ou inconfort physique, mental et psychologique ; ces chevaux voués à l’abattoir sont réhabilités et dressés. Avec sa formation en massothérapie pour chevaux, Barbra examine la présence potentielle de maux physiques pouvant être à l’origine d’un comportement indésirable. Pour Barbra, cette communication corporelle est une des façons de dialoguer avec un animal qui ne parle pas sa langue.

Dès son arrivée en Alberta, Barbra s’implique auprès de divers groupes qui offrent des services aux enfants ayant des besoins éducatifs spécifiques. Elle termine son cours universitaire en psychologie de l’enfance inadaptée et fonde l’école d’équitation Relationship Riding. La passion de Barbra pour les chevaux est enfin combinée à sa passion pour la psychologie : des jeunes et des moins jeunes traversant des difficultés ou ayant des besoins spéciaux ou des gens voulant établir une belle relation d’égal à égal avec leur cheval profitent de sessions en compagnie d’un instructeur. Les chevaux deviennent l’instrument pour enseigner, entre autres, les principes de la harde : le respect de soi et celui des autres. L’école offre aussi toute une gamme de services équestres.

Les séances à l’école d’équitation ont lieu au grand air puisque les chevaux de Barbra vivent à l’extérieur toute l’année, aussi naturellement que possible. Sur un terrain d’une dizaine d’acres divisé en quatre pâturages, les chevaux cheminent dans un espace de taille suffisante pour combler leurs besoins de déplacement. « Ils ont besoin d’être stimulés intellectuellement. Ils ont besoin de savoir qu’ils sont encore des chevaux. » Pour les monter, Barbra utilise une selle souple et une bride sans mors qu’elle a elle-même conçue, « parce que, ce qu’il y avait sur le marché, je n’aimais pas ». Une compagnie reconnue pour sa fabrication d’articles en cuir confectionne les mors et les distribue aux clients du monde. La nourriture des chevaux est placée à des endroits stratégiques à plusieurs moments de la journée afin de les encourager à se déplacer pour l’obtenir. « C’est important pour la bonne santé de la harde et pour eux au niveau mental et intellectuel. »

La gemmologie, une seconde passion

Les mois d’hiver étant plutôt tranquilles à l’école d’équitation, le mari de Barbra, Aeron E. King, l’encourage à suivre une formation sur les diamants. Son mari étant orfèvre, il pourrait profiter d’une autre partenaire à la bijouterie. Une nouvelle passion fait naissance chez Barbra : la gemmologie. « J’ai adoré. J’ai dit : j’y vais, je plonge! » Elle poursuit donc son éducation en gemmologie et devient certifiée pour évaluer et identifier pierres et bijoux.

C’est dans la boutique où elle travaille avec son mari et leur associé, Dmitri Vtornikov, au cœur du quartier historique de Cochrane, que Barbra me fait visiter l’atelier attenant à la boutique. Les clients, qui entrent dans la boutique My Goldsmith pendant ma visite, sont accueillis par les joailliers qui quittent leur poste à l’atelier pour leur souhaiter la bienvenue. Cet accueil cordial donne à la boutique une ambiance chaleureuse. C’est sous ce toit que les bijoux sont conçus et façonnés à partir de divers matériaux dont la platine, l’or et l’argent, les pierres précieuses et les diamants canadiens Ideal2 dont My Goldsmith est distributeur exclusif. « C’est primordial pour nous de savoir que les diamants proviennent d’un endroit sans conflit et que les travailleurs sont payés de façon juste et équitable », dit Barbra. Les clients de la boutique viennent de partout et sont souvent des francophones ayant entendu parler de cette dame qui saura les guider dans l’achat d’un bijou unique ou qui saura évaluer, réparer, remodeler un bijou dont la valeur est sentimentale. « Tout se fait ici. Il n’y a jamais rien qui sort de nos portes. »

Barbra en connait beaucoup sur la gemmologie et son engouement pour sa nouvelle passion se sent dans sa voix. Une visite m’apprend entre autres qu’un saphir n’est pas nécessairement bleu, qu’il y a des pierres véritables et des pierres synthétiques et qu’il existe des diamants roses qui prennent de la valeur à mesure que s’épuise la mine australienne Argyle d’où ils proviennent.

Pour cette femme inspirée par la vie, le saut entre les chevaux et les pierres précieuses va de soi. « J’ai toujours écouté mes passions », dit-elle. Barbra Ann King croit que, tout comme les chevaux, les pierres ont une personnalité qui parle à l’humain car, elles aussi, sont organiques et proviennent de la terre.

Photo avec le cheval : courtoisie John Hall

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