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« Le karaté, c’est comme la natation, ça peut te sauver la vie ! »

Professeur de karaté dans six écoles et dans son dojo à Edmonton, André Beauregard s’applique à transmettre les valeurs traditionnelles japonaises… mais n’oublie pas de soigner sa langue française, notamment auprès des élèves en immersion.

« J’essaie de garder un bon français. J’ai une formation en traduction, ça aide un petit peu. » Originaire des Cantons-de-l’Est au Québec, André Beauregard enseigne le karaté depuis plus de 20 ans. En Alberta, il transmet son art aux élèves de six écoles – trois
francophones, trois d’immersion – et à différents publics dans son dojo ouvert en septembre 2012.

« Beaucoup d’adolescents, dès qu’ils sortent de l’école francophone, se parlent en anglais », relève le professeur, dont tous les cours sont en français (et en anglais en cas d’incompréhension). Il n’hésite pas à reprendre les jeunes en immersion sur leurs erreurs de pronoms, par exemple.

« Il y a des anglophones dont les enfants vont à l’école d’immersion qui vont suivre la classe et commencer à parler un peu en français. Ça les  sensibilise au bilinguisme », se félicite André, qui n’oublie pas de préciser la terminologie japonaise, « parce que c’est la tradition que je véhicule ».


« On n’est pas là pour les discipliner »

Pour le professeur, le karaté est aussi un moyen d’apprendre le respect et la concentration, des qualités que les jeunes peuvent réemployer à l’école. « Des fois les parents me disent : ‘’André, tu dois serrer un petit peu [la vis]’’. Je dis non, c’est pas mon but. [...] On n’est pas là pour les discipliner, on est là pour les aider à se discipliner eux-mêmes », précise André.

Dans le cadre des cours dispensés à l’école, il n’est pas toujours évident de garder les élèves tentés par le soccer ou le hockey, très populaires. « Je respecte ce que les gens décident de faire... et la porte est toujours ouverte », précise le professeur.

Gendarme auxiliaire bénévole depuis huit ans, André Beauregard est parfois  confronté à des cas de violence. « Si je peux aider quelqu’un dans ma classe de karaté à éviter ça, j’ai accompli ma mission », affirme celui qui pense que les arts martiaux peuvent amener à l’autodéfense. « Le karaté, c’est comme la natation, ça peut te sauver la vie ou sauver celle de quelqu’un d’autre ! »

Bien qu’il ait fait de la compétition, André préfère les katas (ensembles de mouvements coordonnés et codifiés dans les arts martiaux japonais) et les combats au dojo, sans arbitre. « Il y a une réciprocité entre toi et ton partenaire, on est là pour apprendre ensemble », argumente le karatéka de 53 ans.

Le déclic Bruce Lee

La passion d’André Beauregard remonte à 1974. Il a 13 ans quand il découvre son premier film de Bruce Lee. « Je m’étais fait mon propre makiwara, qui est la planche de frappe, des nunchakus, qui est le bâton avec la corde, et le bô, qui est le grand bâton », se rappelle le Québécois. Il commence à étudier le kyokushin en 1984, « un des karatés les plus durs au niveau physique parce que c’est du full contact ».

À Montréal, il est entraîné par Alain Bonnamie, célèbre champion canadien d’arts martiaux qui fut parmi les 10 meilleurs sportifs mondiaux en kickboxing, boxe et karaté.

« Quand j’ai quitté le Québec, j’étais ceinture verte », raconte André Beauregard. À Edmonton, il ne trouve pas de club qui pratique le kyokushin mais trouve un club de wadôkai. Il commence à enseigner alors qu’il n’est que ceinture marron – vers 26 ans –, afin de seconder son prof. « Ça m’a pris 4-5 ans pour que j’obtienne ma ceinture noire parce que je devais apprendre leur style », précise le sportif.

Il obtient son premier dan en 1993 et son cinquième en 2010. Il apprend aussi l’aïkibudo avec Pascal Morissette, enseignant à l’école La Mission de Saint-Albert. « Le karaté, c’est très linéaire, alors que l’aïkido et l’aïkibudo, c’est la spirale : on va se servir du rythme de l’adversaire, de son élan, pour le neutraliser, le contrôler et souvent faire une projection. »

« J’aimerais un jour aller au Japon, la Mecque des arts martiaux », confie André, qui a appris un peu de japonais à l’université. Peut-être à Okinawa, lieu d’origine du karaté ?
 



Témoignages d’élèves

« C’est super de pouvoir venir et de se remettre en forme parce que ça faisait plusieurs années que je n’avais pas fait de sport », partage Charles Chenard, qui s’entraîne au dojo avec sa femme Marianne et leurs enfants. « On s’amuse beaucoup… À la maison on s’attaque gentiment », ajoute le père de famille. « J’ai participé au tournoi l’an dernier en tant que ceinture blanche. C’est fort intéressant comme expérience pour moi ! », ajoute Marianne Malo-Chenard.

Comme André, Delphine Roux-Bühl s’est intéressée aux arts martiaux grâce au cinéma de Bruce Lee. Et de Jackie Chan aussi : « C’est pas vraiment du karaté, c’est beaucoup de pirouettes », admet cependant l’adolescente. Cela fait maintenant cinq ans qu’elle s’entraîne et a obtenu sa ceinture marron en décembre. A-t-elle déjà eu l’occasion de mettre en pratique ce qu’elle a appris au dojo ? « Sur ma sœur, oui ! », sourit Delphine.

 

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