La Cour d’appel fédérale a suspendu jeudi 30 août la construction de l’oléoduc controversé du Trans Mountain censé acheminer le pétrole albertain via la Colombie-Britannique vers la côte Pacifique canadienne. Selon la justice, le gouvernement n’a pas suffisamment consulté les populations autochtones, et a mal évalué les conséquences sur l’environnement avant de démarrer le chantier.

pipeline

Malgré son discours écologique, Justin Trudeau mise sur le pétrole pour sauver les finances publiques. Les résultats dépendent toutefois du cours du brut, qui échappe au contrôle du gouvernement. Mais dans l’espoir d’une relance, le chef libéral n’a d’autre choix que d’approuver les projets d’oléoducs. Tant pis pour l’environnement, signale Dominique Perron.

Dube Trudeau et Morneau FB

L’annonce émise d’Ottawa, le 29 novembre dernier afin de construire deux pipelines, a suscité l’enthousiasme auprès du gouvernement albertain. Ce dernier espère ainsi relancer enfin l’économie de la province. Une nouvelle saluée sans nul doute par bon nombre de compagnies pétrolières, basées à Calgary. Les retombées politiques pourraient être importantes, mais semblent encore incertaines.

La perte de vitesse de l’industrie du pétrole à Calgary a permis à d’autres industries peu connues d’émerger.  Le Franco s’est intéressé à l’état de santé de l’industrie du cinéma calgarien auprès de trois experts du secteur. Rencontre !

S’il y a un élément qui ressort de la situation économique en Alberta présentement, c’est l’impact du secteur des ressources naturelles sur l’ensemble de l’économie. Cela fait par contre plusieurs années que l’on a identifié l’importance de diversifier l’économie albertaine afin de réduire sa dépendance aux industries énergétiques. Qu’entend-t-on exactement par diversification économique et pourquoi cela ne s’est-il pas effectué?

Luc Lacasse a conduit une pelleteuse pendant deux semaines sur le site d’un puits de pétrole, à deux heures au nord-ouest de Grande Prairie.

 

« C’est pas fait pour tout le monde », affirme Luc Lacasse en racontant le quotidien des hommes qui vivent sur les puits de pétrole. Cet entrepreneur travaille habituellement dans la construction et la rénovation, mais il vient de réaliser un contrat de deux semaines sur un petit puits de pétrole près de Dawson Creek, en Colombie-Britannique. Un ami québécois sous-contractant pour les « compagnies d’huile » lui a donné le tuyau.

Sur place, une cinquantaine d’employés s’affairent autour du derrick et de sa perceuse qui descend à plusieurs kilomètres de profondeur en quête de l’or noir. Les ‘‘shifts’’ classiques durent douze heures, de sept du matin à sept du soir et inversement. Le bruyant moteur diesel alimentant la foreuse ne s’arrête jamais. Mais en tant qu’ancien camionneur, Luc n’a pas de mal à s’endormir. Au volant de sa pelleteuse, il transporte des produits chimiques ou des boues de forage trois heures par jour. Et le reste du temps ? « Je regarde la télévision et je vais sur internet avec mon téléphone. »

Dopée depuis des décennies par le dynamisme des secteurs du pétrole, du gaz et de la foresterie, Grande Prairie possède un grand pouvoir d’attraction. Si les opportunités d’emplois sont bien réelles, l’intégration n’est pas toujours simple pour les nouveaux arrivants, notamment les francophones.

« Il faut arrêter le rêve de l’eldorado, ce n’est pas le tapis rouge ici », explique Michelle Margarit, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta de Grande Prairie et conseillère à l’emploi.

Koffi Kouadio (sur la photo avec sa femme) peut en témoigner. Cet ingénieur diplômé au Québec n’a pas encore trouvé d’emploi à la hauteur de sa formation. En arrivant à Grande Prairie, il a travaillé sur des chantiers de construction pour « payer les factures et nourrir la famille ». Il n’a aujourd’hui plus d’ouvrage et sa femme Élisabeth Katchié doit rester à la maison s’occuper de leur dernier enfant, trop jeune pour aller à la garderie. « Les médias internationaux ne montrent que les côtés positifs [du Canada] et pas les difficultés », estime M. Kouadio. « Quand je dis [à ma famille restée en Côte d’Ivoire] que je n’ai pas un rond, ils ne me croient pas ! », ajoute Mme Katchié. La communauté ivoirienne les aide à tenir.

Il se passe rarement une journée, en Alberta, sans qu’on ne parle des soubresauts qui agitent l’industrie pétrolière, notamment des incessantes fluctuations du prix du baril de pétrole. Or, les deux dernières semaines ont été fertiles en événements touchant les projets de développement de pipelines. D’abord, c’est le vote qui s’est tenu, il y a maintenant deux semaines, à la Chambre des représentants américaine qui a remis l’Alberta au cœur des débats.

En effet, la construction du Keystone XL y a été approuvée une énième fois par les représentants, suivi quelques jours plus tard par le même exercice au Sénat, sans succès dans ce dernier cas. Mais ce fut de justesse puisque qu’il ne manquait que le vote d’un seul sénateur pour atteindre le nombre de 60 qui aurait obligé Barack Obama à se prononcer sur la construction du pipeline. Or, un nouveau vote devrait se tenir au début de l’année 2015 et probablement avec succès, car les républicains détiendront alors la majorité au Congrès à la suite des élections de mi-mandat.

Le 20 octobre, Brian Gallant, nouveau premier ministre du Nouveau-Brunswick s’est rendu à Calgary afin de rencontrer son homologue albertain, Jim Prentice. La rencontre a porté essentiellement sur le projet de pipeline Énergie Est de TransCanada. Marc Duhamel, docteur en économie à l’université du Québec à Trois-Rivières, apporte ses vues sur le sujet.

 

Des avantages économiques

Le projet de pipeline reliant l’Alberta au Nouveau-Brunswick est évoqué depuis 2012. Une grande partie de l’oléoduc existe déjà, entre Burstall et Montréal, il s’agirait donc de relier Hardisty à Burstall et Montréal à la raffinerie Irving Oil de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Ce projet, selon TransCanada, devrait coûter 12 milliards de dollars, transporter pas moins de 1 100 000 de barils de pétrole par jour et être long de 4 600 km.

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