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« Un enfant, ça te prend comme t’es »

Vendredi 6 février, Nicole Chenier a reçu un Prix de l’excellence en éducation. Cette éducatrice en prématernelle à l’École Nouvelle-Frontière de Grande Prairie nous raconte son parcours depuis le Québec et sa passion pour les enfants.

Au secondaire, alors qu’elle étudiait l’administration, elle s’imaginait devenir secrétaire dans un bureau. Une carrière qui l’aurait sûrement condamnée à l’ennui le plus profond… Finalement, Nicole Chenier change son fusil d’épaule et décide de s’inscrire à un cours consacré à la petite enfance. « Les enfants, ça me fascinait, se souvient-elle. Un enfant, ça te prend comme t’es, alors que les adultes peuvent porter des jugements. »

Son premier emploi sera dans une garderie de Papineauville, non loin de son village d’origine. Elle y restera 19 ans. Elle commence par s’occuper des poupons pendant six mois. « J’ai aimé ça mais tu n’as pas beaucoup de temps : c’est les biberons, les couches... » Après ça, l’éducatrice passe aux 2-3 ans et s’attache à éveiller leurs sens… avec des conséquences parfois inattendues : « Tu as beau leur dire que c’est pas propre, les enfants aiment beaucoup manger la neige ! », s’amuse la Québécoise. Parfois, les tout petits n’arrivent pas à exprimer leur pensée et, frustrés, se mettent à « pousser, tirer les cheveux, mordre ». Pour gérer ces petites crises, la clé reste la patience. Et ça tombe bien, Nicole en a à revendre.


À la conquête de l’Ouest

Quand elle rencontre son chum, elle se laisse convaincre d’aller explorer l’Ouest du Canada. Elle démissionne, inscrit son fils de 12 ans à l’école francophone de Grande Prairie et quitte sa Belle Province pour l’Alberta.

Première embûche : dénicher un logement. Les appartements trouvés dans le journal sont tous déjà partis quand on passe un coup de fil. Après deux nuits à l’hôtel et une chez un ami, le couple décide d’écumer les rues de Grande Prairie à la recherche d’un panneau « à louer » fraichement planté dans le gazon. Bingo.

Seconde embûche : Nicole ne parle pas l’anglais. « Ça me faisait beaucoup paniquer », se rappelle l’éducatrice. Au quotidien, elle garde ses oreilles à l’affut du moindre francophone qu’elle s’empresse de saluer. En même temps, elle prend des cours d’anglais au collège. Quand elle commence à s’essayer à la langue de Shakespeare, personne ne se moque d’elle. Un grand soulagement.

Bonne nouvelle : les offres d’emploi pullulent à Grande Prairie. « Sur les affiches du McDonald ou du Tim Horton’s, c’était pas les spéciales sur les beignes, ça marquait partout : ‘‘On a besoin de monde pour travailler’’. T’avais pas d’expérience, t’avais le travail. » Conducteur de camion, son compagnon  trouve facilement un boulot.

Nicole, elle, dégote finalement une job d’éducatrice à l’Association canadienne-française de l’Alberta, dans une classe de prématernelle. Quelques années plus tard, l’école francophone ouvre à son tour une prémat’ et Nicole obtient le poste.

Maintenant qu’elle s’occupe d’enfants de 3 ans et demi à 5 ans, elle n’envisage plus de travailler avec des plus jeunes. Elle prend plaisir à avoir « de vraies conversations » et à proposer toutes sortes d’expériences (les œillets blancs trempés dans du colorant font toujours leur petit effet). Sans oublier d’apprendre à bien tenir un crayon ou une paire de ciseaux, des compétences essentielles à acquérir pour la maternelle. « Mes buts, c’est d’apprendre en jouant, d’apprendre à partager, à socialiser avec les autres. »

Après dix ans en Alberta, Nicole « ne regrette absolument pas » d’avoir quitté le Québec. Ses efforts d’intégration et son implication au travail ont d’ailleurs été récompensés le 6 février, à l’occasion d’une formation à Edmonton. Encensée par les parents d’élèves, elle a reçu un Prix d’excellence en éducation. « J’avais le goût de pleurer, raconte l’éducatrice. Recevoir ça, c’est comme d’avoir une tape sur l’épaule et de se faire dire ‘‘bravo, continue’’. »

 

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