Qui est Gilles Caron ?

Gilles Caron est en 2015 un nom “coquille” qui abrite une question constitutionnelle lourde de sens et de conséquences, une fois tranchée par le plus haut tribunal du pays. L’homme derrière ce nom ne fait plus l’objet que de quelques lignes récapitulatives à la fin des textes de nouvelles.

Le chauffeur albertain Gilles Caron a pris en 2003 un mauvais tournant à gauche. L’infraction lui vaut une contravention qu’il décide de réclamer en français devant les tribunaux. Et ainsi commence ce que les médias appellent maintenant la saga.

« On m’avait traité de noms désobligeants quand j’étais à l’emploi de la ville d’Edmonton parce que j’étais francophone. Je n’aurais pas eu un genre de réveil culturel si l’attitude envers la francophonie avait été correcte.  » La ‘‘saga’’ avait donc commencé bien avant la contravention, pour Gilles Caron. « La première opportunité que j’ai eue [de revendiquer mes droits], c’est d’obtenir le billet en français et je pensais vraiment que j’allais l’avoir. Ça m’a surpris », dit-il. À l’époque, M. Caron pensait pouvoir plaider seul devant les juges, pendant quelques heures, « sur un point constitutionnel ».


Il est allé en cour quatre fois. « Moi j’allais là et je parlais français. Mais ils refusaient. Pas de procès en français et pas de billet en français ! » Dès la première comparution, la Province essayait d’invalider le cas Caron devant le juge. C’est après la troisième fois que le plaidant s’est dit qu’il serait sans doute sage de demander un avocat. « Celui qui m’est venu en tête en premier était Maître Gaza qui avait plaidé pour l’hôpital Montfort, à Ottawa. Il m’a donné des noms d’avocats à Calgary, Edmonton et puis celui de Roger Lepage en Saskatchewan. » Ni ce dernier, ni les autres n’étaient intéressés à le représenter. Cependant, Roger Lepage donna à Gilles Caron le numéro de son collègue, Rupert Baudais. Celui-ci mordit à l’hameçon. « Il m’a dit  : ‘‘Retourne en cour une quatrième fois, exprime-toi en français et dit au juge que tu as trouvé un avocat.’’ À partir de ce moment-là, ça s’est enclenché parce que la Province était prise par surprise », raconte Gilles Caron.

Ce fut également une surprise pour Me Baudais, qui ne s’attendait à venir à Edmonton que pour 3-4 jours étant donné les maigres moyens de cette cause. « Une chose que j’ai remarqué de Rupert, c’est qu’il avait toujours une poignée de main solide », relate Gilles Caron. Assez solide pour soutenir le procès le plus long de l’histoire albertaine : 82 jours avec d’éternelles demandes de remises de la part de la Province, se souvient M. Caron. Et puis un coup de massue, lorsqu’en 2006 le gouvernement Harper abolit le Programme de contestation judiciaire du Canada qui avait financé la cause jusque-là. Le cabinet de M. Baudais voulait jeter l’éponge. Aux grands maux les grands moyens, Gilles Caron devait donner une entrevue à la télé pour réveiller les consciences. « Les entrevues, j’y vais toujours avec le trac, avoue celui-ci. Mais Rupert et moi, on était devenu une équipe et le but, c’était de finir le procès. » C’est à ce moment-là que la communauté francophone, qui aidait déjà en logeant l’avocat saskatchewannais, s’est officiellement rangée derrière Gilles Caron.

Quand le juge Wenden, de la Cour provinciale, lui a donné raison en 2008, M. Caron pensait sortir de la place publique et retrouver sa tranquillité : « Le stress a commencé à m’affecter plus depuis deux ans. De la Cour provinciale à la victoire, à l’appel de la Cour du Banc de la Reine, je me suis tenu assez solide. C’est surprenant. La Province s’est beaucoup affairée à attaquer l’individu. C’est incroyable les remarques que la Province a faites en cour contre moi quand j’étais là, et contre mon avocat. » Au début du procès, la Province a envoyé la police de la ville d’Edmonton sur le lieu de travail de M. Caron pour lui remettre des documents légaux.

La portée symbolique de cette cause en faisait beaucoup sur les épaules de Gilles. Si bien qu’il aurait parfois souhaité que quelqu’un d’autre prenne sa place de porte-étendard. Il se réjouit, sans l’avoir rencontré, que Pierre Boutet se soit joint à la cause. « Ça enlève l’attention. À un moment donné, on disait mon nom trop souvent, maintenant on dit deux noms. Et puis on parle beaucoup plus d’une cause linguistique, ce qui m’aide beaucoup. »

Depuis la cour de première instance, M. Caron a appris à comprendre, en autodidacte, les arguments, les documents légaux et l’imbroglio historique qui prédisposent son droit à une contravention en français ainsi que leurs potentielles répercussions à l’échelle de la Province. « J’aurais aimé écrire des passages [de la plaidoirie], parce que j’ai encore la pensée dynamique ! Avec un meilleur emploi, j’aurais peut-être eu plus de temps et peut-être plus de part dans cette cause », regrette celui qui se dit également très discret et timide.

À la question de savoir s’il retient une certaine fierté de l’ampleur qu’a pris son geste d’il y a maintenant 12 ans : « Je suis fier, oui, mais il reste que moi je veux gagner. La vraie fierté serait de gagner. »

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut